Illusion et division autour de la candidature de Gabriel Nadeau-Dubois

«Gabriel Nadeau-Dubois [...] m’apparaît comme une figure politique nécessaire qui mérite sa place dans notre univers politique», conclut l'auteure.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Gabriel Nadeau-Dubois [...] m’apparaît comme une figure politique nécessaire qui mérite sa place dans notre univers politique», conclut l'auteure.

Il ne faut vraiment pas avoir suivi le parcours de Gabriel Nadeau-Dubois pour le dépeindre comme un opportuniste extrémiste. Il ne faut surtout pas avoir pris la peine de lire ses essais ou écouté ses chroniques du temps qu’il était à la Première Chaîne pour dénoncer son manque d’expérience en politique. Il faut absolument ignorer son entourage, constitué d’intellectuels reconnus dans leur domaine comme Jean-Martin Aussant en économie, Simon Tremblay-Pépin en sciences politiques ou Alain Vadeboncoeur en santé, pour affirmer qu’il ne sait pas de quoi il parle. Il faut finalement avoir beaucoup de culot pour le traiter d’arrogant et de prétentieux quand on le juge avec autant de condescendance et de mépris.

Je sais de quoi je parle puisque je suis moi-même la cible de ce mépris depuis que j’ai affiché mon passage à Québec solidaire. Plutôt que de débattre des idées qui m’ont fait quitter le PQ, on m’accuse de diviser le vote indépendantiste et de m’être fait laver le cerveau par les médias sociaux, comme si j’étais incapable de me faire une opinion valable par moi-même.

J’aimerais rappeler à ma société qu’il y a d’autres façons de s’informer qu’en lisant ou en écoutant les médias de nos jours. Il y a notamment la pratique et le terrain. En tant qu’enseignante de français aux allophones, et plus particulièrement aux nouveaux arrivants, je crois être mieux placée que la plupart de nos chroniqueurs pour affirmer que le passage de la francisation à la séquence des cours de français obligatoires du collégial est pratiquement impossible, voire humiliant, et qu’elle est source de nombreux décrochages et frustrations chez nos immigrants qui sont pourtant déterminés à refaire leurs études en entrant au collégial. Comment peut-on prétendre l’ouverture aux autres cultures quand, dans les faits, on les isole en leur fermant la porte des études postsecondaires ?

Pour des débats respectueux

En tant qu’enseignante dans un collège public et maman d’une petite fille au primaire, je suis aussi bien placée pour dénoncer l’indifférence de notre gouvernement quant au délabrement de l’école publique. Je n’aime pas l’idée de couper les subventions à ceux qui ont les moyens de remédier aux lacunes de leur école publique en se payant le privé, mais je culpabilise davantage quand je pense à ceux qui n’ont pas les moyens du privé et que l’on condamne à fréquenter une école laissée à elle-même. Encore une fois, ce sont les enfants d’immigrants qui paient le gros prix de notre « liberté de choix ». Comment peut-on affirmer que l’on est pour l’inclusion et la mixité sociale, quand, dans les faits, on priorise un système à deux vitesses qui divise et hiérarchise ?

En tant que parent siégeant au CA d’un CPE, je suis aussi en bonne position pour constater que le traitement à deux vitesses de notre système de santé et d’éducation est celui que l’on réserve aux CPE en encourageant la classe moyenne à fréquenter les garderies privées subventionnées. La logique comptable derrière ce démantèlement est celle qui soumet le bien commun aux impératifs économiques en faisant valoir les crédits d’impôt individuels comme une richesse qui donne accès au « choix » du privé alors que, dans les faits, l’illusion de ce choix accentue les inégalités et la division sociales. On ne peut pas reprocher aux parents de vouloir le meilleur pour leurs enfants, mais on peut reprocher à un gouvernement de ne réserver le meilleur qu’à ceux qui ont les moyens de se le payer.

Les résultats des dernières élections aux États-Unis et en France nous exposent les conséquences dramatiques de la division et de l’écart grandissant des inégalités, qui contribuent à la montée du racisme et du repli sur soi. Et pourtant, nos dirigeants, par leurs politiques de rigueur budgétaire, et nos médias, où règnent l’opinion et le sensationnalisme plutôt que l’information, nous entraînent dans la même impasse que nos voisins américains et européens. Devant cette catastrophe annoncée, il faut opposer notre résistance et être solidaires, de gauche comme de droite. Et cette solidarité devrait commencer par le débat respectueux de nos idées pour édifier un projet de société inclusif résolument tourné vers le futur. En ce sens, Gabriel Nadeau-Dubois, représentant d’une gauche ouverte à la convergence des partis indépendantistes et aux compromis favorisant le bien commun, m’apparaît comme une figure politique nécessaire qui mérite sa place dans notre univers politique.

