La culture religieuse à l’école: une nécessité pour construire le vivre-ensemble

Quiconque a porté attention aux discours ambiants sur les musulmans que l’on peut entendre ici et là ces dernières années sait fort bien la charge négative qu’ils charrient, fait valoir l'auteur.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Quiconque a porté attention aux discours ambiants sur les musulmans que l’on peut entendre ici et là ces dernières années sait fort bien la charge négative qu’ils charrient, fait valoir l'auteur.

L’attentat terroriste de Québec a sorti le Québec d’une certaine torpeur. Plusieurs ont tout à coup compris que nous n’étions pas à l’abri des soubresauts de haine et de violence qui agitent le monde un peu partout sur notre planète. Et contrairement aux craintes exprimées par plusieurs à l’égard de l’immigration de personnes de tradition musulmane, la violence meurtrière n’a pas eu pour auteur un fou d’Allah, mais bien un Québécois de souche, un jeune homme timide, aux idées conservatrices, semblant être attiré par des idées de droite et d’extrême droite.

Cela nous amène à réfléchir au terreau social qui peut permettre le développement et l’éclosion d’une telle violence. Tout mettre sur le dos d’une folie individuelle serait à mon avis commettre une regrettable erreur. Car quiconque a porté attention aux discours ambiants sur les musulmans que l’on peut entendre ici et là ces dernières années sait fort bien la charge négative qu’ils charrient. On ne peut pas tenir de tels propos sans que cela finisse par marquer les esprits.

L’islamophobie est un phénomène de plus en plus répandu à travers le monde et le Québec ne fait pas exception à cette triste réalité. Au lieu de le nier, vaudrait mieux le reconnaître. Car cette reconnaissance nous aiderait à trouver les solutions appropriées à ce malaise.

Tolérance

Pour combattre la haine à l’égard de l’Autre et favoriser un vivre-ensemble harmonieux, deux outils sont essentiels : une information de qualité et une éducation aux valeurs de tolérance. De ces deux choses, l’éducation est première puisque c’est elle qui conditionne la possibilité d’accéder à l’information et de la comprendre.

En matière d’éducation à la tolérance, une chose doit être affirmée avec force : l’acquisition d’une culture religieuse de base à l’école est un élément incontournable. Sans une connaissance suffisante du phénomène religieux sous ses formes les plus usuelles, on se condamne à ne pas comprendre et à mépriser la majorité des êtres humains. Parce que tel est le cas, que cela nous plaise ou non, une majorité d’humains sur notre planète se dit croyante. Ce fut le cas des humains du passé, c’est encore celui de ceux d’aujourd’hui et, il y a fort à parier, ce sera encore le cas de ceux de demain.

C’est dans ce contexte que je voudrais ici prendre la défense du cours Éthique et culture religieuse qui fait partie du programme de formation de l’école québécoise. Ces derniers temps, ce cours a été particulièrement malmené dans les médias. On l’accuse de toutes sortes de maux et d’intentions malveillantes. Sans entrer dans les détails, on peut dire que certaines de ces critiques sont recevables, mais quand elles aboutissent à une demande d’abolition de la transmission d’une culture religieuse à l’école, elles se fourvoient complètement.

Mépris

Car l’ignorance — ou pire encore, le mépris — d’un phénomène humain d’une telle ampleur confine à une incapacité de comprendre les conceptions et les valeurs qui fondent la vision du monde de la majorité des humains d’hier et d’aujourd’hui. Dire cela, ce n’est pas ostraciser les personnes athées ou agnostiques. Acquérir une culture religieuse n’équivaut pas à vouloir adhérer à une religion ou à une autre. Il s’agit tout simplement de reconnaître l’existence du fait religieux et de ne pas d’emblée le déclarer sans valeur. Il s’agit, plus profondément, de reconnaître pleinement que l’exercice de la liberté de conscience et de croyance ne devrait pas constituer une menace pour autrui, mais une richesse pour tous.

Si l’ignorance est souvent mère de la peur, la connaissance est une voie royale vers la compréhension et l’acceptation des différences. Dans le Québec d’aujourd’hui, qui est une société pluraliste et ouverte à l’immigration, le temps est venu d’amorcer ou de poursuivre un dialogue constructif entre toutes les composantes de notre société. Que ce dialogue se fasse en français, cela me semble normal et nécessaire puisqu’il s’agit là de notre langue publique commune. Que ce dialogue se fasse dans le respect des chartes et des institutions démocratiques que nous nous sommes données, cela aussi est non négociable. Mais pour le reste, acceptons donc avec confiance ce beau défi, cette aventure humaine pleine de promesses d’avenir que constitue la construction du Québec de demain, riche des apports de tous et de toutes.

18 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 2 février 2017 01 h 05

    Nous avons besoin d'un cours de citoyenneté.

    Un Cours de citoyenneté sera plus constructif pour le vivre ensemble harmonieux. Le devoir civique, la responsabilité civile et l'esprit critique sont à la base de la démocratie. L'attentat meurtrier survenu à Québec provient de la haine des groupes de droite contre l'immigration. Cela n'a rien à faire avec la promotion de la laïcité qui est la seule garantie du respect de toutes les religions et de toutes les confessions. Il faut préserver la neutralité de l'état et la séparation entre l'Église et l'État.

