Convergence souverainiste: je me sens trahi

En cette journée de mémoire en hommage aux patriotes de 1837 et 1838, il est douloureux de voir la division nationale continuer de faire ses ravages au Québec, estime l'auteur. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En cette journée de mémoire en hommage aux patriotes de 1837 et 1838, il est douloureux de voir la division nationale continuer de faire ses ravages au Québec, estime l'auteur. 

Maintenant que tous les masques sont tombés, que QS a rejeté toute alliance électorale avec le PQ, que le chef de la CAQ et celui du PQ ont fait de même pour une alliance entre eux et aussi pour une alliance à cinq, je me demande comment tous ces partis qui ont pactisé avec le diable (leurs partenaires dans ces discussions) depuis plus d’un an sous l’égide du Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN) et qui ont signé solennellement, la main sur le coeur en décembre à l’Assemblée nationale même, un pacte politique en faveur de la mise en oeuvre rapide d’un nouveau mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire régional et cela, dès le lendemain de l’élection générale de 2018, comment donc vont-ils concrétiser ce changement majeur sur le plan de la démocratie ?

De façon naïve et partisane, les trois grands partis d’opposition pensent être capables de déloger seuls les libéraux et de devenir majoritaires à l’Assemblée nationale avec le mode de scrutin actuel. Battre les libéraux n’est pas un programme politique, pas un projet de société, ont dit les militants de QS ! Mais diaboliser et haïr ses compatriotes des autres partis signataires avec soi du pacte semble être un bon programme politique.

Moi qui pensais que mettre au rancart le vieux mode de scrutin et faire naître une nouvelle culture politique qui induirait plus de collaboration par l’entremise de coalition gouvernementale était tout un changement de paradigme, tout un projet de société.

Le statu quo dans la façon de faire de la politique semble plutôt être vraiment l’option privilégiée. Dommage ! Triste. Déprimant. D’autant plus que les alliances politiques (et surtout la grande) sont le choix premier de nos compatriotes, nous dit le sondage de samedi. Que diront les leaders de QS, du PQ, de la CAQ, d’ON et des verts quand, en octobre 2018, Philippe Couillard et le PLQ resteront à la tête de l’État québécois ?

En cette journée de mémoire en hommage aux patriotes de 1837 et 1838, il est douloureux de voir la division nationale continuer de faire ses ravages chez nous. Et dire que le PQ, la CAQ et QS se prétendent nationalistes et partisans du Québec, d’abord et avant tout. Il semble plutôt que ce soit « Moi j’ai raison et les autres non », « Mon parti d’abord et avant tout », qui soit le moteur de l’engagement politique.

Et pendant ce temps, en France, un nouveau président tente de changer l’ordre des choses et de faire de la politique autrement en créant un gouvernement de coalition, et la majorité des Français le suivent dans cette direction, hors des sentiers battus.

Pauvre Québec. Tes élites politiques n’ont pas le sens de ce qu’est « Faire l’histoire ». Où sont les Mandela et les De Klerk d’ici ?

Après tant d’efforts et d’énergie pour réunir des compatriotes adversaires et les amener à opter pour un grand changement, je me sens trahi.

50 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 23 mai 2017 01 h 42

    QS a trahi les aspirations de tous les citoyens!

    Vous avez raison, Monsieur Charbonneau, c'est triste de constater que nos politiciens n'ont pas de vision. Ils ont gâché une opportunité en or pour changer notre scrutin archaïque, pour un système proportionnel, qui joindrait tous les pays civilisés au monde.
    Pire encore, QS s'est laissé séduire par les sirènes de l'intégrisme religieux qui a diabolisé la Charte de la laïcité, aves ses valeurs universelles, pourtant préconisées par les pères de la Révolution tranquille. QS a trahi les aspirations de tous les citoyens/citoyennes qui voulaient se débarrasser des Libéraux toxiques! Quelle trahison. Quelle déception.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 23 mai 2017 11 h 37

      « QS s'est laissé séduire par les sirènes de l'intégrisme religieux … » (Nadia Alexan). En effet, QS semble être noyauté par des ‘racisés’, terme que ces derniers ont inventé pour se distinguer et se séparer de la société québécoise majoritaire.

      Le parti devrait se créer une commission d’enquête interne pour débusquer les noyauteurs professionnels.

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 mai 2017 12 h 32

      Corrigé.

      Sous Nadia Alexan en collaboration avec Gilberte Boucher:

      Charbonneau ne manque pas de culot.

      "Monsieur" se sent trahi, lui, qui était un élu et même ministre du au PQ et qui aurait eu 1000 chances de changer le mode de scrutin, et alors que son propre parti l'a lui-même retiré de son programme pour les élections de 2012 afin de maintenir la population en otage et dans le bipartisme envers et contre toute équité démocratique.

      Non, franchement..