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32 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 29 avril 2017 01 h 38

    Peut-être le jeune GND pourra se montrer à la hauteur de nos espoirs!

    Vous avez tout à fait raison, madame Morissette. À quand les dirigeants du calibre de René Lévesque et de Jacques Parizeau qui avaient le bien commun à coeur? Je rêve des élus avec une vision clairvoyante au sein du bon peuple, des élus qui vont travailler d'abord et avant tout pour les plus démunis, pour les ainés, les handicapés, les enfants, les soins de santé, le transport en commun, l'environnement, la sécurité et j'en passe. Peut-être, le jeune Gabriel Nadeau-Dubois pourra surmonter les obstacles du pouvoir et se montrer à la hauteur de nos espoirs.

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 29 avril 2017 07 h 21

    Ni bâbord, ni tribord ?

    Quad on lit, dans le texte d'I. Morisette "
    Je sais de quoi je parle puisque je suis moi-même la cible de ce mépris depuis que j’ai affiché mon passage à Québec solidaire" et plus loin "je crois être mieux placée que la plupart de nos chroniqueurs pour affirmer que le passage de la francisation..."et encore " je suis aussi bien placée pour dénoncer l’indifférence de notre gouvernement quant au délabrement de l’école publique...."et toujours "je suis aussi en bonne position pour constater que le traitement à deux vitesses de notre système de santé et d’éducation ..." on peut se demander qu'est-ce-que cela serait si I. Morisette était un petit peu arrogante, ou est-ce à nouveau une illusion? Avec tous les points de vue privilégiés qui sont les siens, et qui sont autant d'appels à l'autorité, il ne doit pas être facile de placer et de faire valoir son point de vue dans une discussion avec I.Morisette. En tout cas je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure personne pour nous rassurer sur le fait de savoir si G Nadeau-Dubois est ou n'est pas arrogant et prétentieux.
    Enfin l'affirmation "Devant cette catastrophe annoncée, il faut opposer notre résistance et être solidaires, de gauche comme de droite." me laisse plus que perplexe et inquiet. Si c'est ça la définition de la "gauche ouverte", on est plutôt mal parti !
    Pierre Leyraud

    • André Joyal - Inscrit 29 avril 2017 14 h 07

      Bien dit M Leyraud; rien à ajouter.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 29 avril 2017 17 h 02

      Une personne qui sait n'a plus besoin de chercher l'opinion des autres !

      Bref ! - 29 avril 2017 -

    • Marc Therrien - Abonné 29 avril 2017 18 h 02

      D'accord avec M. Joyal.
      Et je me permets quand même d'ajouter que madame Morissette partage bien avec GND ce ton harangueur du modèle exemplaire qui prêchent les convertis.

      En plus des appels à l’autorité faits sur le ton autoritaire qui les accompagnent bien, elle semble bien apprécier les énoncés performatifs autoréférentiels. On doit la croire sur parole parce que c’est elle qui nous le dit et elle le jure. Sa réalité personnelle à laquelle elle se réfère est le critère suffisant de la vérité de ce qu’elle affirme.

      C’est pourquoi, je serais effectivement curieux de voir comment, « dans un débat respectueux de nos idées », elle pourrait sortir de son solipsisme pour s’intéresser à la vérité de son interlocuteur surtout le non converti, de droite.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 29 avril 2017 19 h 22

      D’accord avec vous sur toute la ligne M. Leyraud. Si vous me le permettez, j’aimerais ajouter ceci.

      La génération d’enfants-rois n’a pas appris l’humilité. Cette génération des iPad et des téléphones intelligents où on leur donnait des médailles et des trophées pour avoir seulement participé, devrait acquérir plus d’expérience avant de parler. De toute façon, faire de la politique n’est pas une carrière.

      Ceci étant dit, ce n’est pas parce que l’on enseigne une deuxième langue aux nouveaux arrivants, que nous sommes des experts dans la matière. Ce n’est pas parce que nous sommes des parents, que nous sommes des experts en éducation et surtout en santé, humilité oblige.

