Nous sommes inquiets pour nos patients

Dans le Bas-Saint-Laurent, des compressions budgétaires de 12 millions en santé sont en cours.
Photo: iStock Dans le Bas-Saint-Laurent, des compressions budgétaires de 12 millions en santé sont en cours.

Nous, les médecins du Kamouraska, sommes inquiets pour nos patients. Tout comme la population locale, nous aimerions beaucoup être rassurés par les propos de notre ministre de la Santé, mais ce n’est pas le cas.

Nous avons un formidable hôpital situé à La Pocatière. Dans cet hôpital, les gens peuvent venir au monde, recevoir des soins à l’urgence, être hospitalisés, être opérés (chirurgies mineures et majeures), rencontrer des spécialistes, recevoir certains traitements de chimiothérapie et recevoir des soins palliatifs de qualité. Nous sommes fiers de notre hôpital.

Malheureusement, depuis l’adoption du projet de loi 10, certaines choses ont changé. En 2016, M. Barrette avait dit à la population du Québec : « Nous atteindrons nos cibles [budgétaires] sans couper dans les services à la population ». Or, force est de constater que les compressions de services se multiplient et atteignent nos patients.

En effet, le gouvernement procède actuellement à des réductions de 242 millions de dollars en santé pour l’ensemble du Québec. Chez nous, au Bas-Saint-Laurent, ce sont des compressions budgétaires de 12 millions qui sont en cours. Les ressources humaines représentant une dépense majeure en santé, c’est d’abord là qu’on cherche à couper. Ainsi, chaque fois qu’un professionnel de la santé part ou prend sa retraite, le mot d’ordre consiste à réévaluer le poste en question et, souvent, à le supprimer. Conséquemment, la tâche des professionnels s’alourdit, la liste d’attente s’allonge pour l’accès aux services, et la population en paie le prix.

Une perte de service

Concrètement, au Kamouraska, nous avons moins de lits de soins intensifs, moins de lits de soins de courte durée, mais toujours la même population ; une population vieillissante aux besoins grandissants pour laquelle il y a pourtant désormais moins d’infirmières et de préposés aux bénéficiaires. En somme, il s’agit d’une perte de service aux citoyens hospitalisés.

À l’urgence et aux soins intensifs, le nombre d’infirmières en poste de nuit est passé de cinq à trois. De plus, dès 2018, nous n’aurons plus les visites locales de spécialistes venant d’autres régions qui nous desservaient depuis plusieurs années (pneumologue, urologue, orthopédiste, cardiologue). Encore une perte de service aux citoyens nécessitant des soins aigus.

Au CLSC, on dénombre une psychologue et une travailleuse sociale en moins, alors que la liste d’attente des services sociaux généraux compte plus d’une centaine de personnes, certaines d’entre elles attendant depuis plus de 400 jours. Une autre perte concrète de services aux citoyens les plus vulnérables.

De plus, depuis le 1er mai 2017, nous avons perdu notre UTRF (Unité transitoire de réadaptation fonctionnelle). Ce service offrait un milieu de réadaptation aux patients qui avaient besoin d’un petit coup de pouce pour regagner leur autonomie avant de retourner à domicile ou encore dans une résidence. Une perte de service majeure pour nos aînés.

Le couperet n’a pas épargné non plus nos services de soutien à domicile, qui desservent un territoire de 3065 km2. L’équipe a subi la perte de précieuses ressources professionnelles, allongeant les délais avant que les bons soins soient reçus. Une fois de plus, l’offre de service aux personnes vulnérables est diminuée.

À cette situation déjà difficile s’ajoute la pénurie panquébécoise d’anesthésistes. Sans anesthésiste, le fonctionnement du bloc opératoire est compromis, et nous ne pouvons accueillir les femmes venues accoucher. Ces dernières doivent faire la route, en plein travail, jusqu’à Montmagny ou Rivière-du-Loup.

