Vous avez dit laïcité?

«Il n’y a d’ailleurs nulle obligation pour un État d’être laïque», écrit l'auteur. 
Photo: Pawel Dwulit La Presse canadienne «Il n’y a d’ailleurs nulle obligation pour un État d’être laïque», écrit l'auteur. 

Dans un de ses éditoriaux de la semaine dernière, Francine Pelletier affirme, à propos de la laïcité, « qu’on ne sait pas vraiment de quoi on parle, quand on en parle ». Sur ce constat, je suis plutôt d’accord avec elle. Comme bien d’autres mots qui sont essentiellement problématiques — par exemple « liberté » ou « démocratie » —, cette notion n’a pas de définition arrêtée et définitive.

Mais si on ne sait pas avec exactitude ce qu’est la laïcité, on sait au moins ce qu’elle n’est pas — comme on sait que, même qualifiée de « populaire », la démocratie ne peut s’accorder avec un régime de parti unique, ou que le mot « liberté » ne peut être synonyme d’« esclavage », comme dans le célèbre roman de George Orwell.

Une fois ce principe établi, force est de constater que le Canada, comme d’ailleurs le Québec, ne peut être considéré comme laïque. Le Canada comme le Québec sont des États religieux, poly ou multireligieux, certes, mais religieux tout de même, et situés l’un comme l’autre aux antipodes de la laïcité.

Une telle affirmation peut paraître exagérée, voire extravagante. Pourtant, quelques exemples devraient suffire à convaincre un observateur impartial. Tout d’abord, le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés, dont on prétend à tort qu’elle est au fondement de la laïcité canadienne, s’ouvre sur ces mots : « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit ». On conviendra sans peine qu’une telle formule, placée en tête de la loi fondamentale du pays, n’est pas laïque. Or cet exemple n’est pas le seul qui atteste le caractère fondamentalement religieux de l’État fédéral. Ainsi, une prière, oecuménique depuis 1994 et qui commence par l’invocation de « Dieu Tout-Puissant », est récitée à la Chambre des communes au début de chaque séance parlementaire. On est très loin là encore de la laïcité.

« Suprématie de Dieu »

À la lumière de ces deux exemples, on comprend mieux pourquoi, alors que la Charte protège théoriquement la « liberté de conscience et de religion », seule cette dernière (à l’exception évidemment du handicap, mais c’est un cas fort différent) donne droit dans les faits à ces « accommodements raisonnables » dits « pour motif religieux » ; ce qui permet au moins de se demander, avec le juriste Jean-François Gaudrault-Desbiens, si ce dernier exemple « ne révèle pas […] le statut privilégié que la Cour suprême reconnaît, d’une part, à la religion dans la foison des “doctrines compréhensibles” susceptibles d’encadrer et de guider la vie des individus et, d’autre part, à la liberté de religion dans la hiérarchie des droits ». Autrement dit, si le Canada apparaît relativement neutre à l’égard des diverses confessions religieuses pratiquées sur son territoire, il ne l’est absolument pas par rapport à la religion en général, qu’il favorise expressément, ce qui concourt à faire des incroyants sinon des citoyens de second ordre, des citoyens moins favorisés en tout cas.

Dans cette affirmation de la « suprématie de Dieu », le Québec n’est pas en reste. Outre le crucifix qui trône au mur du Salon bleu du parlement, on peut mentionner les importantes exonérations ou réductions fiscales dont bénéficient les lieux de culte, les membres d’un ordre religieux, les organismes liés à une religion ou, autre exemple, le cours Éthique et culture religieuse qui place la religion au coeur de l’identité des élèves, aux dépens de ceux qui sont sans religion, qui se retrouveront ainsi symboliquement marginalisés. Un État véritablement laïque n’est pas censé placer de cette façon la religion très au-dessus de toutes les autres « doctrines compréhensibles » et convictions de ses citoyens, ni la favoriser financièrement.

Le chef du gouvernement d’un tel État y penserait également à deux fois avant de proclamer : « Allahu Akbar » (Dieu est grand !), même à l’occasion des obsèques des victimes d’un acte terroriste odieux. En effet, M. Couillard est supposément le premier ministre de tous les Québécois, qu’ils croient en Dieu ou n’y croient pas. Lui-même peut évidemment avoir, en tant qu’individu, la foi qu’il veut ; mais si nous vivions réellement dans un État laïque, il devrait s’abstenir d’exprimer publiquement cette foi lors d’une cérémonie durant laquelle il représentait le Québec et tous les Québécois.

