Les solitudes patriotiques de l’«Ô Canada»

«Notre hymne national est le seul hymne des principaux pays du monde occidental qui n’est pas une chanson militaire ou portant sur une bataille ou une révolution», rappelle l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Notre hymne national est le seul hymne des principaux pays du monde occidental qui n’est pas une chanson militaire ou portant sur une bataille ou une révolution», rappelle l'auteur.

Lorsque nous chantons l’Ô Canada, l’égalité de la dualité linguistique et des communautés de langues officielles requiert dorénavant que nous puissions chanter l’hymne national de façon consécutive dans leur entièreté en français et en anglais.

Si la majorité de la population est de langue française, on devrait chanter au départ l’hymne national dans cette langue pour ensuite le chanter en anglais. De même, lorsque la population est majoritairement anglophone, la version française dans son intégralité devrait suivre.

Certains vont critiquer cette approche en invoquant la perte de temps et la duplication d’un même événement qui peut facilement se faire en chantant une version unique bilingue. Si nous voulons être respectueux de nos particularités linguistiques, ceci exige de changer notre démarche dans la prestation chantée de notre hymne national.

Règles floues

De seulement inclure une section en français ou en anglais porte atteinte aux réalités d’une des deux communautés de langues officielles.

Il est certain que lorsque nous sommes en présence d’un hymne national étranger, nous pouvons chanter une seule fois l’hymne national du Canada dans une version bilingue. Dans ce cas, il faut décider qu’elle doit être la version appropriée.

Par exemple, à Rideau Hall, résidence du gouverneur général du Canada, l’hymne national est au départ chanté en anglais et la deuxième portion en langue française. Au Centre Bell, les Canadiens de Montréal font l’inverse. Ceci est beaucoup plus respectueux de la dualité linguistique que d’inclure lors du chant en langue anglaise une portion en français.

Il n’existe aucune règle dictant le moment approprié pour chanter l’hymne national lors d’un événement ou l’ordre des langues officielles. Cette décision revient aux organisateurs d’événements qui déterminent si l’Ô Canada sera chanté au début ou à la fin d’une cérémonie et dans quelles langues.

Notre hymne national est le seul hymne des principaux pays du monde occidental qui n’est pas une chanson militaire ou portant sur une bataille ou une révolution. Les versions anglaise et française sont très différentes et reflètent des réalités rattachées à l’histoire de la communauté de langue officielle.

La version française de sir Adolphe-Basile Routhier est un hymne aux origines chrétiennes du Canada et à la place de la foi dans la protection de nation canadienne-française, tandis que la version anglaise est une chanson patriotique du territoire canadien, des individus et des combats. Deux hymnes nationaux pour un seul pays, deux solitudes patriotiques.

Hymne officiel

L’Ô Canada, originalement connu comme le Chant national, a été officiellement déclaré hymne national du Canada par un comité spécial mixte du Sénat et de la Chambre des communes, le 15 mars 1967. La version actuelle a été officialisée par la Loi sur l’hymne national le 27 juin 1980, un siècle jour pour jour après avoir été chanté pour la première fois en 1880.

La musique est l’oeuvre de Calixa Lavallée, composée pour le Congrès national des Canadiens français. Les paroles de la version française, qui est un poème en quatre strophes, est interprété la première fois le soir du 24 juin 1880 lors d’un banquet au pavillon des patineurs à Québec. Les paroles utilisent la métrique et les rimes qui convenaient à la musique et connaissent un grand succès dès sa première présentation.

Les paroles de la version française n’ont jamais fait l’objet de modifications, tandis qu’il existe plusieurs versions anglaises écrites. La version anglaise officielle est basée sur celle composée en 1908 par le juge Robert Stanley Weir et n’est pas une traduction littérale de la version française.

Chaque version représente une réalité différente, et il est essentiel de chanter dans son intégralité, lorsque possible, les deux versions de langues officielles afin de respecter la dualité linguistique et la spécificité de chaque communauté linguistique de langues officielles.