      Charbonneau ne manque pas de culot, pour faire des reproches à Québec Solidaire et se permettre de nous servir des leçons de démocratie aujourd'hui. Alors que le PQ a eu la proportionnelle au programme durant 30 ans et ne l'a jamais adoptée.

      Très heureux de ne pas converger avec ces gens d'une inconséquence sans nom!

      Christian Montmarquette

      .

  • Cécilia Mali - Abonnée 23 mai 2017 03 h 26

    Convergence souverainiste...

    Ce qui est la cause de tout et le plus déprimant est le virage à droite du P.Q.

    • Benoit Toupin - Abonné 23 mai 2017 11 h 43

      Avez-vous, au moins jeter un oeil sur les propositions seront discutées en septembre, ou si vous vous en tenez à ce que certains entretiennent faussement au sujet du gouvernement Bouchard qui pourtant donné les CPES; le pouvoir et la responsabilité financière exige des décisions difficiles; on peut penser que tout peut être facile; cela s'appelle rêver. Et la fameuse charte que tous ont contribué à dénaturer et en faire injustement et exagérément un projet odieux, alors que le courage et l'imagination manquent à plusieurs pour résoudre les paramètres du vivre ensemble. Pourtant le PQ vient des proposer 20 mesures positives pour faciliter l'accès à l'emploi et l'intégration de tous à la société.

      Pourquoi ne pas mettre aux rebuts toutes ces impressions fabriquées sur de fond de partisanerie et se donner de considérer les propositions de tous avec rigueur et respect.

    • Aline Tremblay - Inscrite 23 mai 2017 11 h 52

      Je ne suis plus capable d'entendre ce mode d'analyse simpliste des visions du monde par les mots «gauche droite » et leurs multiples combinaisons. Je m'affiche mal latéralisée par choix pour éviter de scléroser ma réflexion qui demande de l’oxygène pour faire face à l'impermanence de la vie et sa complexité. Essayer de comprendre la réalité de notre vie en société sans le petit catéchisme de référence est un peu plus exigeant, mais combien plus libérateur et à mon avis porteur de solutions communes qui exigent de prendre en compte la conjoncture. À ce moment-ci, la priorité à la pureté idéologique de QS sans compromis est désarmante.

    • Gilles Théberge - Abonné 23 mai 2017 12 h 51

      Quelque chose échappe manifestement à madame Cécilia Mali-Assedou...

    • Benoit Toupin - Abonné 23 mai 2017 13 h 19

      Mme Tremblay,

      Bravo! Pour moi aussi, la gauche et la droite sont devenus des notions qui servent davantage à répudier des opinions et des groupes qu'à trouver la meilleure option sur la base de l'analyse rigoureuse. Comme le neoliberalisme, une tendance dominante de l'économie mondiale que certains pensent pouvoir mater par des vieux idéaux de gauche ou en tirer profit par de vieilles recettes de droite. L'important n'est-il pas de prendre soin de son monde et de rechercher le bien commun en laissant place à l'analyse de toutes les options sans étiquette.

  • Yves Côté - Abonné 23 mai 2017 03 h 58

    Nous marchons allègrement depuis trente ans...

    Monsieur Charbonneau, nous marchons allègrement depuis trente ans dans les traces toutes faites et rassurantes de l'individualisme-dieu. Ce chemin présentant l'absence de risque individuel et la réussite économique comme le double sommet du succès pour l'humain idéal. Normal...
    Comment voulez-vous alors qu'il en ressorte de la générosité et de l'ouverture d'esprit, dans la direction de nos partis politiques ? L'individualisme comme idéal de vie ne mènera jamais à rien d'autre qu'à la fracturation des mentalités. Inverse de la solidarité, de l'empathie et du sens du collectif.
    L'ennui auquel nous sommes confronté au quotidien, nous indépendantistes et parce que nous avons obtenus des victoires historiques pour notre peuple, c'est qu'un ventre plein ne donne non-seulement pas envie de se bouger pour la collectivité, mais conforte la personne dans la certitude qu'il en est ainsi parce qu'elle a raison de rétrécir le monde à ses propres envies.
    Oui Monsieur, René Lévesque avait bien raison de nous rappeler souvent : il ne faut jamais prendre ses envies pour des besoins.
    Mais bon, je pense tristement que nous ne sommes pas beaucoup à nous rappeler de la sagesse universelle de cette maxime.

    Salutations républicaines, Monsieur.

    PS : ne vous faites pas trop d'illusions sur ce qui se passe en France. Il ne tardera tellement pas à Monsieur Macron de prendre la direction opposée à celle qu'il a promis, qu'il commence déjà à apparaître que le règne de l'individualisme et de l'ambition intéressée en est le moteur pour tous ses alliés circonstanciels. Qui deviendront d'ailleurs très vite et ouvertement circonstanciés, bien entendu...