Il est vrai que les croyants qui fréquentent assidûment les lieux de culte ont plus tendance que d’autres à voter en bloc, surtout si leurs prêtres, leurs imams, leurs rabbins, etc., les y encouragent ne serait-ce qu’à mots couverts — «Le ciel est bleu, l’enfer…» On connaît ça. Il est clair que, si bien des élus visitent avec une telle fréquence les lieux de culte, courtisent les chefs religieux et ne veulent surtout pas entendre parler de loi sur la laïcité, ce n’est pas seulement une question de principes, mais aussi et surtout parce qu’ils y trouvent leur intérêt… électoral.

Précisons, pour finir, qu’il n’y a d’ailleurs nulle obligation pour un État d’être laïque (nombre d’États souverains à travers le monde ne le sont pas). Que l’on cesse par contre de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, et le débat entourant ces questions des relations entre la religion et l’État y gagnera, sinon en aménité, du moins en clarté.

56 commentaires
  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 2 mars 2017 00 h 40

    UNE OBSCURE CLARTÉ....!

    Vous rappeler aux lecteurs que F Pelletier a écrit, au sujet de la laïcité " qu’on ne sait pas vraiment de quoi on parle, quand on en parle " vous auriez dû aussi rappeler que dans le même texte elle a écrit "la laîcité accueille les religions ". Cela montre tout simplement que F Pelletier ne sait pas de quoi elle parle qu'en elle parle de laîcité !
    Par ailleurs quand vous écrivez "Mais si on ne sait pas avec exactitude ce qu’est la laïcité, on sait au moins ce qu’elle n’est pas" pensez vous avoir ainsi "établi" un principe ? Votre affirmation ressemble à si méprendre à celle que ferait une personne qui ne veut pas trop se prononcer sur les différentes conceptions de la laïcité parce que bien entendu, aucune est exacte ? La laîcité n'est pas un concept de science de la nature.
    Enfin, le sens de votre précision "Précisons, pour finir, qu’il n’y a d’ailleurs nulle obligation pour un État d’être laïque " serait à ...préciser car d'une manière générale il n'y a nulle obligation pour un État d'être quoi que ce soit , démocratique, monarchique,... et je ne vois vraiment pas en quoi cette imprécision ajoute quelque chose à votre ténébreux propos.

    Pierre Leyraud

    • Jacques Houpert - Abonné 2 mars 2017 12 h 10

      Mais non, tout est clair...!

      En attendant que Philippe Couillard nous le confirme 62 fois plutôt qu'une, la laïcité au Québec doit s'interpréter à la lumière de ce que nos députés en font.

      Le Québec "laïc", admettent-ils, peut voter ses lois dans une enceinte où trône à la place d'honneur le crucifix.

      Renoncer à ce crucifix, disent-ils, ce serait renoncer à notre passé, à notre histoire, à notre identité.

      Comme si l'image d'un homme-dieu mourrant sous la toture pour expier les péchés des hommes - nos députés inclus - était aujourd'hui encore un symbole valable et valorisant de notre identité.

      Et pendant que ces protecteurs de l'identité du Québec se portent à la défense du crucifix symbolique, ils laissent à la Cour suprême, sans nonobstant férir, le soin de crucifier le moteur de notre identité réelle qu'est la langue française.

  • Nadia Alexan - Abonnée 2 mars 2017 01 h 18

    La laïcité demeure le seul rempart contre le glissement de la religion dans la place publique

    Vous avez raison, Monsieur Patrick Moreau, de dire que ni le Canada ni le Québec ne professent la laïcité. Par contre, les lois ne sont pas incrustées dans le bâton. On peut toujours les changer. Ces lois ont été promulguées pendant que la plupart de citoyens étaient des croyants. Mais depuis ce temps, les choses ont changé et si l'on se fie aux statistiques, un bon nombre de Québécois, au moins 30% ne sont plus croyants maintenant. Et si on regarde du côté des pays scandinaves, les pays les plus avancés du monde, le pourcentage des non-croyants grimpe à 77% de la population.
    Malheureusement, la religion est en train d'envahir la place publique de nouveau, au lieu de se reléguer aux espaces privés. Pendant que nos gouvernements sont en train de restreindre les dépenses publiques essentielles, il faudrait éliminer les exemptions fiscales des lieux de culte. La laïcité demeure le seul rempart contre le glissement de la religion dans la place publique.