  • Sylvain Auclair - Abonné 2 février 2017 05 h 48

    Au contraire

    Le postulat derrière le cours d'ECR est que chaque personne a une religion, liée à sa culture. Il fait de la religion une composante essentielle de l'identité de chaque personne — alors que la plupart des Québécois sont non-pratiquants, voire non-croyants. En fait, cette approche fait peut-être partie du problème, et non de la solution.

    • Philippe Hébert - Inscrit 2 février 2017 09 h 25

      Je partage entièrememt votre opinion.

      La preuve, le cour ECR n'aborde aucunement les athées et les agnostiques, nous n'existont pas, tout simplement. Nous sommes des inculturés.

      Qui plus est, on associe le voile des femmes à certaines religions, alors que la majorité d'entre-elles, n'ont aucun texte citant que les femmes doivent se couvrir les cheveux, il s'agit d'une invention de l'homme pour contrôler la femme.

      Le cour ECR banalise donc des symboles qui ne servent qu'à écraser les femmes.

      Puis comme Nadia Alexan a dit dans son commentaire précédent le vôtre, un cour de citoyenneté serait beaucoup plus constructif pour le vivre ensemble.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 2 février 2017 19 h 00

      Lavage de cerveaux. Le cours d’Éthique et culture religieuse ne devrait pas avoir sa place à l’école. Cet autre avatar du multiculturalisme à la Trudeau vise à confirmer les différences de ce qu’on appelle les communautés culturelles. Il faut éliminer ce programme dans les écoles publiques et le remplacer par un vrai cours d’éthique humaniste.

      D’un point de vue plus fondamental, on ne devrait pas parler de religion(s) aux enfants âgés de moins de 14 ans. On n'a pas le droit de laver le cerveau des enfants qui n'ont pas encore développé suffisamment leur pensée propre, leur jugement ni leur sens critique.

      L'école primaire et secondaire doit se concentrer sur autres choses que des croyances (farfelues dans la plupart des cas). Par exemple, l’école doit enseigner: la langue, les mathématiques, les sciences, l'histoire, l'éthique (c’est différent de la religion), le savoir-vivre, les habiletés artistiques, manuelles, sportives.

      L'étude de la sociologie des religions et des différents courants philosophiques pourra venir plus tard au niveau collégial ou universitaire, pour ceux qui en ressentent le besoin comme adultes. On pourrait aussi en profiter alors pour aborder d'autres croyances comme l'astrologie, la chiromancie, l'ésotérisme, et autres béquilles utilisées par ceux qui ont peine à assumer leur condition humaine en et par eux-mêmes.

      Il est incroyable de constater que l’on accorde une telle valeur aux croyances le plus souvent farfelues des quelques 40 000 religions qui sévissent ou ont sévi dans le monde. L’humanité n’est pas sortie du bois. L’angélisme des chartes et le gouvernement des populations par les juges y sont pour quelque chose.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 2 février 2017 06 h 34

    Connaître ou ignorer ?

    « Si l’ignorance est souvent mère de la peur, la connaissance est une voie royale vers la compréhension et l’acceptation des différences. » (Éric Cornellier, Enseignant au primaire)

    Possible, mais le phénomène dit de l’islamophobie, d’avec de multiple exemple (écrit-acte à caractère haineux et répréhensible), tend à renverser ce genre de proposition de telle manière que plus on connaît plus on a peur de, et, de l’ignorance dont il s’ensuit, cette peur s’éteint d’elle-même ou par « ignorance » !

    Connaître ou ignorer ? - 2 fév 2017 -

  • Sylvain Deschênes - Abonné 2 février 2017 06 h 40

    Inculture religieuse

    Ça fait pourtant 10 ans que le cours Éthique et culture religieuse "éduque" les enfants. Mise à part la recherche frénétique de coupables, on ne voit pas très bien ce qui en ressort de bien. Une meilleure connaissance des réalités politiques ferait probablement mieux pour comprendre les gestes politiques pour ce qu'ils sont plutôt que de les renvoyer à des manifestations du diable…

  • Michel Thériault - Inscrit 2 février 2017 07 h 06

    Oui au cours de ECR

    À condition que le cours en entier ne dure que 20 minutes :
    Les 15 premières minutes, on avise les étudiants de se tenir loin des religions et on énumère tous les torts que celles-ci ont causés au cours de l'histoire.
    Les 5 dernières minutes, on enseigne le Pastafarisme. Ou le concept de la théière de Russel.

    Voilà. L'Humanité devrait maintenant mieux se porter.

    • François St-Pierre - Abonné 2 février 2017 10 h 40

      Et si, en plus, le cours est donné par Raif Badawi ou Salman Rushdie, alors là...

    • Hugues Savard - Inscrit 2 février 2017 15 h 14

      Ben oui une autre bonne idée!

      On devrait aussi cesser de parler d'argent, de pouvoir, de frontières, de politique, d'armements et alouette, pour leurs torts causés au cours de l'histoire.

      Et sans oublier la météo: les torts causés par ses soubresauts, vous y avez pensé? On arrête d'en parler!