Le caribou de Val-d’Or: une sauvegarde mal comprise

Le Zoo de Saint-Félicien «vient de subir la perte de 19 des 21 caribous qu’il gardait en captivité», rappelle l'auteur.
Photo: Peupleloup CC Le Zoo de Saint-Félicien «vient de subir la perte de 19 des 21 caribous qu’il gardait en captivité», rappelle l'auteur.

En réaction à l’article d’Alexandre Shields du 21 avril, « Les caribous de Val-d’Or au Zoo de Saint-Félicien ».

On croit rêver ! Depuis quand la survie d’une espèce passe-t-elle par sa mise en boîte ? Par ce geste incompréhensible, le ministre et son gouvernement croient-ils vraiment ce qu’ils affirment, à savoir que le transfert des caribous de Val-d’Or dans un zoo va régler la question de leur survie ? D’autant plus que le zoo de Saint-Félicien, à qui on destine ce transfert, vient de subir la perte de 19 des 21 caribous qu’il gardait en captivité. À quand la mise en aquarium des bélugas du Saint-Laurent ?

La vérité est que Québec est sur le point de céder à la pression industrielle et de se libérer d’une situation financièrement inacceptable pour ce gouvernement en emprisonnant au zoo de Saint-Félicien ce qu’il reste de la petite harde de caribous que l’on appelle harde de Val-d’Or. Rien de plus logique si, après des années d’agression sur leur habitat, on constate que les caribous de Val-d’Or ne peuvent absolument plus survivre. Libérons-nous de nos obligations à l’égard de cette espèce en l’éliminant !

Le gouvernement a fait des efforts louables pour assurer l’avenir du caribou forestier en rédigeant et en officialisant un plan de rétablissement pour cette espèce vulnérable selon la Loi sur les espèces menacées du Québec. (Plan de rétablissement du caribou forestier (Rangifer tarandus caribou) au Québec 2013-2023). Mais il oublie un aspect essentiel, c’est que le caribou fait partie intégrante de cet écosystème forestier que le plan vise à sauvegarder, où il joue un rôle que le plan reconnaît : « La stratégie de rétablissement proposée dans le Plan s’inscrit également dans le cadre d’une approche écosystémique de l’aménagement forestier promue par la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier (LRQ, chapitre A-18.1) et la Stratégie d’aménagement durable des forêts qui en découle […] Le maintien ou le rétablissement du caribou forestier contribuerait également de façon significative au rétablissement d’autres espèces en péril de la forêt boréale, dont le garrot d’Islande (Bucephala islandica), la grive de Bicknell (Catharus bicknelli), le quiscale rouilleux (Euphagus carolinus) et le moucherole à côtés olive (Contopus cooperi). »

Pour que le caribou joue ce rôle que le plan d’action lui reconnaît, il doit être présent dans son habitat, et non pas captif dans un zoo, fût-il aussi avant-gardiste que celui de Saint-Félicien !

Par ailleurs, n’en déplaise à M. Couillard qui refuse de reconnaître que la conservation a un prix, la conservation du caribou coûte quelque chose, ce que le plan de rétablissement reconnaît, mais il rapporte aussi des bénéfices. Voyons voir : « Les secteurs de l’industrie forestière, des mines et de l’énergie subiront certains des contrecoups liés à la mise en place de certaines mesures. Le principal effet direct sera l’effet négatif sur la possibilité forestière lié à la création d’aires protégées et aux contraintes associées à des taux de perturbation spécifiques. D’autre part, l’industrie forestière tirera certainement des avantages associés à la protection du caribou forestier, notamment, par l’entremise de la certification forestière. » Cette dernière retombée est très bénéfique au secteur industriel, mais nécessite la présence d’un écosystème viable, incluant la présence de caribous.

Ces quelques commentaires vont peut-être convaincre le ministre de l’absurdité de sa décision.

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3 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 24 avril 2017 14 h 32

    Lettre tout à fait pertinente

    Bravo !

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 25 avril 2017 09 h 23

    Une «oeuvre» à parfaire à Val d'Or et ailleurs...

    M. Couillard a déjà dit qu'il ne permettra pas que la protection du caribou se fasse au détriment d'un seul emploi offert dans l'industrie forestière. Malheureusement pour les caribous et nous, la plus efficace et moins onéreuse façon de les exterminer est de les déplacer dans un «camp de conservation» où la maladie en viendra à bout un par un. De plus, le camp est dans son comté. Alors....il fait «une pierre, deux coups». Le ministère des Compagnies forestières et le ministère des Autorisations à polluer doivent jubiler.

  • Jean-François Bourdon - Abonné 25 avril 2017 13 h 50

    Un échec pour le gouvernement et les forestiers, mais...

    Est-il mieux de laisser mourir ce troupeau à petit feu au cours des dix prochaines années ou bien de le déplacer dans un zoo? Si on a un problème éthique avec le simple fait de prendre un animal sauvage et de l'envoyer dans un zoo le débat s'arrête ici, mais sinon, on peut se demander si ces caribous seront plus heureux en liberté que dans un zoo... sachant qu'un animal en nature ne meure pas de vieillesse entouré de ses petits, mais plus généralement achevé par un autre après s'être blessé ou avoir contracté un quelconque virus/parasite. Aussi, si on se dit que le caribou a besoin d'un immense territoire pour survivre et que ce serait incompatible avec un zoo, il faut penser qu'on a affaires ici à un herbivore qui a ces immenses territoires parce sa nourriture (lichen et champignons essentiellement) est rapidement épuisée et doit donc se déplacer pour survivre. On peut espérer que cet accès à la nourriture ne sera pas un problème dans un zoo.

    Le caribou «[...] contribuerait également de façon significative au rétablissement d’autres espèces en péril de la forêt boréale [...]» C'est parce qu'il est considéré comme une espèce parapluie et que la protection de ses habitats devrait entrainer automatiquement la protection d'autres espèces. Ce n'est donc pas que ces autres espèces sont dépendantes du caribou comme semble le suggérer M. Drolet. Toutefois, si on ne change absolument rien dans les pratiques forestières (avec ou sans plan) et qu'on oubli le garrot, la grive et les autres alors oui ces espèces n'auront pas un meilleur sort, mais ce sort n'est pas directement dépendant du caribou.

    Oui cette délocalisation est un aveux d'échec et oui il y a risque de précédent, mais est-ce pire que de laisser mourrir à petit feu cette population en se faisant accroire qu'on la protège? Oui, les pratiques forestières doivent changer, mais le sort de cette population est malheureusement scellé depuis un bon bout de temps, en partie en raison de l'inaction gouvernementale.