Chanté dans son intégralité, l’hymne national dans les deux langues officielles est un exemple de la reconnaissance pleine et entière des communautés de langues officielles à travers le Canada, et ceci devrait être une nouvelle approche avec un Canada qui a 150 ans.

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15 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 29 juin 2017 04 h 41

    Wô Canada !

    Le "Ô Canada" d'origine a été dénaturé par une intervention politique qui visait non-seulement à l'angliciser culturellement mais d'abord et avant tout, à le détourner de sa signification historique.
    Cela se fit dans la continuité volontaire de donner une assise "Coast to coast" à une population d'identité anglaise et qui percevait le colonialisme britannique en Amérique du Nord comme l'occasion unique d'une élévation civilisatrice des humains. Cela restant encore pour un nombre majoritaire d'individus, la norme valeureuse d'imposition de l'autorité normale au Canada.
    Adieu Castor, Feuille d'érable, Voyageurs de légendes, langue française continentale, Canadiens et sentiment de poursuite de la liberté au quotidien ! Welcome all of that ancient world, for the new Canadians to be drive historical and passed !
    En 2017, faudrait peut-être que tous, Québécois comme Canadiens, comprennent enfin que depuis 40 ans, les Canayens ont été avalés par les mange-Canayens...
    Et que le seul espoir réaliste de rester debout dans l'espace et le temps, est d'être définitivement, sans nostalgie, Québécois.

    Et alors, le Ô Canada en version langue française ?
    Bof, à chacun de se déterminer je crois.
    Pour moi, la chose est faite depuis longtemps, puisque je suis vieux dorénavant. Enfin, presque...
    Longtemps, puisqu'il a été remplacé en 1975 par ce "Gens du Pays" que le grand Gilles nous a donné ce jour-là de Fête Nationale où, sur La Montagne, j'étais assis dans l'herbe avec ma gang. Cette bande-là qui ouvert à la discussion sur out, me collait à la peau depuis mon secondaire cinq à Dandurand. Dandurand, école presque alternative...
    Longtemps aussi parce qu'il a été définitivement emporté par l'Encan dont parlait l'introspectif Félix, dans sa chanson tranchante de 1976.
    Longtemps parce que sans être Grand Six-Pieds, très loin de là, moi aussi je suis devenu par compréhension de ma condition historique, Québécois plutôt que Canadien.
    Donc, déjà fier du pays à venir.

    VLQL !

  • Léonce Naud - Abonné 29 juin 2017 05 h 04

    Vivement le Chant National aux Communes !

    Rêvons de voir nos braves élus Canadiens-français au Fédéral chanter à gorge déployée la version vraie et authentique de leur Chant National à la Chambre des Communes, jusqu'au dernier mot du dernier couplet bien entendu.

    Ô Canada! Terre de nos aïeux,
    Ton front est ceint de fleurons glorieux!
    Car ton bras sait porter l'épée,
    Il sait porter la croix!
    Ton histoire est une épopée
    Des plus brillants exploits.
    Et ta valeur, de foi trempée,
    Protégera nos foyers et nos droits,
    Protégera nos foyers et nos droits.

    Sous l'oeil de Dieu, près du fleuve géant,
    Le Canadien grandit en espérant.
    Il est né d'une race fière,
    Béni fut son berceau.
    Le ciel a marqué sa carrière
    Dans ce monde nouveau.
    Toujours guidé par sa lumière,
    Il gardera l'honneur de son drapeau,
    Il gardera l'honneur de son drapeau.

    De son patron, précurseur du vrai Dieu,
    Il porte au front l'auréole de feu.
    Ennemi de la tyrannie
    Mais plein de loyauté,
    Il veut garder dans l'harmonie,
    Sa fière liberté;
    Et par l'effort de son génie,
    Sur notre sol asseoir la vérité,
    Sur notre sol asseoir la vérité.

