Des milliers d’élèves privés des apprentissages pourtant essentiels

Contrairement à ce qui avait été avancé il y a deux ans par le Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, nous apprenions récemment que les apprentissages obligatoires en éducation à la sexualité ne seraient pas généralisés à tous les élèves des milieux scolaires primaires et secondaires du Québec en septembre 2017. Impossible non plus de confirmer que ce sera pour l’an prochain.

Ce projet avait pourtant été considéré comme primordial par les libéraux. Et phénomène rare s’il en est un, on y trouve là une réponse à un besoin qui tend à faire large consensus au niveau social et politique. Le gouvernement en place n’avait-il pas saisi l’urgente nécessité d’éduquer nos jeunes en ce qui a trait à leur sexualité et à leur vie amoureuse? 

Devant l’immobilité du gouvernement, ce sont des milliers d’élèves qui se voient privés des apprentissages pourtant essentiels à leur sain développement affectif et sexuel. En effet, rappelons qu’en parallèle à ce manque d’éducation en ce domaine, nos jeunes se retrouvent laissés à eux-mêmes, sans balise et espace de réflexion critique pour bien saisir les enjeux entourant certaines réalités sexuelles qui les entourent ainsi que l’exposition plus importante que jamais aux contenus sexualisés, sexuels et pornographiques. Tout cela n’est pas sans conséquence. Les données de la recherche le prouvent d’ailleurs largement ainsi que notre expérience de sexologues qui côtoient ces jeunes ainsi que leurs aînés qui ont évolué dans ce nouveau contexte socio-sexuel. Le constat est sans équivoque. Les besoins sont criants et les interventions selon les meilleures pratiques que promeuvent les sexologues sont nécessaires afin de réussir à freiner certains phénomènes sexuels et relationnels observés tel que la discrimination, l’intimidation et les diverses formes de violence. 

Notre domaine de compétence

Si le Ministère de l’Éducation avait dès le départ désigné les sexologues comme les professionnels en charge de ces apprentissages, nous n’en serions certainement pas encore à discuter des questions centrales entourant l’implantation du projet et tous les élèves du Québec recevraient, dès septembre, une éducation à la sexualité de qualité. En entrevue à Tout le monde en parle le 23 avril dernier, le ministre Proulx reconnaissait enfin l’apport des sexologues dans ce projet éducatif essentiel. Mais difficile de savoir la place qu’il prévoit leur laisser: le rapport final du projet pilote implanté il y a 2 ans dans une quinzaine d’écoles du Québec reste lettre morte du côté du gouvernement et l’on est encore à élaborer des stratégies pour que les enseignants acceptent de dispenser certaines parties du contenu.

Mais comment arriver à former les enseignants qui n’en ont pas vraiment envie, qui ne se sentent pas en possession des compétences pour le faire et à dissiper les malaises que la thématique ne manquera pas de susciter chez eux? Non seulement cette démarche nécessite-t-elle beaucoup d’investissement de temps et d’argent, mais elle ne peut prétendre atteindre les cibles d’apprentissage de manière aussi complète que le permettrait l’expertise des sexologues.

S’il s’en faut, rappelons que nous sommes les seuls professionnels formés dans le cadre d’un baccalauréat de trois ans spécialisé dans ce domaine précis de compétence. Notre formation nous permet de développer une large connaissance des enjeux affectifs, cognitifs, développementaux et sociaux qui sont impliqués dans l’expérience sexuelle et relationnelle humaine. Nous y développons une approche spécifique pour s’assurer que les messages qui sont de l’ordre de l’intime passent efficacement chez les jeunes et qu’ils se transposent autant que possible dans leurs actions, afin qu’elles soient responsables, positives et égalitaires. Les expériences vécues, l’éducation, l’appartenance culturelle et religieuse seront des déterminants importants dans leur développement psychosexuel. Et pour bien éduquer à la sexualité, il est indispensable de considérer l’ensemble de ces aspects et d’avoir les connaissances pertinentes pour le faire. De plus, c'est au fil de notre parcours universitaire en sexologie que nous en venons à effectuer le cheminement personnel nous évitant de transposer certaines valeurs ou expériences non résolues dans l’intervention. En effet, il peut parfois s’agir d’une mission périlleuse d’éduquer à la sexualité pour qui n’a pas effectué un tel cheminement. Oui, ces sujets viennent parfois écorcher nos blessures et ébranler notre sensibilité. Et oui, cela ne manque pas d’avoir un impact potentiellement néfaste dans la transmission des messages et ce serait aux élèves d’en faire les frais.    