    • Victor R. Aubry - Abonné 2 mars 2017 11 h 48

      Madame Alexan,

      S’il fallait suivre le raisonnement tordu de Patrick Moreau, le monde entier serait religieux en raison de l’article 18 Déclaration universelle des droits de l'Homme adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1948, dont l’article 18 se lit :

      « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. »

      Le militantisme athée de M. Moreau est acceptable et justifiable mais il ne doit pas instrumentaliser la laïcité à ses fins. M. Moreau ne se rend pas compte qu’il nuit ainsi à l’acceptation sociale d’une véritable laïcité qui sépare les fonctions étatiques des religions mais qui les admet pour les personnes sans discrimination dans l’espace publique.

      La mauvaise foi ne sert pas la laïcité.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 2 mars 2017 13 h 21

      Et alors si la religion 'glisserait' dans la place publique, quelle catastrophe entrevoyez-vous, Mme Alexa ? Le paysage urbain placardé de dangereux crucifix ? Les parades de la Saint-Jean-Baptiste ou du Christ-Roi dans nos rues ? Des drapeaux du Vatican défigurant la façade de nos édifices ?

      Doit-on se préparer à émigrer à l'étranger vers un paradis de la laïcité, pur de toute contamination religieuse ?

      Conseillez-moi vite, Mme Alexan. Je suis tourmenté par l'angoisse...

    • Hélène Paulette - Abonnée 2 mars 2017 19 h 14

      Messieurs Aubry et Martel devraient voyager dans les États théocratiques de la planète pour y expérimenter le "glissement" religieux où encore se replonger dans l'histoire du Québec des années quarante et cinquante...

    • Michel Thériault - Inscrit 2 mars 2017 20 h 12

      @ M. Martel

      La religion se pratique en privé et est question d'affaire personnelle. Si les gens veulent prier, qu’ils le fassent chez eux. Et ils n’ont pas à envahir l’espace public avec leurs croyances du Moyen-Âge. Ça nous a pris des décennies pour se "libérer" du clergé alors non merci pour le retour en arrière.

      Ça me semble pourtant si élémentaire à comprendre…

    • Carmen Labelle - Abonnée 2 mars 2017 20 h 53

      Messieurs Auvry et Martel devraient lire le mémoire de Me François Côté à la Commission sur la loi 62 qui démontre bien que cette laïcité à la britannique qui perçoit la religion d'une personne comme une caractéristique inrinsèque justifiant une permissivité tout azimut en subordonnnat l'état aux exigences de ces religions envers les croyants qui sont à son emploi, est en fait du sécularisme; alors que le Québec depuis le début du processus de laicisation a adopté une laïcité d'inspiration européenne continentale où une croyance religieuse n'est pas différente d'une croyance politique et en ce sens, la personne représentant un état neutre ne doit pas l'afficher. Abrogeaons au plus vite ces lois archaïques qui mette de l'avant la suprématie d'un être dont l'existence n'a jamais été et ne peut être démontrée

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 mars 2017 04 h 52

    Bref !

    « On conviendra sans peine qu’une telle formule, placée en tête de la loi fondamentale du pays, n’est pas laïque. » (Patrick Moreau, rédacteur-chef, revue Argument)

    Oui certes, mais les autorités « compétentes » ont décidé que la « suprématie de D.ieu » demeure similaire de la « primauté du droit » en matière de « reconnaissance », une similitude qui, en bout de ligne, ne les écarte ni du centre ni des extrémités des fondements constitutionnels et du Canada et du Québec ; des fondements d’origine chrétienne (protestantisme, catholicisme) plutôt que laïque !

    De ces « fondements », l’épisode du CHU du Québec (maintenant résolu) représente de beaux défis constitutionnels alors que celui du « allaouha akbar », prononcé par le premier ministre du Québec lors des événements entourant une mosquée de la ville de Québec, risque d’engager, sur les plans constitutionnel et laïc, une terrible guerre de « suprématie » et de « primauté » !

