Anticosti, site du patrimoine mondial de l’UNESCO

L’île d’Anticosti constitue  le meilleur laboratoire naturel du monde pour l’étude des fossiles et des strates sédimentaires issus de la première extinction de masse du vivant, il y a près de 445 millions d’années, font valoir les auteurs.
Photo: Productions Rapide-Blanc L’île d’Anticosti constitue  le meilleur laboratoire naturel du monde pour l’étude des fossiles et des strates sédimentaires issus de la première extinction de masse du vivant, il y a près de 445 millions d’années, font valoir les auteurs.

D’ici la fin janvier, en réponse à l’appel lancé par la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, la municipalité de L’Île-d’Anticosti soumettra la candidature de l’île en vue d’être désignée au titre de patrimoine mondial par l’UNESCO. Site géologique extraordinaire, témoin d’un tournant critique dans l’histoire de la vie sur Terre, dotée d’un paysage culturel unique au monde, Anticosti mérite sa place aux côtés des grands jalons de notre passé.

Depuis plus de 30 ans, l’UNESCO recense les sites qui, par leur valeur exceptionnelle, sont susceptibles d’être classés au patrimoine mondial de l’humanité. Elle veille à assurer la sauvegarde de ces sites, dont la disparition représenterait « une perte irréparable ».

Secret trop bien gardé du grand public, mais bien connu des milieux de la recherche dans le domaine de la stratigraphie et de la paléontologie, l’île d’Anticosti est un joyau géologique et géomorphologique. Elle constitue en ce sens le meilleur laboratoire naturel du monde pour l’étude des fossiles et des strates sédimentaires issus de la première extinction de masse du vivant, il y a près de 445 millions d’années. Elle est le vestige le plus important en épaisseur au monde, ainsi que le registre fossilifère le plus complet de l’époque que l’on nomme la fin de l’ordovicien et le début du silurien.

Grâce à ces caractéristiques exceptionnelles, l’île d’Anticosti permet aux chercheurs de partout dans le monde de mieux comprendre les profonds changements climatiques qu’a subis la planète à cette époque, l’extinction de masse des espèces qui en a découlé et la manière dont la vie a repris son cours par la suite. Bien que des sites canadiens classés par l’UNESCO servent de témoins d’autres époques géologiques anciennes, aucun site figurant à liste du patrimoine mondial de l’UNESCO ne permet de couvrir cette période cruciale.

En plus d’en faire un lieu de très grande importance scientifique, l’héritage géologique et naturel de l’île constitue une richesse esthétique extraordinaire. De profonds canyons de calcaire, des grottes remarquables, des chutes impressionnantes, des rivières aux eaux cristallines et des centaines de kilomètres de côtes se conjuguent au paysage forestier et aux nombreux habitats fauniques pour créer des milieux naturels d’une beauté exceptionnelle.

Outre ses particularités naturelles qui contribuent directement à l’appréciation et l’expérience esthétique des lieux, l’île d’Anticosti possède un extraordinaire paysage culturel, des caractéristiques que l’UNESCO cherche également à protéger. L’interaction entre l’être humain et la nature, l’histoire de son occupation, les traditions et les savoir-faire bien ancrés dans les mémoires de ses habitants en font un lieu au caractère symbolique universel.

Au fil des siècles, par exemple, plus de 400 navires ont fait naufrage près des côtes escarpées de l’île, faisant l’objet de nombreux récits sur ce lieu d’effroi et de perdition. Plus récemment, vers la fin du XIXe siècle, le chocolatier Menier y réalisa l’utopie d’y ériger une petite cité « ouvrière » pour quelques décennies.

Héritage à préserver

Aujourd’hui, l’île conserve non seulement cet aspect mythique qui fait d’elle une destination sauvage et envoûtante, mais représente également l’expression d’une cohabitation harmonieuse de l’humain avec la nature et d’un véritable modèle de gestion durable de la faune.

Sans contredit, le paysage culturel de l’île d’Anticosti est un patrimoine remarquable tant sur les biens matériels qu’elle détient que sur ses biens immatériels associés aux valeurs de son territoire. Soulignons également que ce patrimoine exceptionnel au coeur de l’estuaire du Saint-Laurent a été maintes et maintes fois rappelé et reconnu par des scientifiques de renom, dont le célèbre botaniste Marie-Victorin et l’éminent géographe Louis Edmond Hamelin.

Anticosti peut sans conteste aspirer au statut de patrimoine mondial de l’UNESCO, aux côtés des autres témoins marquants de notre monde. Cette reconnaissance est non seulement essentielle pour la préservation des richesses extraordinaires qui constituent ce territoire, mais également pour renforcer le virage entrepris par la population locale visant à mettre fin à la dévitalisation de la communauté et à maintenir la fragile harmonie entre le développement durable de l’île et le respect du mode de vie insulaire unique des Anticostiens.