      Une gauche ouverte est un oxymore. Ceci s’inscrit dans les thèmes de la clarté obscure et de l’intelligence militaire à la Macron. On ne peut pas être de gauche tout en composant vers la droite en passant par le centre en temps réel à moins d’être dieu le père, vous savez, notre ami magique et extraterrestre. Diantre, pourquoi est-ce que tout ceci me fait penser à ceux qui se disent citoyens du monde et de nulle part ?

      En revenant au p’tit Nadeau-Dubois, on aurait aimé voir quelqu’un de plus aguerri et qui compose avec les nouvelles technologies de demain et non pas un politicien professionnel en devenir. Ce n’est pas avec des études en sciences sociales que celui-ci comprend bien l’équation qui est en train de se jouer au Québec. Pour notre ancien casseur professionnel et Québec solidaire, je passe tout simplement.

    • Christian Montmarquette - Abonné 30 avril 2017 11 h 14

      "La génération d’enfants-rois n’a pas appris l’humilité." - Cyril Dionne

      Tant qu'à y aller dans la généralisation et les préjugés.. - Diriez-vous la même chose du député PQ Léo Bureau Blouin qui est de la même génération?

    • Cyril Dionne - Abonné 30 avril 2017 16 h 56

      M. Montmarquette, que dire, lol. Léo Bureau Blouin n’est plus là. Il a su tirer sa révérence en temps opportun pour continuer son éducation et travailler dans le vrai monde, lui qui était le moins jusqu'au-boutiste dans sa méthodologie que les deux autres. Le p’tit Nadeau-Dubois, l’extrémiste, n’a fait qu’empirer les choses.

      Mais, vous pouvez toujours garder le même discours. Votre p’tit chef masculin (oups, co-porte-parole) en devenir, n’a jamais accompli quoi que ce soit. Mais il faudrait le féliciter quand même, tout comme les enfants-rois. Selon le modus operandi, il faudrait lui donner les pleins pouvoirs même s’il ne les a jamais mérités. Il ne faut jamais lui dire non puisqu’il est l’être choisi. Évidemment, celui-ci est extraordinaire dans sa démarche où l’effort et le mérite n’ont jamais été au rendez-vous. Encore une fois, il faut l’écouter parce que c’est un être prodigieux qui a été mis sur la terre pour guider les hommes et les femmes libres (sauf pour les musulmanes).

      Dites donc, ce n’est pas la définition d’un enfant roi ?

    • Pierre Desautels - Abonné 30 avril 2017 20 h 23

      @Cyril Dionne,

      C'est plutôt certains ainés-rois qui font problème. Vous savez, ceux qui ont le nombril sec, mais qui croient, comme vous, que l'univers tourne autour.

    • Christian Montmarquette - Abonné 1 mai 2017 13 h 53

      À Cyril Dionne,

      "Le p’tit Nadeau-Dubois, l’extrémiste... Votre p’tit chef masculin (...)n’a jamais accompli quoi que ce soit." - Cyril Dionne

      Je serais d'accord pour dire que GND est extrémiste, car il est extrêmement populaire!

      Mais il ne faut pas craindre le ridicule pour affirmer qu'il n'a jamais rien accompli..

      Gabriel Nadeau-Dubois - Publications et récompenses :

      À l'automne 2013, il publie, chez Lux Éditeur, un essai portant sur la grève étudiante de 2012 et sur son propre engagement, Tenir tête. Cet ouvrage reçoit, en novembre 2014, le prix du Gouverneur général dans la catégorie Essais. Gabriel Nadeau-Dubois accepte le prix, mais annonce à l'émission Tout le monde en parle qu'il décide de remettre la totalité de la bourse de 25,000 dollars qui lui est accordée à la lutte contre la construction de l'oléoduc Énergie-Est de TransCanada. GND demande alors l'aide du public afin de doubler le montant de son prix. La campagne de sociofinancement intitulée Doublons la mise a permis de recueillir 385 000$.

      En 2013, GND reçoit le Prix Impératif français pour «son engagement à défendre une accessibilité élargie à l'éducation postsecondaire, dans une société la plus équitable possible».

      Au début de septembre 2014, il publie, chez Écosociété, un collectif sur la gratuité scolaire, Libres d’apprendre. Plaidoyers pour la gratuité scolaire.

      Commencez donc par essayer de lui arriver à la cheville Dionne et vous vous permettrez de dénigrer GND ensuite.