Le plus inquiétant, c’est que la situation vécue au Kamouraska se vit également ailleurs au Québec, principalement dans les petits milieux. Par exemple, on pouvait lire dernièrement dans La Presse que « [… l’urgence] de Saint-Marc-des-Carrières connaît régulièrement des découvertures médicales en raison du manque d’effectifs [… De plus], l’urgence de Témiscamingue, en Abitibi, n’a pas eu de médecin la nuit pendant trois semaines en mars, obligeant les résidants de la petite municipalité à parcourir 180 kilomètres pour une consultation. »

Ici comme ailleurs, tous les professionnels de la santé ont à coeur la santé de la population. Au Kamouraska, nous redoublons d’efforts afin que les services donnés continuent à répondre aux standards de pratique les plus élevés. Toutefois, nous ne sommes pas surhumains et la perte de services de proximité nous préoccupe énormément, d’autant plus que toutes les décisions administratives sont prises sans consulter les gens qui travaillent sur le terrain et sans connaître la réalité de notre population locale. Cet état de fait nous place devant l’obligation morale de dénoncer publiquement la situation.


 
12 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 9 mai 2017 00 h 48

    Un gouvernement de charlatans qui essayent de nous faire croire que leurs coupures n'ont pas de conséquences!

    Voilà! Un autre cri du coeur qui provient cette fois-ci des médecins de Kamouraska. Il n'y a pas un jour qui passe sans qu'on entende les plaintes de professionnels honnêtes, qui ne peuvent plus endurer la destruction de leur milieu par les décisions insensées de ce gouvernement. Tout le monde est au bout du souffle, car on ne sait pas quoi faire pour mettre un peu de sens dans ce gouvernement de charlatans, qui essayent nous faire croire que leurs coupures n'ont pas de conséquences! Quel mépris pour les citoyens. Il faudrait se débarrasser de ce gouvernement le plus vite possible!

  • René Bolduc - Abonné 9 mai 2017 07 h 49

    Manque d'argent pour des services essentiels ?

    C'est tout à l'honneur des médecins du Kamouraska d'attirer l'attention sur le manque de ressources dans leur région, affectant ainsi directement la population.

    Mais comment expliquer ce manque d'argent ? Il manque quelque chose dans l'équation : la hausse faramineuse des salaires des médecins ces dernières années. Il faut bien les payer.

    "Au cours des cinq dernières années, la rémunération des médecins est passée de 4,8 à 6,5 milliards. Elle atteindra 9 milliards dans cinq ans. Cela représente une hausse de 87,5 % entre 2010 et 2020. La rémunération des spécialistes aura augmenté de façon plus importante que celle des omnipraticiens (93 % contre 78 %)."

    "Depuis des années, l’augmentation de la rémunération des médecins dépasse la croissance des dépenses en santé. Résultat : les médecins se taillent une part de plus en plus importante du budget de la Santé."

    Tommy Chouinard, La Presse +, 11 décembre 2015.

    Cette hausse des salaires expliquerait-elle ce manque de ressources ?

    • Marc Levesque - Abonné 9 mai 2017 14 h 30

      "Cette hausse des salaires expliquerait-elle ce manque de ressources ?"

      Non, ce genre d'explication est trop simpliste.

  • Claude Coulombe - Abonné 9 mai 2017 08 h 06

    Souffrances et épuisement...

    Merci de dénoncer une situation qui ne fait qu'empirer, fait souffrir la fraction de la population la plus vulnérable et qui conduit à l'épuisement professionnel de ceux qui restent.

    Notre système de santé est sur le bord de l'implosion.

    Claude Coulombe

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 9 mai 2017 08 h 11

    Les 2 médecins qui devraient etre coupés sont les

    docteurs Couillard et Barette qui n'ont d'empathie que pour eux-memes et qui bousillent a peu pres tout ce qu'ils touchent et ce qu'ils ne touchent pas.
    Pourquoi ? : manque de vision,de clairvoyance,d'ame et de coeur entrainat avec eux
    le Cabinet .Ce sont des gérants a la maniere des Chambres de Commerce
    Ils possedent la Vérité,n'empeche qu'actuellement on croule sous une avalanche de
    publicité pavé de bonnes intentions plus ou moins pour cacher leur manque de
    gouvernance sensé donnant la priorité a Ottawa et autres institutions qu'ils dirigent
    en sous-main. Nous devons nous libérer des libéraux.

  • Bernard Terreault - Abonné 9 mai 2017 08 h 21

    Aux prochaines élections

    Ne restez pas discrètement dans votre coin, prenez parti ouvertement, travaillez pour le candidat que vous croyez avoir le plus de volonté d'améliorer les choses.