    Amour sacré du trône et de l'autel,
    Remplis nos coeurs de ton souffle immortel!
    Parmi les races étrangères,
    Notre guide est la loi:
    Sachons être un peuple de frères,
    Sous le joug de la foi.
    Et répétons, comme nos pères,
    Le cri vainqueur: «Pour le Christ et le roi!»
    Le cri vainqueur: «Pour le Christ et le roi!»

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 juin 2017 07 h 26

    Au complet?

    Les quatre couplets? Jusqu'à «Pour le Christ et le Roi»?

  • Jean Lapointe - Abonné 29 juin 2017 07 h 59

    pour moi le Canada n'est pas une nation.

    «Lorsque nous chantons l’Ô Canada, l’égalité de la dualité linguistique et des communautés de langues officielles requiert dorénavant que nous puissions chanter l’hymne national de façon consécutive dans leur entièreté en français et en anglais.» (Gilles LeVasseur)

    Je suis désolé monsieur LeVasseur mais pour moi le Canada n'est pas une nation mais une fédération d' Etats.

    Je suis désolé mais pour moi, il existe dans la réalité une nation qui est la nation québécoise dont la fête nationale a été célébrée il y a quelques jours. Elle n'est pas reconnue officiellement mais elle existe réellement.

    Existe-t-il une nation canadienne anglaise ? Peut-être mais c'est à eux d'en décider.

    Et il y a aussi des nations autochtones mais dans ces cas-ci le terme nation est utilisé dans le sens de collectivité socio-culturelle et non pas dans le sens de nation politique.

    Et si je peux me permettre de voir les choses différemment de vous c'est parce que la constitution de 1982 n'a pas été entérinée par le gouvernement québécois.

    Elle n'existe donc pas pour moi même si elle nous est imposée d'autorité.

    Je m'étonne que vous parliez de communautés linguistiques alors que je croyais que la communauté lingistique de langue française était maintenant considérée par votre constitution comme une minorité parmi d'autres au sein d'un Canada multiculturel.

    Il faudrait je pense que vous précisiez le sens des concepts que vous utilisez parce que, pour le moment, je trouve qu'ils sont pas mal confus.

    En ce qui me concerne, j'aimerais vous dire que je me fous complètement de l'hymne dit national que vous utilisez et je me fous complètement de la façon dont vous voulez qu'il soit chanté parce que je ne reconnais pas ce pays le Canada dont vous êtes le défenseur.

    Je me considère comme un Québécois de nationalité et je me battrai pour que le Québec soit indépendant tant que je vivrai.

    Et contrairement à vous sans doute, cela a beaucoup d'importance pour moi.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 29 juin 2017 12 h 13

      " Et contrairement à vous sans doute (m. levasseur), cela a beaucoup d'importance pour moi"...

      Voilà tout est dit...Merci à vous Jean Lapointe. !

      Et celà s'appelle remettre les pendules à l'heure.!

  • Gilles Théberge - Abonné 29 juin 2017 08 h 41

    Pour un professeur en gestion de droit de l'université d'Ottawa, cela revêt une certaine importance de discuter de cette question.

    Pour un citoyen ordinaire comme moi, Québécois dans l'âme, c'est un vol de plus que l'on a prélevé dans ma culture après la nationalité et quelques autre symboles.

    Je sais bien que cela n'a aucune importance.

    Que déjà des jeunes «canadien/canadians» ne s'en soucient absolument pas, qui même ne le savent pas, et que votre travail contribue à banaliser ce fait.

    En ce sens, qu'à force de le répéter cela deviendra dans quelques années un fait accompli, que plus persone ne saura qui a composé les paroles et la musique de cet hymne.

    Et on fera croire que tout s'est fait dans l'harmonie la plus complète. Voilà dira-t-on, un bel exemple de la collaboration entre les deux peuples fondateurs (les mythes ont la vie dure).

    En passant c'est Calixa Lavallée pour la musique.

    Le mythe canadien/canadian ou plutôt canadian/canadien se construit pierre par pierre, souvenir par souvenir.

    Je sais tout cela.

    Et en bout de ligne savez-vous quoi, je ne chante plus jamais cet hymne. Qui nous a été volé...!