Le français, une langue officielle malmenée

La ministre du Patrimoine, Mélanie Joly
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La ministre du Patrimoine, Mélanie Joly

Encore une fois, le gouvernement fédéral vient s’excuser pour avoir malmené la langue française dans ses communications écrites. Lors du dernier gala de remise des Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle, le compte Twitter officiel de cette institution a commis des fautes grossières dans sa description des événements. La Fondation des Prix du Gouverneur général s’est excusée et la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, s’est engagée à faire respecter la Loi sur les langues officielles.

Décidément, le gouvernement fédéral souffre d’une ahurissante compulsion de répétition d’excuses relativement au manque de respect de sa Loi. En guise d’explication, on invoquera le manque de temps, le fait que l’erreur est humaine ou, plus désolant encore, on pointera les limites des logiciels de traduction. J’ignore si l’auteur des fautes s’est servi du nouvel outil de traduction automatique déployé par le Bureau de traduction, mais si c’est le cas, on pourra conclure que cet outil ne s’est vraiment pas amélioré. En effet, dès son lancement au printemps 2016, il multiplia les erreurs, dont celle-ci : « To decline our invitation » devenait « diminuer notre invitation ». Interrogé sur ces problèmes de traduction, le député libéral d’Hull-Aylmer, où se trouve le Bureau, Greg Fergus, déclarait que son parti est celui de la politique des langues officielles, et il s’attend à ce « qu’on adresse cette question [sic] comme il faut ». Très rassurant ! La directrice générale du Bureau, Donna Achimov, précisait, elle, que les gens peuvent toujours faire des plaintes. Belle affaire !

Au mois de mai de cette année, autres excuses : le bureau de la ministre de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, reconnaissait, à la suite d’une lettre d’une citoyenne, que « la situation était inacceptable » sur le plan de la qualité de la langue française dans ses communications aux citoyens et promettait d’y voir.

Stéphane Dion, dans une allocution du 19 juin 2015 (« L’avenir du français au Canada »), affirmait que « le gouvernement fédéral doit faire progresser le bilinguisme dans sa fonction publique et considérer la maîtrise des deux langues officielles comme une compétence nécessaire pour les postes de responsabilité supérieure y compris, bien sûr, le poste de vérificateur général ou celui de ministre des Affaires étrangères ».

Quelle ironie ! Une des raisons officieuses avancées pour expliquer la chute du ministre en 2017 fut précisément ses difficultés… en anglais. À quand la démission de ministres anglophones unilingues ?

Respect du français

Même le Bureau du Conseil privé n’est pas en reste quant au peu de respect du français. La première version française des notes biographiques du premier ministre accessibles sur son site web officiel comportait en effet cinq fautes en 500 mots, selon deux linguistes expertes consultées par La Presse, édition du 31 mai 2017. Le cabinet du premier ministre avait reconnu que ces fautes étaient inacceptables et que « la qualité de la langue française était une priorité pour notre gouvernement ». Mais des interventions du premier ministre lui-même à la période des questions soulèvent un doute sérieux sur le respect de cette priorité : « Ils [les conservateurs] ont truqué les numéros » pour « Ils ont manipulé les chiffres » ou encore « il ne faut pas favoriser la croissance au coût de l’environnement » pour « il ne faut pas favoriser la croissance au prix de l’environnement ».

On pourrait multiplier ces exemples désolants. Ne voir que de simples anecdotes dans ces « étranges » phrases constitue même le symptôme le plus révélateur du mépris du français au sein du gouvernement. Non seulement viole-t-on, par le peu d’importance attachée à cette langue, la Loi sur les langues officielles, et ce, au plus haut niveau institutionnel, mais on vient saper le travail des enseignants et des parents qui s’appliquent quotidiennement à transmettre à leurs enfants la maîtrise de la langue française !

15 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 18 juillet 2017 06 h 44

    Le PLC et l'État canadien


    Il y a deux ou trois mois, on m'a appelé d'Ottawa pour solliciter ma contribution à une campagne de financement du Parti libéral du Canada.

    La jeune fille qui m'a appelé était unilingue anglophone. Évidemment, je lui ai dit (en anglais) que je ne verserai pas un sou à un parti politique qui n'a pas la décence de me parler dans ma langue.

    C'est donc à dire que nous sommes revenus 50 ans en arrière, c'est-à-dire à l'époque où certaines entreprises — par exemple, la Sun Life et la Trans-Canada Airlines (devenue Air Canada) — préféraient embaucher un anglophone unilingue qu'un francophone bilingue.

    Avec la différence que, dans ce cas-ci, cette entreprise dirige notre beau pays, le Canada.

    Qui peut être assez naïf pour croire que cette entreprise (où fleurit l'unilinguisme à l'interne) est soucieuse de la place du français au Canada ?

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 18 juillet 2017 14 h 34

      « Évidemment, je lui ai dit (en anglais) que je ne verserai pas un sou à un parti politique qui n'a pas la décence de me parler dans ma langue. » (Jean-Pierre Martel)

      Bien sûr que certes, mais, si j’avais été à votre place, je m’aurais exprimer en français, plutôt dans une langue qui m’est totalement inconnue !

      Bof ?!? - 18 juillet 2017 –

      Ps. : Ai quitté sur le champs (désabonnement), et en français svp, une importante compagnie de téléphone, dont la téléphoniste s’adressait dans la langue de Shakespear pour me vendre d'autres services et produits !

