Une occasion historique pour la conservation de la nature à Montréal

En 2015, les conseils municipal et d’agglomération de Montréal se sont engagés à protéger 10% de l’île de Montréal en tant que milieux naturels.
Photo: Jean Gagnon CC En 2015, les conseils municipal et d’agglomération de Montréal se sont engagés à protéger 10% de l’île de Montréal en tant que milieux naturels.

Certains Montréalais seront surpris d’apprendre que Montréal est jumelée à Hiroshima. Il y a même une initiative citoyenne de plantation des graines de ces arbres qui ont survécu à la bombe atomique, en hommage à la renaissance d’Hiroshima et à ses arbres survivants et pour souligner l’importance de conserver la biodiversité qui reste sur notre île.

Cent soixante-dix arbres ont repoussé après la bombe : ils ont été appelés Hibaku Jumoko (arbres survivants) et sont devenus un symbole de la renaissance d’Hiroshima. Green Legacy Hiroshima a été fondé en 2011 pour distribuer les semences de ces arbres survivants à travers le monde en tant que symbole de paix.

On pourrait aussi considérer les zones de biodiversité de Montréal comme des survivants à l’assaut en règle sur le monde naturel de notre île. Ces zones sensibles commandent notre respect, quoique bien des citoyens les tiennent pour acquis sans penser au fait qu’il s’agit des vestiges de ce qui existait auparavant.

Si nous pouvions voir par la magie de la technologie le Montréal d’il y a un millénaire, nous verrions de magnifiques forêts, des prairies, des rivières et des zones humides en abondance, un riche milieu pour des centaines d’espèces d’oiseaux, de mammifères et de poissons, dont plusieurs ont maintenant disparu de main d’homme.

Aujourd’hui, notre nature est hautement fragmentée, la connectivité entre ses écosystèmes étant souvent chose du passé. La grande majorité de nos zones humides, habitats propices à de très nombreuses espèces, a été détruite.

Consultation cruciale et historique

En 2015, les conseils municipal et d’agglomération de Montréal se sont engagés à protéger 10 % de l’île de Montréal en tant que milieux naturels. Aucun échéancier, aucun budget ni même d’endroit n’a été arrêté. En fait, seuls 5,34 % de l’île sont protégés et seulement 2,2 % de ce total ont été ajoutés au cours des 25 dernières années.

C’est même le contraire que l’on vit : l’administration Coderre appuie la construction de 5500 logements dans le secteur de l’Anse-à-l’Orme à Pierrefonds, malgré ses zones humides, ses boisés et ses prairies qui abritent oiseaux migrateurs et animaux de toutes sortes. Nous avons cependant la possibilité de conserver ce vaste secteur à la riche biodiversité, une zone qui s’inscrit dans un territoire qui s’étend du refuge d’oiseaux de Senneville et fait un lien naturel à la rivière à l’Orme à l’ouest, au bois Angell au sud et au cap Saint-Jacques tout au nord.

Ladite rivière à l’Orme abrite une abondante population de poissons. Le projet résidentiel ne manquera pas de nuire à la pureté de son eau avec des décharges chimiques et des débris de toutes sortes. À son embouchure, sur le lac des Deux Montagnes, les zones humides sont un paradis pour les amphibiens, dont la tortue géographique, une espèce menacée.

En détruisant cet écosystème encore vierge pour la construction de 5500 logements — en fait la création d’une nouvelle ville à l’intérieur de Pierrefonds avec son infrastructure, sa pollution automobile et lumineuse et ses bruits —, nous détruirons une bonne partie de l’habitat de plus de 200 espèces d’oiseaux. Plusieurs de ces oiseaux migrateurs, dont les sites de nidification sont protégés en vertu de la Convention Canada–É.-U. concernant les oiseaux migrateurs adoptée en 1916, sont aussi protégés par des lois fédérales et provinciales sur les espèces menacées.

