Une bonne occasion de parler de nos régions

Aujourd’hui, le Québec produit plus de la moitié de tous les fromages fins canadiens.
Photo: Sergey Ryzhov Getty Images Aujourd’hui, le Québec produit plus de la moitié de tous les fromages fins canadiens.

Le libre-échange est décrié — du moins d’après ce qu’en disent presque toutes les manchettes depuis quelques mois.

Toutefois, le projet d’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (aussi appelé l’Accord économique et commercial global, ou AECG) étant actuellement à l’étude au Sénat, l’occasion est idéale pour remédier aux lacunes des politiques commerciales antérieures et aux menaces que celles-ci ont fait peser sur la prospérité de nos régions.

Je travaille dans le domaine du développement régional depuis les années 1970, particulièrement celui de l’est du Québec, tant dans le domaine public que privé. J’ai ensuite eu le privilège d’occuper les fonctions de maire de Rimouski, de 2005 jusqu’à ma nomination au Sénat en novembre dernier.

Ayant été nommé à la Chambre haute en tant que sénateur indépendant, j’espère que ma contribution saura aider à réhabiliter notre institution parlementaire, à la moderniser et à la remettre au diapason des réalités de la société canadienne d’aujourd’hui. Ce que les Pères de la Confédération qualifiaient de « second regard objectif » concernait, en grande partie, la représentation des régions, des minorités et des groupes sous-représentés.

Le Sénat est le dernier obstacle à franchir avant la mise en oeuvre de l’AECG. La Chambre haute a à la fois l’obligation de tenir compte des intérêts régionaux et l’occasion d’améliorer le projet de loi.

La plupart conviendront que le libre-échange est une bonne chose dans son ensemble. Les avantages pour les consommateurs et les entreprises sont indéniables. Une réduction des tarifs sur la grande majorité des biens ouvrira de fabuleuses occasions pour nos entreprises exportatrices.

La diversification de nos débouchés commerciaux avec l’Europe est chose prudente et nécessaire, particulièrement dans le contexte où notre voisin du sud — chez qui nous exportons près de 70 % de tous les biens et services canadiens — redéfinit ses politiques commerciales.

Mais il ne suffit pas de déclarer qu’un accord de libre-échange a été conclu et ensuite laisser le marché s’occuper du reste. L’accord est une première étape. La deuxième étape consiste pour le gouvernement à déterminer comment mettre l’entente en oeuvre et définir les ajustements qui devront être apportés pour en tirer le meilleur parti — entre autres, pour des questions de fiscalité et de réglementation ainsi que d’accords d’indemnisation et de stratégies de soutien à l’exportation.

Voici où, selon moi, la perspective régionale devrait primer.

Gestion démographique

L’industrie laitière québécoise s’inquiète, à juste titre, des 16 000 tonnes additionnelles de fromage fin européen qui entreront sur le marché canadien une fois l’accord mis en oeuvre. Aujourd’hui, le Québec produit plus de la moitié de tous les fromages fins canadiens. Ces 16 000 tonnes représentent près du tiers du marché actuel des fromages fins au Canada.

Qu’adviendra-t-il des fermes laitières, qui sont plus de 5000 et qui génèrent quelque 83 000 emplois au Québec ? Plus de 5000 de ces emplois se trouvent dans ma région, le Bas-Saint-Laurent.

Certes, nous savons qu’il y aura un programme d’indemnisation. Mais quand entrera-t-il en vigueur ? On ne le sait toujours pas. Et les montants proposés compenseront-ils les pertes de l’industrie ? Certains analystes croient que non.

Cette question nous renvoie à un enjeu beaucoup plus important — les régions du Canada se vident de leurs jeunes. L’un des plus grands défis auxquels fait face la société du XXIe siècle est la gestion démographique. De plus en plus, les jeunes familles choisissent où elles travailleront et vivront. Sans surprise, beaucoup migrent vers les grandes villes, où les perspectives d’emploi sont plus vastes.