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 18 juillet 2017 16 h 10

      "je m’aurais exprimer" : lire plutôt "je m’aurais exprimé" (nos excuses)

  • Michel Corbeil - Abonné 18 juillet 2017 07 h 36

    Et Trudeau

    Que penser du premier ministre, cet anglophone qui parle français (?), qui déclare lors de la fin du G-20 : « …nous sommes tous solides…(solidaires)… ».

    Désolant mais on laisse passer.

  • Raynald Richer - Abonné 18 juillet 2017 08 h 18

    Protéger le français ?


    Parfois, je me dis que la seule façon efficace de protéger le français au Canada serait d’en faire une religion…

    Au moins, les droits des francophones seraient protégés par la charte.

    • Jocelyne Bellefeuille - Abonnée 18 juillet 2017 13 h 13

      La seule façon efficace de protéger le français au Canada serait d'en sortir.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 18 juillet 2017 20 h 08

      Bonne idée de faire du francais une religion mais beaucoup supérieure et essentielle de sortir du Canada,nous avons été,sommes et serons toujours
      perdant sur toute la ligne,meme avec les belles paroles de Philippe Couillard.

  • Jean Lapointe - Abonné 18 juillet 2017 08 h 21

    Rien de surprenant là-dedans

    «Ne voir que de simples anecdotes dans ces « étranges » phrases constitue même le symptôme le plus révélateur du mépris du français au sein du gouvernement.» (Romain Gagné)

    Il n' y a là à mon avis rien de surprenant. C'est que les Canadiens, y compris bien des Québécois qui ne sont pas très fiers de l'être, considèrent le Canada comme un pays de langue anglaise. Le français pour eux, même pour bien des francophones semble-t-il, n'est considéré que comme une langue seconde utilisée pour traduire en français ce qui a été pensé et conçu en anglais à l'origine.

    Le français joue donc dans leur esprit qu'un rôle accessoire et, comme de toute façon, les francophones ont déjà compris pour la plupart ce qui a été écrit d'abord en anglais, personne n'y accorde beaucoup d'importance.

    Bref le français n'est pas dutout valorisé. Il est plutôt considéré comme de trop et bien des Canadiens, y compris parmi eux des Québécois francophones, sont plutôt ennuyés d'avoir à en tenir compte à ce point.

    Justin Trudeau est de ces gens-là. Ces temps-ci il se sent obligé de prendre la défense du français mais dans le fond il s'en fout complètement j'en suis sur. La preuve c'est que si c'était aussi important pour lui qu'il le prétend, il aurait pris soin de mieux l'apprendre pour mieux le parler.

    A mon avis le français ne pourra être vraiment valorisé que dans un Québec indépendant parce que ce ne serait qu' à cette condition qu'un gouvernement pourrait mettre le paquet pour que le français devienne la langue qui irait de soi dans le pays tout comme c'est le cas de l'anglais actuellement au Canada.

    Il faudrait que ça aille de soi pour tout le monde et non pas simplement quelque chose de souhaitable ou de nédessaire pour des raisons politiques.

    Au fond, si le français est peu valorisé dans l'état actuel des choses c'est parce que ce sont nous les francophones qui sommes considérés comme de trop dans ce pays depuis toujours.

    La seule solution logique c'est l'indépend

  • André Labelle - Abonné 18 juillet 2017 11 h 13

    On néglige la langue

    S'il y a une place où on devrait faire des efforts en français c'est bien à la Première chaine de Radio-Canada.
    Or cette fin de semaine j'écoutais René Homier-Roy à son hebdomadaire de fin de semaine. Ce personnage est un des plus massacreurs de la langue française. Accords erronés, verbes conjugués avec plein d'erreurs, anglicismes à la pelle. Il ne suffit pas de faire précéder une expression du « comme disent les chinois» pour dire des grossièretés langagières par la suite.
    RH-R est le vrai symbole de la décadence langagière de la chaine francophone de Radio-Canada.
    Tant qu'à y être, j'ajoute que je ne comprends pas la raison qui pousse cette chaine qu'on paie avec nos taxes et impôts à nous imposer autant de chansons anglophones, tant à la radio qu'à la télé.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 18 juillet 2017 15 h 32

      Ce "chinois"-là est un inculte de la langue française, dans laquelle on peut pourtant exprimer toutes les nuances de notre pensée.

      Les gens de Radio-Canada qui laissent cet individu massacrer la langue française sont des criminels de la langue française.

    • Pierre Raymond - Abonné 18 juillet 2017 16 h 20

      ...et il aime bien, de temps en temps, nous laisser savoir qu'il a fait des études à McGill !

    • Raynald Richer - Abonné 18 juillet 2017 19 h 50

      Il n’y a pas que les chansons sont en anglais. Il est assez flagrant qu’à R-C la culture se consomme en anglais. À peu près tous les extraits sont en anglais.
      On se flatte régulièrement l’égo en se vantant d’assister à la version originale.

      Après tout, les traductions c’est pour le petit peuple inculte et la vraie culture se consomme en anglais.

    • Michel Corbeil - Abonné 19 juillet 2017 07 h 42

      Combien de fois n'ai-je pas ragé de l'entendre ridiculiser celui qu'il appelait "l'ayatollah de la langue". (Faut dire que celui-ci n'aidait pas sa cause en nous reprenant sur des cas d'exceptions que personnes n'utilisaient).

      Il aurait pu, par exemple, corriger une expression comme "..ça va t'être..." et plusieurs autres massacres de la langue française.