REEE : le cochon de porcelaine sur la flaque de pétrole

Nous épargnons pour l’avenir et l’éducation de nos enfants en investissant d’une manière imprudente qui compromet ce même avenir.
Photo: iStock Nous épargnons pour l’avenir et l’éducation de nos enfants en investissant d’une manière imprudente qui compromet ce même avenir.

Quand je contemple mes enfants Gaspard et Félix après le souper, la famille encore à table échangeant souvent sur le déroulement de la journée à l’école et au travail, je me plais en silence à imaginer ce qu’il adviendra d’eux une fois adultes, les métiers qu’ils choisiront, les valeurs qui les animeront et les batailles qu’ils mèneront. C’est probablement l’un des passe-temps universels des parents fiers et rêveurs.

Peu de temps après la naissance de chacun de ces enfants, un conseiller en placements épargne-études est venu nous vendre un de ces fameux plans qui permettent de mettre de l’argent de côté, dans un petit abri fiscal, pour payer plus tard les frais et dépenses liés aux études une fois les enfants admis dans un établissement reconnu par le ministère de l’Éducation. Beaucoup de parents au Québec et au Canada ont probablement reçu une visite semblable et plusieurs ont souscrit à un régime enregistré d’épargne-études (REEE) collectif.

Nous avons ainsi commencé à remplir cette grande tirelire qui servira à éduquer nos enfants et à laquelle le gouvernement contribue aussi généreusement.

Quelle surprise n’avons-nous pas eue cette semaine en recevant par la poste les états financiers annuels du Canadian Scholarship Trust (la Fondation fiduciaire canadienne de bourses d’études, en français) : l’argent qui servira à payer les études de nos enfants, bonifié par des avantages fiscaux, est en partie investi dans les énergies fossiles, qui menacent directement l’avenir de notre planète et donc celui de nos enfants.

S’engager sur la voie du développement durable

Dans l’inventaire du portefeuille, outre les nombreuses obligations fédérales, provinciales et municipales, on retrouve des obligations émises par des compagnies de production et de transport de pétrole des sables bitumineux. On y repère aussi des placements dans Milit-Air inc., qui fournit des installations pour l’entraînement de pilotes d’avion de guerre, ainsi que des actions d’Enerflex, d’Imperial Oil Limited et de Suncor Energy. Du côté d’Universitas, un autre grand joueur canadien des REEE, on retrouve dans ses derniers états financiers en ligne un éventail similaire de compagnies pétrolières et pipelinières : Enbridge, Suncor, Canadian Natural Resources Inc., Cenovus Energy, Inter Pipeline et d’autres.

En lisant ces états financiers, une vérité nous saute aux yeux : nous épargnons pour l’avenir et l’éducation de nos enfants en investissant d’une manière imprudente qui compromet ce même avenir. Cette tirelire collective qui s’étend d’un bout à l’autre du pays, et dans laquelle des millions de familles canadiennes mettent mois après mois un peu d’argent pour assurer un meilleur avenir à leurs enfants, est en fait un cochon de porcelaine rose, avec une fente sur le dos, et ses quatre pattes dans une flaque de pétrole visqueux.

Nous devons l’aider à bouger, comme l’Université Laval vient de le faire cette semaine en sortant tout son argent des énergies fossiles pour une période de cinq ans. En s’engageant sur la voie du développement durable et par conséquent de la justice climatique, cette université s’est élevée au sommet du palmarès des établissements où je serais fier de voir mes enfants étudier. On ne peut qu’espérer que d’autres universités soucieuses d’un avenir plus vert et plus juste lui emboîteront le pas.

Force est de constater que certains intérêts politiques et économiques associés aux énergies fossiles travaillent à saper la science du climat et participent au courant post-vérité, en contradiction profonde avec le travail de plusieurs scientifiques et des universités. De nombreux travaux de recherche sur les changements climatiques, mais aussi sur les énergies renouvelables, se font dans ces universités, ce qui ajoute à l’ironie et à la contradiction profonde du choix d’investissements de ces fonds.

Lorsque je regarde mes fils manger, que je m’investis dans leur éducation, je rêve comme société que nous nous engagions de manière cohérente et ferme dans l’inévitable transition vers les énergies propres et renouvelables et dans la décarbonisation de notre économie de la racine à la canopée, de l’enfance à l’âge adulte, des REEE aux universités et jusqu’à nos fonds de retraite.

Parce que nos enfants méritent un avenir meilleur. Et parce qu’ils méritent un avenir, tout court.

4 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 3 mars 2017 02 h 24

    Bravo à l'Université Laval!

    L'hypocrisie de nos politiciens n'a pas de fin. Merci pour un cri de coeur inspirant. J'espère que nos instances publiques seront au rendez-vous. Bravo à l'Université Laval!

  • François St-Pierre - Abonné 3 mars 2017 13 h 29

    Le Régime n'est pas à blâmer

    Avez-vous seulement lu le prospectus du fonds qu'on vous offrait? Il est pourtant très facile de trouver des fonds dont les investissements reflètent vos valeurs. Desjardins, par exemple, offre le Portefeuille SociéTerre.

    Ce n'est pas la formule du REEE qu'il faut condamner si, par inadvertance, vous avez investi dans des sociétés pétrolières. Faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain.

    • Daniel Vézina - Abonné 3 mars 2017 21 h 12

      Bien d'accord avec vous. Le problème ne vient pas du produit REEE, mais plutôt des charlatants qui offrent de mauvais investissement et qui joue aussi la "carte des émotions" à la venue d'un nouveau né.

      De notre coté, le REEE de nos deux enfants se trouvent justement dans les fonds "SociéTerre Croissance" de Desjardins.

      Un juste équilibre entre le rendement et la prudence, alliant aussi la responsabilité sociale. :)

  • Jean Duchesneau - Abonné 3 mars 2017 13 h 32

    Vous avez le choix, mais prudence!!!

    Vous n'avez qu'à investir dans des fonds dits éthiques dont les titres sont sont sélectionnés suivant des valeurs éthiques telles la protection de l'environnement, sans exploitation d'humains, etc. Par contre, soyez très prudent car, certains courtiers font miroiter des rendements extraordinaires très risqués. De plus, n'oubliez pas qu'au retrait, les intérêts et la subvention devient imposable pour l'étudiant et éventuellement nuire à ses prêts et bourses. L'idéal c'est de retirer les REEE au début lorsque le jeune est au cégep et placer l'argent dans un CELI car une fois à l'université et que le jeune travaille l'été, les retraits peuvent être pénalisants au niveau fiscal.