Nous errons sans but

«Trump a compris que les Américains veulent des chars, de belles maisons et de grosses télévisions», avance l'auteur.
Photo: Mark Makela / Getty Images / Agence France-Presse «Trump a compris que les Américains veulent des chars, de belles maisons et de grosses télévisions», avance l'auteur.

Le but de l’Occident depuis l’après-guerre était de créer et de répartir les richesses de manière à garantir une forme de liberté, ainsi qu’une égalité des chances. C’est ce pourquoi la plupart des nations occidentales ont enlevé plusieurs formes de coercition dans leur espace public et facilité les échanges commerciaux entre elles, globalisant ainsi leurs droits, leurs cultures et leurs marchés ; le capital était un outil de cohésion, la réponse à la censure communiste, le droit au libre arbitre.

Mais, année après année, l’économie capitaliste se transforme. Elle devient de moins en moins un levier social et de plus en plus une machine que l’on doit graisser. On lui offre congés de taxes et nouveaux territoires, quitte à fermer les yeux sur quelques menues violations des droits de la personne. Bientôt, elle atterrit entre les mains d’une élite politique et d’affaires qui contrôle aujourd’hui les médias, les partis politiques et même l’alimentation. Le citoyen normal est aujourd’hui aliéné par cette élite dont il dépend pour se nourrir, se déplacer, se loger et même s’informer. Le rêve démocratique du pouvoir pour le peuple et par le peuple n’existe plus. Ce projet est mort.

L’économie, devenue monstre sacré de l’espace politique, est dorénavant la priorité. Celle qui autrefois était un outil de la démocratie a fait de son maître un marteau qu’elle utilise à bon escient. L’économie, lorsque menacée, emploie la démocratie pour aboyer. Elle utilise la peur et menace de couper les vivres quand on veut la forcer à payer des impôts. Elle est les banques, les multinationales et même les fonds de retraite. L’économie n’est plus humaine, elle est une entité qui existe sans humanité. Elle n’a pas d’éthique, car elle n’a pas été créée pour en avoir. Malgré tout, en 2017, elle sépare le bien du mal.

Retour aux années 1960-1970

L'élection de Trump est l’exemple parfait de son hégémonie. Le président a pour seules valeurs « les jobs volées » et le portefeuille des Américains. Il bâtit un mur pour empêcher les « ethnies » d’enlever des emplois aux Américains et aussi, collatéralement, de « violer des femmes ». Il déréglemente Wall Street pour faire pleuvoir la richesse sur son peuple.

En fait, Trump a compris que les Américains veulent des chars, de belles maisons et de grosses télévisions. Depuis 30 ans, ils sentent qu’ils ont de moins en moins d’argent. La solution ? Leur promettre que leur confort des années 1960-1970 reviendra. Make America great again ? There you are. Et, tenez-vous-le pour dit, cette nostalgie permet tous les écarts racistes, misogynes et démagogiques, car retrouver un train de vie doré excuse tous les maux.

L’économie capitaliste, avant outil de liberté rendant accessible la richesse autrefois octroyée à la noblesse, est devenue un moteur d’aliénation qui ostracise toutes les autres vertus de l’Occident. La liberté, l’égalité, la fraternité, la justice et la paix ne sont plus des valeurs fondamentales de notre société. Elles ont été sacrifiées sur l’autel du profit à tout prix et de la consommation.

Nous n’avons pas de projet social. Le rêve d’union des peuples et de la liberté de l’après-guerre a lentement glissé vers le chacun-pour-soi et le matérialisme. Autrefois salvateur, obtenir un bien est devenu une rengaine de fin de semaine. Autrefois, acheter signifiait construire un patrimoine pour les générations futures. Aujourd’hui, on s’instruit pour acheter, et on achète pour faire rouler l’économie. Certains voudront revenir à ce passé où les vertus existaient encore, mais ce serait donner raison à la nostalgie trumpienne. Ce serait un piège. Se redéfinir va demander beaucoup plus d’effort et sûrement moins de confort. Le prix à payer sera sans doute une génération.

Mais le constat est clair : nous n’avons pas de projet social. Nous n’avons pas de vertus et encore moins de rêves.

Pourquoi s’étonne-t-on alors que des jeunes se radicalisent ? Nous errons sans but. Notre soif intarissable de nous enrichir nous a fait oublier les grandes idées porteuses de l’Occident. En moins d’un siècle, nous avons créé un grand trou, un grand vide que comblent désormais les idéologies radicales, le cynisme et la violence.

11 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 18 février 2017 03 h 08

    L'empereur est nu!

    Vous avez raison, mais Trump fait partie de cette élite qui accapare tout au nom du profit. Trump fait de fausses promesses qu'il n'a pas l'intention de remplir. Il s'intéresse à ses acquis et a ses propres intérêts et il s'en fiche carrément du bon peuple. Un jour, ses électeurs vont se réveiller quand ils vont constater que l'empereur est nu! Mais vous avez raison de dire qu'on a oublié les valeurs qui ont guidé l'Occident: «la liberté, l’égalité, la fraternité, la justice et la paix, qui ne sont plus des valeurs fondamentales de notre société.»