Si le gouvernement est sérieux et de bonne foi dans son intention de fournir rapidement aux jeunes une éducation à la sexualité de qualité, qui répond à leurs besoins malgré le peu d’heures que l’on souhaite y consacrer (5 à 15 heures par année), qu’il s’empresse de mettre les sexologues à l’avant plan dans le projet.

3 commentaires
  • Raymond Ayas - Inscrit 27 avril 2017 08 h 38

    Pas de consensus au Québec

    Les sexologues prétendent qu'il existe un large consensus au niveau social sur la nécessité de ce cours (cours qui n'en est pas un). C'est peut-être vrai dans leur milieu social - je n'ai aucun doute que les sexologues pensent au sexe quotidiennement et projettent leur idées sur autrui. Toutefois, mes enfants n'ont pas ces mêmes obsessions. Leurs pensées demeurent sur les robots et les dinosaures, comme celles de leurs amis. Pardonnez-moi de m'exprimer ainsi, mais le sujet l'impose: je ne connais pas un parent qui veut que l'on parle d'anus à son enfant de 5 ou 6 ans. Pas un seul. Nous ne sommes pas rétrogrades, nous ne sommes pas contre le progrès, mais il y a des limites au dévoiement des enfants et à la destruction de l'innocence. Non, il n'existe pas de consensus au Québec.

    • Marie Nobert - Inscrite 27 avril 2017 13 h 05

      Monsieur Ayas,
      Je crois que vous confondez ici sexologue et obsédé sexuel. J'ai également l'impression que vous sous-estimez la qualité de l'enseignement et le professionnalisme des spécialistes en sexologie. Ces thérapeutes sont formés à la "prévention et à l’éducation sexuelle auprès de clientèles diversifiées. (Leur) apport de connaissance peut aider les jeunes et les moins jeunes à adopter des attitudes et des comportements plus positifs et plus sains dans l’exercice de leur sexualité."(http://associationdessexologues.com/pratique/)
      Un sexologue est certainement la personne la mieux outillée pour répondre aux interrogations des jeunes en fonctions de leurs âges et de leur niveau de développement.

    • Raymond Ayas - Inscrit 28 avril 2017 11 h 40

      Madame Norbert,
      Il n'y a pas de confusion... c'est une réalité du métier des sexologues de penser au sexe quotidiennement. Cependant, ce n'est pas une réalité pour les enfants. Par ailleurs je ne doute pas du professionalisme des sexologues, même que j'encourage toute personne qui sent le besoin de consulter de le faire. Il n'est pas question par contre de répondre de force - par décret gouvernemental - aux questions que des enfants n'ont pas posé.
      J'estime qu'il faut être totalement déconnecté de la réalité pour imaginer qu'un enfant prépubère puisse "exercer" sa sexualité. Je m'oppose donc à cette notion que vous véhiculez "... aider les jeunes... à adopter des attitudes et des comportements plus positifs et plus sains dans l’exercice de leur sexualité" car il est faux que les jeunes puissent avoir une sexualité. Il ne faut pas projeter nos idées, nos envies, nos névroses même sur les petits. Ils n'ont pas la maturité pour ça.
      De plus, si le Ministère d'éducation a la volonté de former ces jeunes par prévention - donc avant qu'ils ne soient prêts à exercer leur sexualité - j'estime que cela constitue de la sexualisation précoce des enfants et je m'y oppose formellement. Il faut protéger l'innocence des enfants, c'est très important.