Réduire la formation des préposés aux bénéficiaires, c’est réduire les soins

«Il est impératif de maintenir la qualité des programmes de formation de nos futurs préposés», plaide l'auteure.
Photo: iStock «Il est impératif de maintenir la qualité des programmes de formation de nos futurs préposés», plaide l'auteure.

Je suis enseignante depuis 9 ans, dont 8 ans dans le plus gros centre de formation professionnelle au Canada qui offre le diplôme d’études professionnel aux préposés aux bénéficiaires. J’ai travaillé pendant 10 ans comme infirmière auxiliaire auparavant.

Je n’arrive pas à comprendre ni pourquoi ni comment on pourra écourter la formation des futurs préposés de 25 semaines à 5 semaines (au CIUSSS de la Capitale-Nationale, selon Le Devoir du 6 avril). S’attend-on à ce que ces étudiants soient aussi bien formés que les détenteurs d’un DEP ? S’attend-on à ce que la qualité des soins offerts par celles et ceux ayant bénéficié d’une formation écourtée soit la même que celle donnée par les préposés dûment qualifiés et dûment diplômés ?

Poser la question, c’est y répondre. Je ne peux y voir qu’une autre manoeuvre du gouvernement pour réduire les services publics et diminuer les dépenses de l’État.

Les besoins en main-d’oeuvre sont urgents, disent-ils ? Urgents ? Nous avons alerté le gouvernement, dès 2012, sur le fait que le nombre de départs à la retraite risquait de provoquer une pénurie. Le gouvernement a attendu que la situation devienne incontrôlable avant d’imposer sa solution bon marché.

Maintenir la qualité

Personne ne devrait accepter un tel outrage au métier de préposé aux bénéficiaires. Il est impératif de maintenir la qualité des programmes de formation de nos futurs préposés. Le cours offert dans les centres de formation professionnelle compte 750 heures réparties sur 25 semaines. Il permet aux étudiants d’être formés adéquatement pour travailler tant dans les CHSLD, les CLSC, les centres hospitaliers, les ressources intermédiaires et les résidences de personnes âgées. Les heures de cours théoriques sont assorties de stages dans tous ces milieux. Pensez-vous qu’un cours n’équivalant qu’à 2 semaines de théorie et 3 semaines de travail, avec un minimum de supervision, peut être comparable ? Jamais !

Permettre à des préposés de travailler avec une formation si minimale diminue la valeur du diplôme de formation professionnelle aux personnes en établissement de santé. Monsieur le Ministre Barrette, n’avez-vous pas entendu votre collègue ministre de l’Éducation prôner la valorisation des diplômes de formation professionnelle ?

Permettre à ces préposés initiés à la va-vite de travailler dans nos établissements de santé est non seulement dangereux pour les bénéficiaires, mais également pour eux-mêmes. Aider des personnes ayant un handicap cognitif ou moteur à se déplacer nécessite une accréditation de l’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales (ASSTSAS). Les enseignantes dûment qualifiées et reconnues par l’ASSTSAS accréditent leur élève en 45 heures de formation. Qui donnera la formation écourtée ? Sûrement pas des enseignants. Où trouveront-ils les 45 heures de formation requises ? Dans les 60 heures de cours théorique ? Il ne restera alors que 15 heures pour apprendre toutes les autres notions. C’est impensable !

N’oublions jamais qu’un jour ou l’autre, nous aurons tous besoin des services des préposés aux bénéficiaires. Nous souhaiterons qu’ils soient formés adéquatement. Il en va de notre sécurité. Ne tolérons pas cette situation périlleuse. Demandons à nos députés d’intervenir auprès du ministre Barrette. La pénurie peut se régler autrement qu’en coupant dans la qualité de la formation.

2 commentaires
  • Sylvie Lapointe - Abonnée 10 avril 2017 08 h 53

    Totalement irresponsable que ce gouvernement

    Moi aussi, j'ai sursauté en lisant cette mauvaise nouvelle à l'effet de fixer la formation de préposés aux bénéficiaires à ... 5 semaines... Premièrement, c'est très dévalorisant pour la profession et ensuite, c'est très inquiétant pour les personnes qui devront un jour ou l'autre avoir besoin de leurs services. Je cherche un mot pour qualifier cette idée sortie de la tête de ce gouvernement irresponsable. Je suis même étonnée que quelqu'un ait pu penser à une chose pareille. C'est comme rire de nous finalement. Mais quand on est irresponsable, faut croire qu'on peut dire n'importe quoi et s'en ficher totalement.

  • Jean-Claude Hamel - Inscrit 10 avril 2017 10 h 46

    À BOUT !

    J'ai vécu deux ans et demie dans un Centre d'Hébergement (CHSLD) et je peux témoigner que les Préposées et Préposés Aux Bénéficiaires (PAB) sont à bout. Elles s'épuisent pour un maigre salaire...et tombent malades. Scandaleux! On les remplace alors par des préposées d'Agences qui coûtent beaucoup plus cher, et débarquent dans un Centre sans en connaître les vieux (affligés pa les démences) et les pratiques du Centre. Pendant ce temps le bon docteur Barrette fait des shows de boucane avec les patates qui ne sont plus en poudre... Édifiant !