  • Michel Dion - Abonné 23 mai 2017 06 h 35

    Rêve et cauchemar

    On peut imaginer ce que deviendrait le Québec, s'il adoptait, comme certains le souhaitent, un scrutin proportionnel propre à favoriser l'émergence de partis politiques marginaux. Cela risquerait de ressembler au marasme qu'a connu la IV° République française. En démocratie, la politique sera toujours l'art de compromis lorsque l'on veut travailler dans les intérêts supérieurs d'une nation. Malheureusement, nous sommes à l'ère du je-me-moi. Moi, je voudrais que... moi, je rêve de... moi, je souhaite que mes enfants... Tout cela au détriment du pragmatisme et du sens des réalités. Churchill avait raison lorsqu'il a dit: « Le meilleur argument contre la démocratie est un entretien de cinq minutes avec un électeur moyen. » Certains rêvent du mieux en ignorant souvent que celui-ci est l’ennemi du bien.

    • André Joyal - Inscrit 23 mai 2017 09 h 54

      Effectivement, si QS est incapable de négocier avec un autre parti politique, comment peut-on imaginer, suite à la proportionnelle, que QS va accepter de former une nécessaire coalition dans un gouvernement? Le fun de QS c'est de gueuler dans l'opposition.Ce parti n'a pas d'autre raison d'être.Ne lui enlevons pas son suçon!

  • Jean Lacoursière - Abonné 23 mai 2017 07 h 13

    Patente à gosse

    Monsieur Charbonneau propose un " nouveau mode de scrutin proportionnel mixte compensatoire régional".

    Proportionnel... mixte... compensatoire... régional.

    Et il se demande pourquoi ça ne s'est pas encore concrétisé.

    • Christian Montmarquette - Abonné 23 mai 2017 22 h 35

      Patente à gosse?

      Pour ne prendre que cet exemple..

      Le mode de scrutin proportionnel régional en y ajoutant des éléments de type proportionnel national est en vigueur dans 57 pays (31% des pays du monde). De ceux-là, 7 pays font partie de la cinquantaine de pays du Commonwealth.

    • Raymond Labelle - Abonné 24 mai 2017 09 h 52

      Il ne s'agit pas seulement de la proposition de M. Charbonneau, mais du mode sur lequel 3 partis politiques du Québec se seraient entendus assez récemment – entente qui aurait volé en éclats, au grand regret de M. Charbonneau.

      Il s'agit également du mode de scrutin que les participants aux États généraux sur la réforme des institutions démocratiques de 2003 avaient proposé - lesquels États généraux avaient été convoqués entre autres à cause de l'élection d'un gouvernement majoritaire du PQ alors que le PLQ avait la pluralité des voix. Le MDN, mentionné dans le texte de M. Charbonneau ci-dessus, qui a chapeauté l’entente récente entre les 3 partis, a d'ailleurs été créé dans la foulée de ces États généraux.

      Incidemment, M. Charbonneau était le ministre qui parrainait la tenue de ces États généraux - il semblait alors tout à fait sincère et de bonne volonté. On voit régulièrement, jusqu’à ce jour, M. Charbonneau intervenir à ce sujet. Il y croit vraiment. D’où sa déception, voire sa colère, actuelle.

      Enfin, il s'agit du mode de scrutin qu'avait voulu faire adopter René Lévesque, qui n'a pu le faire à cause de l'opposition de son caucus.

      Il s’agit du système qui était proposé dans l’avant-projet de loi qui a fait l’objet de consultations d’une commission itinérante de l’assemblée nationale – piloté par Benoît Pelletier, le ministre responsable du PLQ, gouvernement qui a succédé à celui dont M. Charbonneau faisait partie. Ça a passé vraiment proche cette fois-là, mais il semble que c’est le caucus du PLQ qui n’en a pas voulu à la dernière minute. M. Pelletier semblait également s’être investi de bonne foi dans ce projet.

    • Raymond Labelle - Abonné 24 mai 2017 10 h 04

      On dirait qu’une malédiction frappe la réforme du mode de scrutin.
      Cette malédiction est celle-ci – c’est le gouvernement qui doit le faire, mais les députés du gouvernement, quel qu’il soit, ont tendance à trouver que le meilleur système, c’est celui qui lui a permis d’être élu.

      Un peu de politique-fiction pour illustrer. Que se passerait-il si QS obtenait un gouvernement majoritaire avec 38% du vote, le reste du vote ayant été à des partis de centre-droite ?

      Faites un effort de visualisation, mettez-vous dans la peau des protagonistes en situation.

      On comprendrait que ça fasse un pincement au cœur à leurs députés de renoncer à tous ces beaux projets après s’être tant battu pendant toutes ces années pour enfin gouverner, de laisser la place à une coalition de centre-droite au mandat suivant, quand on a si peu de temps pour tout accomplir… et qu’on a l’intime conviction que les adversaires feraient non seulement tellement moins bien pour le Québec que son propre parti, mais voire nuiraient au Québec. Ça prendrait une solide vertu démocratique pour accepter de laisser la place quand même.