Conscients de la valeur inestimable de l’île, plusieurs organismes, dont Nature Québec, la Chaire UNESCO (CUPEUM) et la Chaire en paysage et environnement de l’Université de Montréal, ainsi que plusieurs spécialistes ont ainsi joint leur voix à la nôtre en appui à sa candidature, notamment les professeurs Carl Brett (Cincinnati, É.-U.), Noel P. James (Kingston, Canada), Michael J. Melchin (Antigonish, Canada), Axel Munnecke (Erlagen, Allemagne), Christian O. Rasmussen (Copenhague, Danemark), Renbin Zhan (Nanjing, Chine) et Andre Dronov (Russie).

Tout comme les 22 000 personnes qui ont déjà fait part de leur appui au projet via les médias sociaux, nous souhaitons ardemment que les gouvernements du Québec et du Canada reconnaissent à leur tour le caractère patrimonial exceptionnel d’Anticosti et qu’ils en déposent la candidature prochainement à l’UNESCO, afin de préserver et de mettre en valeur ce morceau de patrimoine mondial confié par les aléas de l’Histoire à notre intendance.

8 commentaires
  • Marc Durand - Abonné 18 janvier 2017 08 h 00

    Une signature se fait attendre

    Je joins mon nom aux personnes qui appuient cette initiative. Il y a mieux à faire dans cette grande île du St-Laurent que de la transformer en champ pétrolier. Le classement à l'UNESCO représente la meilleure initiative en ce moment pour préserver ce territoire pour les générations futures.
    Les pressions des détenteurs de permis pétroliers sur le gouvernement du Québec ne doivent pas réussir à torpiller la possibilité que le Québec signe cette démarche. Jusqu'à maintenant, ces pressions de quelques individus très puissants ont réussi à obtenir des gros succès à toutes les étapes qui mènent à la fracturation hydraulique sur Anticosti: loi sur les hydrocarbures, autorisations de forer trois puits, autorisation de prélèvement d'eau dans les rivières pour la fracturation hydraulique, etc. Ils vont tout faire pour continuer à faire passer leurs intérêts mercantiles avant toute autre considération. Tout se joue d'ici le 27 janvier.

    Marc Durand, doct-ing en géologie et géotechnique

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 18 janvier 2017 15 h 01

      Merci M. Durand de sortir publiquement...Et si d'autres, comme vous, en position de notoriété, osaient faire de même, l'île d'Anticosti serait pour toujours le joyau de notre grand fleuve St-Laurent.

      Les Québécois se doivent de continuer à faire pression sur tout ce qui bouge... en politique.

  • Sylvain Auclair - Abonné 18 janvier 2017 08 h 41

    Gestion durable de la faune?

    Comment une île dont l'écologie a été chamboulée par l'introduction de cerfs de Viriginie dans le seul but d'en faire une chasse gardée, cerfs qui détruisent les sapins à la base de leur alimentation, peut-elle être un exemble de gestion durable?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 18 janvier 2017 15 h 01

      S'il vous plait, juste un brin de "sagesse" au lieu de ce "négativisme" !?

      Et, à l'instar des "22,000 personnes qui ont déjà apporté leur appui à cette initiative", à l'instar de M. Marc Durand(ci-haut) et de milliers d'autres citoyens lambda, il faut clore ce dossier avec un appui monstre de la polulation québécoise en faveur d'Anticosti candidate au patrimoine exceptionnel de l'Unesco.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 18 janvier 2017 09 h 25

    Y a-t-il des loups à Anticosti ?

    Sinon, pourquoi ne pas les y implanter pour faire diminuer la population de chevreuils?

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 18 janvier 2017 09 h 27

    Je vote pour ça!!!

    Ce sera ma prochaine excursion en recherche de la contemplation de la beauté ici bas.

    Merci pour votre lettre coup de coeur.

    Jean-Pierre Marcoux
    Aménagiste et paysagiste émérite
    (J'ai donc plus de temps devant moi... peut-être)

  • Pierre Fortin - Abonné 18 janvier 2017 11 h 07

    Trève de tergiversations


    Désigner l'île d'Anticosti au titre de patrimoine mondial de l’UNESCO pour sa valeur géologique et environnementale extraordinaire contribuerait aussi à atteindre les objectifs de création d’aires protégées comme l'a promis le gouvernement de Philippe Couillard.

    Officiellement, le gouvernement du Québec s’est engagé à protéger 12 % de son territoire avant la fin de 2015 (pour en reporter ensuite l'échéance à 2016), mais la superficie totale actuelle des aires protégées représente à peine 9 %. Pour atteindre l'objectif visé, il manque encore 48 000 km2 de territoire.

    L'île d'Anticosti, avec sa superficie de 7 923 km², serait un apport non négligeable à ce précieux patrimoine et accélérerait peut-être l'interminable processus de décision au ministère de l'environnement. Pour ne citer qu'un exemple, la désignation d'aire protégée du secteur de la rivière Broadback stagne depuis juillet 2016 alors que ce dossier devait être réglé depuis au moins 2015.

    Comment croire à l'engagement de Québec de protéger 12 % de son territoire d'ici mars 2016, de 20 % du territoire du Plan Nord d'ici 2020 et 50 % de ce territoire d'ici 2035 quand on voit l'apathie qui règne dans les officines à Québec ?