  • Marc Lacroix - Abonné 18 février 2017 07 h 54

    Nous errons sans but !

    Vous avez raison, M. Tremblay. Notre société n'a rien d'autre à proposer que le matérialiste pour donner du sens à notre vie. Une fois nos besoins primaires satisfaits, le matérialisme ne nous offre que de nous lancer dans un concours de voisins gonflables; tout un défi "! C'est à ce niveau que peut entrer en considération la quête spirituelle. Par "quête spirituelle" je ne veux surtout pas inviter tout le monde à devenir "un mangeux de balustre", qui sachant qu'il vieillit, veut "garantir sa vie" dans un paradis en compagnie de Dieu et de sa faune ailée. Non, je parle d'une quête spirituelle honnête, pas rattachée à une tradition coulée dans le béton, à l'instar de ce qu'a vécu Simone Adolphine Weil. Simone Weil, née juive, ayant abandonné sa religion, pour s'ouvrir sur le monde. Pendant des années, elle récitait le "Notre Père", sans jamais avoir été baptisée. Elle écrivait, pratiquait l'entraide et est morte dans un camp d'extermination nazi.

    Le monde est complexe, nous n'en connaissons pas l'origine ni la fin; quelle est notre place dans ce monde, nous ne le savons pas..., et souvent, ne voulons pas le savoir, ça remettrait en cause notre — mode de vie — égoïste et égocentrique. Nous devons nous ouvrir à une, ou des causes qui ont du coeur: la médecine le démontre, nous vivons plus heureux et en santé lorsque nous nous intéressons aux autres. Le but n'est surtout pas de déifier notre ego manipulateur qui contrôle notre vie, mais de passer au-delà de l'ego... Méditons en regardant les étoiles, en écoutant les oiseaux chanter, les nuages se déplacer dans le ciel et là, nous nous connecterons à l'infini..., Dieu, mais un Dieu vivant — à l'intérieur de nous —, pas un dieu "en plâtre", le regard chargé de colère...

  • François Beaulé - Abonné 18 février 2017 08 h 05

    La nostalgie d'un monde qui n'a jamais existé

    M. Tremblay fait constamment référence à un Occident idéalisé qui n'a en fait jamais existé. La richesse de l'Occident a toujours été mal répartie et elle a été construite sur la prédation des ressources et le travail à bas salaires des masses, ici et ailleurs. Et même sur l'esclavagisme.

    Son passéisme ne repose sur rien de véridique. Le principal fruit du capitalisme est la révolution industrielle et l'exploitation des travailleurs, même les enfants. Le capitalisme a toujours été un outil de liberté pour la classe possédante et un outil d'aliénation des masses populaires.

    Il faut un projet social mais ce projet n'a jamais existé vraiment. Il n'a été qu'un rêve, un fantasme. Ce projet à venir doit intégrer les questions environnementales et le bien de tous les hommes et non pas seulement des Occidentaux. Il ne peut pas être strictement national ou continental. Le défi est colossal. Nous n'avons pas de temps à perdre avec la nostalgie.

    • Marc Lacroix - Abonné 18 février 2017 10 h 53

      Qui est nostalgique ? Qui parle d'un Occident idéalisé, sinon vous-même ? Je vous invite à parler de projet de société, plutôt que de vous attaquer à quelqu'un qui dénonce l'état actuel des choses ! Vous n'améliorerez rien en vous contentant de traiter les autres de rêveurs !

  • Denis Paquette - Abonné 18 février 2017 08 h 11

    le cosmos et la vie quelle inspiration

    enfin c'est ce que je crois depuis que je me suis rendu compte que les religieux ne sont pas meilleurs que nous sommes, au contraire, n'ont-ils pas toujours étés les plus partiales des conseillés, merci monsieur Lacroix pour votre texte, le cosmos et la vie quelle inspiration, nous devrions tous êtres des sortes d'ermites, n'est ce pas ce qu'un assénien nous demandait de faire, il y a plusieurs milllénaires

  • Marc Therrien - Abonné 18 février 2017 10 h 19

    L'inatteignable but du bonheur dans l'accomplissement de soi


    Je dirais plutôt que le but est bien défini : c’est la poursuite du bonheur dans l’accumulation de biens personnels, la jouissance de tout ce qui procure du plaisir et le projet d’accomplissement de soi. Mais voilà qu’on découvre que ce bonheur qu’on poursuit nous échappe toujours parce qu’il est un peu comme le vent qui court plus vite que nous et qui ne se laisse pas attraper.

    La poursuite du bonheur dans l’accomplissement personnel, c’est comme marcher sur une plage et fixer droit devant et au loin le point d’horizon vu comme le bonheur en se disant « un jour, quand je serai rendu là, je serai heureux » et de constater que cet horizon recule à mesure qu’on avance.

    C’est à partir de telles expériences méditatives qu’on découvre que le bonheur, c’est le chemin et qu’il peut être aussi possible de le trouver en renonçant à le chercher.

    Marc Therrien