    Bref ! - 2 mars 2017 -

  • Claude Bariteau - Abonné 2 mars 2017 06 h 33

    La clarté se trouve dans la constitution

    Votre texte met les points sur les « i ».

    Le Canada n'est pas un État laïque. Vous le précisez avant d'avancer qu'il n'y a « nulle obligation pour un État d'être laïque ». Que le Canada ne le soit pas renvoie à deux facteurs.

    Le premier provient du fait que sa constitution fut conçue à l’image des règles britanniques faisant des représentants de la royauté les chefs de l'église anglicane. Le deuxième est l'obligation, à l’issue des Traités de Westphalie (1648), que les État conquérants respectent les religions pratiquées par leurs sujets.

    C’est ce que fit la Grande-Bretagne en conquérant la Nouvelle-France et en imposant à la « colonie du Canada » son ordre politique après 1763. Toutes les constitutions coloniales votées par les Britanniques (1774, 1791, 1840 et 1867) précisent la suprématie de Dieu et la primauté du droit. En découle ainsi la reconnaissance de la religion d’État et des autres religions.

    L’État canadien étant d’abord religieux, la laïcité ne peut être qu’un complément, ce s’est transformé en règles pour des officiers en autorité des appareils de l’État les incitant à manifester une certaine neutralité, qui ne fut aucunement préconisée pour les usagers ou le personnel subalterne.

    Le modèle Taylor-Bouchard s’en inspira, mais devint toutefois objet de discorde parce qu’incohérent en regard de la priorité donné au respect de l’expression religieuse des individus dans la définition des droits et libertés de la Charte canadienne.

    Avec cette charte, intégrée à la Constitution de 1982, il ne s’agit plus de respecter les autres religions et leurs pratiques, mais de permettre aux pratiquants de faire valoir partout leurs convictions.

    Là se trouve le sens du virage du commissaire Taylor. Au Canada, priment les droits individuels en matière de religion, qui est le legs du PM Trudeau-père.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 2 mars 2017 08 h 16

      Vous écrivez ,sans sourcillier,"Avec cette charte, intégrée à la Constitution de 1982, il ne s’agit plus de respecter les autres religions et leurs pratiques, mais de permettre aux pratiquants de faire valoir partout leurs convictions." C'est tout ? Où sont donc encore passés les non-croyants ?Devons-nous devenir des pratiquants de notre non-croyance pour faire valoir nos convictions ? Hors d'un lien de type religieux point de salut ?

      Non les non-croyants ne sont pas transparents !

      Pierre Leyraud

    • Jean-François Trottier - Abonné 2 mars 2017 08 h 56

      M. Bariteau, vous ne commencez pas assez loin dans l'histoire : que la Couronne d'Angleterre soit ou non chef de son église, bien avant la positio de roi relève du droit divin. Le roi est le roi, et le royaume lui apparient personnellement, parcer que Dieu en a décidé ainsi.

      La même logique a été servie par la révolution américaine! Rien ne justifie l'acquisition des terres par les colons, sauf une décision "supérieure" : le roi d'Angleterre avait déclaré que ces terres lui appartenaient selon son pouvoir émanant de Dieu. Les colons ont récusé le roi sans pour autant renoncer aux terres données par ledit Dieu.
      Dans les faits ce sont les armes qui ont décidé, partout en Amérique du Nord (sauf dans la plaine du St-Laurent, une autre histoire). Mais la logique "de droit" est restée. Divin.

      On ne répétera jamais assez les dangers du monothéisme. Partout où il passe le droit s'en trouve dévoyé, miné à sa base. Rien ne lui échappe. Les monothéismes nient la primauté de la Terre et de l'environnement puisque leur puissance émane d'une volonté transcendante.

      Le seul endroit d'Amérique où les bases sont différentes est ici, comme je le disais. Les colons ont avant tout négocié avec les peuples présents... et ont ensuite respecté les ententes! Par la suite, les installations "françaises" se sont faites en collaboration avec les Amérindiens, sauf les Iroquois pour raison d'alliance avec Wendats et Cris, entre autres.

