Un lieu à protéger rue du Fort-Lorette

Photo: Le Devoir

Voisin de l’église de la Visitation et situé en bordure de la rivière des Prairies à Montréal se trouve sur le terrain du 12375, rue du Fort-Lorette un bâtiment de deux étages construit par les Soeurs de Miséricorde. Abritant autrefois la buanderie de la crèche Saint-Paul, l’immeuble a également abrité le centre Rosalie-Jetté pendant quelques années puis a finalement servi de résidence pour quelques religieuses. Ces dernières ont été rapatriées à la maison-mère il y a quelques années. Depuis, le bâtiment est demeuré vacant. Le reste de la propriété, largement accessible par la rue des Jésuites, est composé d’un vaste espace gazonné comptant de nombreux arbres matures et offrant des vues sur la rivière. Divers aménagements paysagers faits de talus et de constructions en pierre complètent l’ensemble.

Au-delà de la composante bâtie du terrain en question, c’est la riche histoire du site qui attire notre attention. Selon toute vraisemblance, l’endroit a été fréquenté par les Amérindiens, comme en témoigne la découverte d’une pointe de projectile ayant entre 3000 et 4500 ans lors de fouilles archéologiques effectuées sur le terrain de l’église. La fréquentation de ce lieu de portage et de pêche se maintient à travers le temps. En 1696, les Sulpiciens choisissent l’endroit pour y déménager leur mission d’évangélisation du fort de la Montagne. Ils érigent le fort Lorette. Une chapelle est ajoutée à l’enceinte fortifiée en 1700. Les recherches historiques indiquent que le fort se trouvait en partie sur le terrain du 12375, rue du Fort-Lorette, ou du moins à proximité.

À la suite de l’achat du terrain du 12375, rue du Fort-Lorette en mars dernier par un promoteur immobilier, nous soulevons ici nos inquiétudes par rapport à l’avenir dudit terrain.

Terrain de grande valeur

 

Le terrain a une importance patrimoniale forte, notamment sur les plans archéologique, historique et immatériel, étant lié par son histoire au fort Lorette et à l’implication des communautés religieuses. À titre d’exemples, on sait notamment que Mgr Bourget a passé les dernières années de sa vie dans la maison Saint-Janvier, que le site a été témoin d’une oeuvre majeure de l’histoire sociale du Québec à travers la crèche Saint-Paul. De plus, ce terrain détient une grande valeur paysagère, faisant partie de l’aire de protection de l’église de la Visitation, mais aussi environnementale comme espace vert sur les berges de la rivière des Prairies. Ce site a manifestement toujours présenté une vocation sociale et communautaire liée à son emplacement adjacent à l’église et à la rivière des Prairies.

En cette année du 375e anniversaire de Montréal, il est essentiel de célébrer nos lieux de mémoire et de les conserver comme legs pour les générations futures.

La construction de propriétés privées sur le terrain du 12375, rue du Fort-Lorette serait un exemple de la mauvaise gestion des témoins de notre histoire et de la mémoire collective, comme on le voit trop souvent. À une époque où la Ville de Montréal souhaite redonner accès aux berges, il est aberrant de constater la privatisation de celles-ci.

 

Nous, historiens, ethnologues, anthropologues, spécialistes du patrimoine, chercheurs, urbanistes et architectes, sommes soucieux de l’avenir du terrain du 12375, rue du Fort-Lorette.

Nous demandons que ce terrain constitue un legs aux Montréalais afin de commémorer l’importance historique du fort Lorette et du village du Sault-au-Récollet dans l’évolution de la ville de Montréal. Nous demandons également que les résultats des fouilles archéologiques soient rendus publics dans les meilleurs délais afin de permettre un décloisonnement des connaissances. Nous demandons à ce que le terrain soit versé dans le domaine public afin de favoriser sa conservation et sa mise en valeur pour tous, dans le respect des valeurs d’usage qui y ont de tout temps été associées.

* Ont signé cette lettre :

Éliane Bélec, historienne professionnelle; Lucie Benoit, ethnologue et historienne; Maude Bouchard Dupont, historienne professionnelle; Anne-Marie Buisson, candidate à la maîtrise en histoire, UQAM; Karl Dorais Kinkaid, urbaniste, L’Enclume; Jocelyn Duff, architecte; Yvon Gagnon, M.A. muséologie, doctorant-chercheur en histoire, UQAM; Vincent Garneau, historien M.A.; Patrice Groulx, historien et chargé de cours à l’Université Laval; Christophe-Hubert Joncas, urbaniste, L’Enclume; Charlotte Kelly, ethnologue; Marie-Neige Laperrière, professeur en droit, UQO; Alexandre Lapointe, anthropologue; Catherine Larochelle, doctorante en histoire, Université de Montréal et CHRS (UQAM); Paul-André Linteau, historien, professeur associé, UQAM; Geneviève M. Sénécal, historienne spécialisée en conservation du patrimoine bâti; Valérie Nadon, historienne professionnelle; Martin Pâquet, historien, Université Laval; Martin Petitclerc, historien, UQAM; Kathleen Pouliot, ethnologue; Alain Saint-Victor, historien et enseignant, UQAM; Jean Trépanier, professeur émérite, école de criminologie, Université de Montréal et chercheur du CHRS; Sylvie Trudel, animatrice-recherchiste (M.A. urbanisme)

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