      Christian Montmarquette

  • Jacques Lamarche - Inscrit 29 avril 2017 07 h 48

    Alors il faut s'unir! Et travailler tous ensemble!

    Le plaidoyer ne manque pas d'arguments! GND est un personnage hors du commun! Toutefois il a perdu des points en parlant de trahison et en dressant l'un contre l'autre les deux frères ¨ennemis¨! La méfiance a monté d'un cran alors que l'urgence commande de se rassembler!

    Gabriel peut donner à QS plus de crédibilté et de popularité! Mais plus il gagnera de comtés, plus l'opposition sera divisée! Les deux partis se partagent le même électorat!

    Si QS tient à rester solitaire, pour prendre le pouvoir, le PQ pourrait alors lorgner de l'autre côté, là où il y a plus à gagner!

    Bref sur le champ de bataille s'affrontent à l'ouest l'armée unifiée des minorités et à l'est, celle divisée de la majorité. Dans ces conditions, la défaite de cette dernière est assurée! Une petite prière!! Que nos trois grands chefs militaires enterrent la hache de guerre et en arrivent à signer une entente historique pour la fragile minorité française en Amérique!

  • Pierre Desautels - Abonné 29 avril 2017 07 h 50

    Tout à fait.


    Merci pour ce texte, Madame Morissette. Gabriel Nadeau-Dubois a un bel avenir devant lui. Malgré son jeune âge, il a déjà beaucoup d'expérience. Sur les réseaux sociaux, il subit injustement des attaques vicieuses des partisans des trois autres partis, qui s'attaquent plus à sa personne qu'à ses idées. Il sera tout à fait à l'aise d'en débattre, avec n'importe quel adversaire politique.

    • Lucie Bélanger - Abonnée 1 mai 2017 11 h 20

      J'aimerais rectifier Monsieur Désautels qu'il y a aussi des membres de Québec Solidaires qui sont pas d'accord ni avec les idées de Gabriel Nadeau-Dubois ni avec son attittude. Pas justes les 3 autres partis.

      La généralisation que les gens sur les réseaux sociaux attaquent plus sa personne que ses idées mérite également une rectification.

      Premièrement, il n'y a pas que dans les réseaux sociaux où on critique et ou on jase politique. Si vous sortiez de votre salon, il y aussi des critiques fort constructives qui se font en relation dans le monde de la réalité.

      Deuxièment, il y a beaucoup de gens qui critiquent au delà de sa personne ou de son attitude. Autour de moi, dans la réalité, des solidaires, des libéraux, des péquistes, des caquistes, et même des Option Nationale, avec qui je suis d'accord, critiquent son idée de ne plus subventionner les écoles privées. Ce n'est pas vrai qu'il y a seulement des parents riches qui envoient leurs enfants au privé, ce n'est pas vrai non plus que ces enfants du privé sont des enfants-roi. Si nous investissions davantage dans le système d'éducation publique, en y ajoutant de la rigueur dans l'enseignement, en appuyant les professeurs, en inculquant des valeurs de détermination et de curiosité intellectuelle chez les jeunes, et bien d'autres mesures, l'école publique se porterait beaucoup mieux et moins de parents choisiraient le privé, ce qui baisserait de beaucoup les subventions au privé.

      D'autres idées comme celle d'appuyer un groupe communautaire qui rêve d'une DPJ musulmane est une insulte pour les travailleurs qui aident les familles musulmanes à laisser leur jeunes s'intégrer à d'autres valeurs que celle de leur famille. Je ne parlerai pas de mon expérience personnelle comme le fait Mme Morissette, faites vos recherches auprès de la DPJ, vous pourrez vérifiez par vous même les réussites de la DPJ avec les jeunes et les familles de la communauté musulmane.

      Ce sont deux exemples où les idé

  • Chantale Desjardins - Abonnée 29 avril 2017 08 h 25

    Teste ambigu...

    Plusieurs sujets sont abordés mais le lien laisse à désirer. Nadeau-Dubois a une grosse besogne sur ses épaules comme futur chef de parti. Son orientation politique manque de connaissances causée par son peu d'expérience dans ce monde dévorant.
    Il est encore temps d'orienter son choix de vie où il serait plus utile.

    • Louise Trencia - Inscrite 1 mai 2017 14 h 07

      Madame Desjardins, GNDubois ne peut ëtre "chef" de parti, puisque Québec Solidaire n'a pas de chefs mais des porte-paroles.