      Les "forts français" étaient des installations commerciales dont les portes restaient ouvertes tout le temps. Rien à voir avec les méthodes anglaises. La seule armée envoyée ici, le régiment de Carignan, y était pour se battre contre les Anglais seulement.

      Partout où étaient les français, il y avait 10 améridiens et plus pour un blanc. Enfin et pour que ce soit clair: les Québécois dits de souche sont des Métis qui ont eux aussi été repoussés du pouvoir dès 1763.

      Le droit qui prime ici doit être celui de la Terre.

    • Marc Lacroix - Abonné 2 mars 2017 11 h 44

      À Pierre Leyraud,

      Je pense que vous ne saisissez pas le fait que M. Bariteau ne fait que décrire la situation actuelle au Canada, il ne dit pas qu'il l'approuve, mais il décrit le carcan à travers lequel nous sommes forcés d'évoluer !

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 2 mars 2017 12 h 33

      @M Lacroix
      Si vous lisez plus bas mon deuxième commentaire j'explique justement qu'il n'y a aucun carcan qui nous empêche de devenir des pays laiques . Il y a bien sûr des obstacles mais ce ne sont même pas ceux que mentionne P Moreau. Vous conviendrez avec moi qu'une description peut être tendancieuse.
      Pierre Leyraud

    • Claude Bariteau - Abonné 2 mars 2017 13 h 13

      M. Lacroix, vous m'avez compris.

      À mme Doiron et m. Leyraud, je rappelle que la Charte canadienne donne des droits aux individus religieux. Pour les individus non religieux, ceux-ci n'en ont pas. Fallait-il que je le signale ? Sans doute, mais mon propos se voulait un état de fait.

      Concernant l'occupation française en Amérique, je partage les points avancés par monsieur Trottier. La présence française, comme l’explique Denys Delage (https://www.fondationlionelgroulx.org/Le-4-aout-1701-La-Grande-Paix-de.html) n’est pas associée à un règne sur un territoire illustré par des cartes mais à une aire d’influence découlant d’une alliance franco-amérindienne. Sous cet angle, les prises de possession du territoire au nom du roi de France furent des rituels dont les documents visaient à aviser les puissances européennes.

      Parce qu’il en fut ainsi, Pontiac s'insurge lorsque la France cède à la Grande-Bretagne les territoires associés à ces alliances.

      Cela étant, il est par contre erronné de dire que les colons ont négocié avec les nations présentes, car les négociations se firent avec les représents français au nom de la France.

      Il l'est aussi de dire que le régiment Carignan-Salières ne cibla que les Anglais. Ce régiment eut pour cible les Iroquois opposés aux alliances avec les Français et à leurs liens avec surtout les Britanniques dans le commerce des pelleteries.

      La présence de ce régiment eut pour incidences que les Iroquois furent incités, avec la Grande Paix de Montréal (1701) à devenir « neutres », ce qui se confirma par leur aval à la cérémonie d'alliance.

      Avancer que les « Québécois dits de souche sont des Métis qui ont eux aussi été repoussés du pouvoir dès 1763 », est difficielement généralisable.

      Des colons » coureurs de bois » l'ont certes été, mais tous les colons n'étaient pas « coureurs de bois ». La plupart furent des miliciens associés aux forces françaises et invités à retourner en France après la capitulation de Montréal.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 2 mars 2017 13 h 40

      @ C Bariteau
      Êtes vous sérieux quand vous écrivez "je rappelle que la Charte canadienne donne des droits aux individus religieux. Pour les individus non religieux, ceux-ci n'en ont pas. " Vous rendez-vous compte de ce que vous écrivez alors que la charte en question et les droits énoncés les citoyens canadiens ! C.est énorme ça ! Seuls seraient citoyens canadiens les individus religieux ? On comprend alors que, sans doute, vous ne vous souciez pas du tout de savoir si un non-croyant est incommodé ou non par un signe religieux visible " Au diable les non-croyants !
      Saisissant !
      Pierre Leyraud

    • Claude Bariteau - Abonné 2 mars 2017 14 h 13

      Mme Doiron et M. Leyraux, je ne sais pas ce que vous voulez me faire dire. Je dis seulement que la Charte canadienne ne parle pas des citoyens non-croyants, dont je suis car agnostique, ce qui, sous l'angle des droits, me rend orphelin, probablement au même titre que vous deux.