Une consultation cruciale et historique de l’Office de consultation publique de Montréal sur le conflit entre la conservation de la nature et la construction résidentielle aura lieu à Pierrefonds, en avril et en mai, à compter du 27 mars. Cela pourrait aider à décider du sort de la magnifique région naturelle de l’ouest de Pierrefonds.

Il ne s’agit là que d’une des nombreuses zones de biodiversité menacées à Montréal malgré les promesses. Tristement, il n’y a qu’à voir les bulldozers s’attaquer aux zones humides et aux habitats des oiseaux migrateurs du Technoparc à Saint-Laurent.

Si Montréal veut prendre au sérieux son jumelage à la ville d’Hiroshima, l’une de ses priorités, dans l’esprit des arbres qui ont survécu à la bombe atomique, devrait être de conserver notre monde naturel en danger sur l’île.

3 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 27 mars 2017 00 h 50

    Nos élus manquent de vision à long terme!

    Merci, Monsieur Perel, d'apporter ce problème à notre attention. Ce n'est pas seulement le projet de l’administration Coderre «qui appuie la construction de 5500 logements dans le secteur de l’Anse-à-l’Orme à Pierrefonds, malgré ses zones humides, ses boisés et ses prairies qui abritent oiseaux migrateurs et animaux de toutes sortes», mais le projet de réseau électrique métropolitain (REM) qui prévoit passer par ce magnifique parc-nature va le détruire davantage. On dirait que nos élus ne voient pas plus loin que leur nez!

  • Pierre Raymond - Abonné 27 mars 2017 10 h 47

    Des Pee-Wees

    Pour emprunter un qualificatif d'un député de l'AN, nos élus sont trop souvent des
    « pee-wees » dans l'administration des affaires publiques et ça mène trop souvent à des décisions catastrophiques.

    La politique, c'est une affaire trop sérieuse pour la laisser entre les mains des politiciens... surtout dans le cadre du mode de scrutin actuel.

  • Yves Côté - Abonné 29 mars 2017 03 h 44

    Merci !

    Jeune, mes parents n'ayant pas de moyens, les dimanches, j'ai fréquenté la plage de l'Anse à l'Orme. C'était dans les années 60-70.
    Outre d'avoir pu de visu observer l'eau de l'endroit se remplir au fil des ans d'algues gluantes, rendant ma pêche aux ménés et aux tortues de plus en plus difficile et me faisant même douter de la capacité de mon père à nous emmener nous baigner au même endroit si agréable, combien de fois ai-je assisté à la chute de branches d'ormes géants ?
    Je n'en sais rien tellement le spectacle me fut connu. Surtout de ceux-là qui séparant la plage du parc de stationnement, furent causes de nombreux accidents. Dont au moins l'un fut grave pour une personne qui passa au mauvais moment pour elle en un mauvais endroit pour tous (une femme je crois) et qui reçut sur le crâne une branche qui, plutôt que de faire s'éclater un pare-brise ou de s'enfoncer de la tôle comme d'habitude, fractura dramatiquement des vertèbres...
    Chute de branche alors devenu si "ordinaire", que l'endroit finit par être fermé d'accès.
    Par cette anecdote, c'est dire combien il me semble aujourd'hui symbolique et pertinent le texte de Monsieur Perel sur les remarquables Hibaku Jumoko d'Hiroshima.
    En effet, combien chez nous, à l'Anse à l'Orme et ailleurs sur l'Ile de Montréal, de pousses d'ormes ont alors résistés aux ravages des attaques parasitaires des années 60 et 70 ?
    Combien et si leur inventaire a été fait, pourquoi ne pas en profiter dès aujourd'hui pour conjuger le jumelage de nos deux villes autour de ces êtres vivants ?
    Plutôt que de donner le spectacle préparé de notre folklorisation québécoise francophone, celui-là aimé d'une propagande politique canadienne réductioniste trônant au sommet des supposées fêtes du 375è, cela ne pourrait-il pas être vraiment significatif de notre volonté manifeste et résiliante de vivre ?
    C'est du moins la perception des choses aujourd'hui avec laquelle je tiens à remercier ici Monsieur Perel de ce texte.