C’est pourquoi le Parlement doit examiner plus sérieusement la question de la prospérité à long terme de nos régions. Nous ne pouvons continuer à développer des politiques qui ne s’adressent qu’à nos grandes villes. Il n’y a pas que les données comme le PIB ou la balance commerciale qui comptent. Quand les communautés font face à des difficultés, les gens le savent.

Nous devons étudier les perspectives comme celles-là pour l’avenir de nos régions.

En bref, je voterai pour le projet de loi C-30 — mais il est certain que nous examinerons minutieusement cette entente afin de l’améliorer dans l’intérêt de tous les Canadiens, incluant ceux qui vivent hors des grands centres urbains.

3 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 mars 2017 11 h 58

    M.Forest ,vous croyez encore qu'Ottawa a de l'intéret

    a protéger le Québec et ses régions.Vous revez en couleurs.Historiquement vous
    devez reconnaitre que c'est le contraire qui se passe.Regardez un peu le dernier budget fédéral ,c'est limpide .
    Les autos en Ontario ,le bois d'oeuvre ici et ainsi de suite.
    Puis-je vous suggerer de ne pas vous faire mourir dans la capitale fédéral.Reposez-vous et revenez construire un pays chez vous.
    Amicalement.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 23 mars 2017 14 h 58

    Libre échange: oui mais...


    Pendant ce temps dans " L'autre Journal" le président et le directeur de l'ineffable l'Institut économique de Montréal nous proposent de troquer notre système de gestion de l'offre contre le libre marché du bois d'œuvre. On n'a qu'à traverser le Maine pour constater où mène le libre marché dans la production laitière: une société agricole qui, avec les années, s'est complètement dévitalisée. Notre ambition sociale en agriculture serait ce genre de société agricole?  Et tout ça pour du lait industriel aux hormones sans analyse des conséquences à long terme pour la santé humaine et sans oublier la maltraitance animale qui est ici abusivement considéré comme une simple pompe à hormone avec des injections vétérinaires quasi quotidiennes sur un animal à prime à bord en bonne santé. Pendant ce temps à Ottawa le nouveau budget ne prévoit rien offrir au sujet  de l'aide promise aux producteurs de fromages pour les aider à absorber le coût du libre-échange avec l'Europe qui eux depuis toujours ne se gênent pas pour appuyer leur industrie. C'est ainsi qu'une industrie principalement concentrée dans l'Est du pays a servi de monnaie d'échange pour tout le Canada. N'est-ce pas un peu le même scénario qu'on voudrait nous faire passer en liant notre système de gestion de l'offre avec celui du bois d'œuvre? Les arguments américains pour justifier des mesures de contrôle sur l'entrée sur leur marché du bois d'œuvre  canadien n'ont rien à voir avec la gestion de l'offre: les mesures de représailles contre notre industrie du bois d'œuvre ne sont pas des mesures de représailles contre notre système de gestion de l'offre. L'histoire récente via les gains canadiens devant les tribunaux  de commerce internationaux démontre que ce n'est pas en se mettant à plein ventre au sujet de notre gestion de l'offre qu'on va faire avancer notre dossier canadien sur le bois d'œuvre.  Il nous revient d'appliquer à notre tour les sanctions cette fois-ci permises par les tribunaux internationaux.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 23 mars 2017 15 h 01

    Libre échange: oui mais (suite et fin)

    Il nous revient d'appliquer à notre tour les sanctions cette fois-ci permises par les tribunaux internationaux. On ne peut pas constamment filer la tête entre les deux jambes et exiger le respect de nos partenaires commerciaux. Et ça coûte quoi au juste, humainement et monétairement, une société agricole dévitalisée? Je suis convaincu que la société civile aimerait bien le savoir avant de démanteler un système de gestion de l'offre qui a tout l'air de faire de nous des gagnants-gagnants. 
    Jacques Tremblay 
    Sainte-Luce, Qc