      Cela dit, cela ne fait pas un citoyen canadien sans droit, mais un citoyen différent de citoyens dont la charte leur reconnaît des droits religieux sur le plan individuel. Il en découle que je suis un citoyen de seconde catégorie.

      S'agissant de mes soucis, vous errez totalement. La Charte canadienne non seulement m'incommode mais elle me nie un droit d'égalité avec tous les autres citoyens et citoyennes. J'ajoute que sans cette égalité, qui est un principe de base en démocratie (voir Charles Tilly sur ce point), il m'est impossible de considérer le Canada comme une démocratie, car ce pays est d'abord et avant tout une monarchie constitutionnelle fondée sur les mêmes principes qui ont fondé la Grande-Bretagne.

      Cela précidé, sachez que mon commentaire visait à mettre en évidence la dérive canadienne en matière de citoyenneté, car sa constitution ne fonde que secondairement une égalité entre citoyens et citoyennes.

      Non seulment je prétends que ce que j'écris est la réalité canadienne et que sa charte, que doit appliquer la Cour suprême, est un déni de l'égalité entre les citoyens et les citoyennes car certains d'entre eux disposent de droit individuels que je n'ai pas.

    • Claude Bernard - Abonné 2 mars 2017 15 h 09

      Les athées ont les mêmes droits que les autres citoyens.
      Ils ont la liberté de parole, de ne subir aucune discrimination, liberté de conscience et de ne pratiquer aucune religion etc...
      Si on vous refuse un appart parce que vous êtes athée, ce n'est pas légal.
      Ils ont le droit de pratiquer l'athéisme, c'est-à-dire (entre autre) de ne pas enlever leur couvre-chef à la vue du St-Sacrement (et de ne pas être roué pour ne pas l'avoir salué).
      Ils ont aussi droit à leurs accomodements raisonnables.
      Ils ne peuvent interdire ce qui ne leur plait pas pour ce seul motif.
      Invoquer la laïcité comme motif de la laïcité à tous crins me semble un argument circulaire, une pétition de principe.
      La laïcité n'est pas la dictature de l'athéisme.
      La neutralité de l'État suffit à la démocratie, suprémacie de dieu ou non.

  • Michel Lebel - Abonné 2 mars 2017 06 h 50

    Non à l'idéologie!


    Soyons encore plus clair: seul un État peut être laïc, pas une société. Secundo, aucun État, du moins en Occident, est strictement laïc, France incluse. L'histoire ''impose'' un certain mélange du religieux et de laïcité. C'est ainsi et ceci déplaira toujours au tenant de l'idéologie en la matière, que celle-ci soit religieuse ou laïque. Au Canada, Québec inclus, ce n'est pas une approche idéologique qui prime et c'est tant mieux. En Chine, cela semble le contraire et ce modèle n'est pas à imiter!


    Michel Lebel

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 2 mars 2017 10 h 15

      Vous écrivez "L'histoire ''impose'' un certain mélange du religieux et de laïcité." L'histoire impose rien du tout puisque qu'elle n'a rien à imposer! Le régime de laïcité est tout à fait compatible avec les religions et le religieux. Comment faut-il le dire que la laïcité n'a rien contre le religieux et les religions, elle est pour un État et des institutions d'État a-religieux aveugles aux religions et à l'incroyance!.
      La laïcité organise la vie publique pour dans toutes les institutions directement sous l'autorité publique les religions et la non -croyance soient traités de façon parfaitement symétrique.

      Pierre Leyraud

    • Michel Lebel - Abonné 2 mars 2017 13 h 07

      @ Irène Doiron et M.Pierre Leyraud,

      Vous pouvez constater que j'ai mis le mot '' impose'' entre guillemets. Je sais fort bien que l'histoire en soi n'impose rien. Mais l'histoire permet de comprendre l'évolution des sociétés. Et chaque société a son histoire propre.
      Ce que je voulais surtout dénoncer ce sont les effets néfastes de l'idéologie en matière de religion et de laïcité. L'idéologie, telle que je la conçois et d'autres personnes, mènent souvent au sectarisme, à la discrimination et à l'exclusion.


      Michel Lebel