Pour la fin de l’impunité pour les génocidaires et leurs complices!

Un homme avec son enfant dans ses bras se prépare à monter dans un camion transportant des réfugiés qui fuient la ville de Kivumu, dans l'ouest du Rwanda, en juillet 1994.
Photo: Pascal Guyot Agence France-Presse Un homme avec son enfant dans ses bras se prépare à monter dans un camion transportant des réfugiés qui fuient la ville de Kivumu, dans l'ouest du Rwanda, en juillet 1994.

Plusieurs dizaines de « hauts génocidaires » rwandais vivent en Europe, en particulier en France, trop souvent en toute impunité, sans être inquiétés par la justice [1].

Au cours du génocide contre les Tutsis au Rwanda en 1994, ils ont non seulement pillé, torturé, violé et massacré, mais également planifié, recruté, formé et organisé.

Ce ne sont pas les « petites mains » du génocide, ils comptent parmi ses principaux responsables. Ils sont nombreux à faire l’objet de mandats d’arrêt internationaux ou à avoir déjà été lourdement condamnés par contumace par la justice rwandaise pour génocide ou complicité dans le génocide.

Depuis plus de vingt ans, l’Église catholique en protège certains, dont elle participa à l’exfiltration. Parfois elle les cache, parfois elle fait de ces tueurs non repentis des prêtres titulaires, notamment dans des paroisses de villes et de villages français.

Depuis plus de vingt ans, la plupart des hauts génocidaires vivent en France sans être inquiétés par la justice [2]. Ils n’y sont pas par hasard : c’est l’armée française qui exfiltra du Rwanda et couvrit la fuite de ceux qui venaient d’organiser et de perpétrer l’extermination de plus d’un million de Tutsis en 1994. Ce fut un des temps forts de la politique de collaboration avec le régime génocidaire au Rwanda commencée avant, poursuivie pendant et après le génocide par quelques personnes, de gauche comme de droite, alors placées au plus haut niveau de l’appareil d’État français.

Entrave à la justice

L’impunité dont bénéficient les hauts génocidaires rwandais et ceux qui ont collaboré avec eux est aujourd’hui la dernière entrave à la pleine réalisation du travail de justice concernant ce génocide.

En effet, à la suite d’un engagement inédit et exceptionnel des institutions et de la population rwandaises depuis 1994, plusieurs centaines de milliers de tueurs ont été jugés dans les gaçaças, les juridictions de village, et dans les tribunaux du pays. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda a quant à lui jugé certains des plus hauts génocidaires.

Cette impunité qui perdure constitue pour les rescapés une souffrance supplémentaire, pour les jeunes du Rwanda et d’Europe un obstacle dans leur projection vers un avenir partagé, pour tous une impardonnable injustice et une scandaleuse atteinte à l’état de droit.

Notre demande est simple : la fin de l’impunité pour les génocidaires et leurs complices.

Dans le scrupuleux respect de la séparation des pouvoirs, fondamentale à la démocratie que nous chérissons, tous les gouvernements se doivent d’élaborer et de faire appliquer une politique pénale. Il est grand temps que tous les pays concernés, au premier rang desquels la France, inscrivent la poursuite, l’extradition au Rwanda ou le jugement sur leur lieu de résidence actuel des génocidaires et de leurs complices au coeur des priorités de leurs politiques pénales, afin que la justice passe enfin.

Il est impératif de considérer la fin de l’impunité pour les génocidaires et leurs complices pour ce qu’elle est : une urgence morale, humaine, sociale, politique, historique, donc une urgence judiciaire.

C’est de la responsabilité de notre génération, afin d’offrir aux générations suivantes la possibilité de construire ensemble un imbere heza, un « bon avenir ».
 

[1] D’après le procureur général de Kigali, la France en compte 39, la Belgique 37, les Pays-Bas 18, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède et l’Allemagne 5, l’Italie 4, le Danemark 3, la Suisse 2 et la Finlande 1.

[2] Il n’y a eu que trois personnes jugées en 23 ans. Si les procès qui ont été organisés l’ont été dans de très bonnes conditions, les procédures judiciaires sont tellement lentes que la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour cela (affaire Mutimura c. France, juin 2004).

Cet appel est signé par des centaines de personnalités, maires de France, députés européens, anciens ministres, universitaires, personnalités du monde des médias et de la culture, représentants de différentes associations.