Un camouflet pour Nétanyahou, une gifle pour l’Autorité palestinienne

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou
Photo: Abir Sultan Agence France-Presse Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou

La résolution votée par le Conseil de sécurité des Nations unies sur les colonies de peuplement dans les territoires occupés et les principes énoncés par le Secrétaire d’État John Kerry en décembre 2016 pourraient servir de base à une future négociation entre Israël et l’Autorité palestinienne (AP). Les réactions ont été diverses aux États-Unis, en Israël et dans les pays arabes. Le temps nous dira si ces initiatives constitueront des références incontournables dans les négociations futures.

La résolution, passée à l’unanimité avec l’abstention des États-Unis, réitère son appui à la solution de deux États, condamne le terrorisme et les incitations à la violence contre les civils, qualifie les colonies de peuplement en Cisjordanie et l’annexion de Jérusalem-Est comme illégales et appelle la communauté internationale à faire une distinction entre les territoires de l’État d’Israël et les territoires occupés depuis 1967. Cette distinction constitue une défaite pour le gouvernement Nétanyahou et la droite israélienne qui se vantent que les colonies sont un fait accompli. La condamnation par le Conseil de sécurité des incitations à la violence contre les civils vise surtout l’AP après la recrudescence des actes terroristes en Israël et les territoires occupés l’an passé et leur glorification par l’AP. Pour le reste, la résolution constitue une victoire pour l’AP, les pays arabes et les organisations progressistes juives en Israël et la diaspora.

Kerry propose que la reconnaissance d’Israël comme État juif soit un des principes fondamentaux dans les négociations de paix entre Israël et l’AP. Ce principe, pourtant reconnu par les Nations unies en 1947 et inscrit dans la déclaration d’indépendance d’Israël, est revendiqué par le gouvernement Nétanyahou comme une des conditions préalables à toute négociation de paix. Chose remarquable, le principe d’un État juif est maintenant appuyé par les principaux États arabes sunnites de la région. Cette reconnaissance est une victoire pour Nétanyahou et la majorité juive en Israël et un véritable camouflet pour l’AP et la minorité arabe israélienne qui ont toujours refusé le principe d’un État juif.

En fait, la communauté internationale appuie les résolutions des Nations Unies contre les colonies. Quant aux principes de Kerry, à part l’appui explicite de quelques pays arabes et occidentaux, il est trop tôt pour juger de leur pérennité.

Double jeu

Les groupes progressistes juifs et israéliens favorisent la vision de deux États viables, s’opposent à l’expansion des colonies qui menace le caractère juif et démocratique d’Israël et le respect des droits de la personne. Les juifs américains sont aussi en grande majorité contre l’expansion des colonies. Pour le gouvernement Nétanyahou, le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël, la communauté juive américaine est la communauté qui compte dans la diaspora en raison de sa capacité à fournir des dons importants à Israël et de lobby à l’endroit du Congrès et du gouvernement des États-Unis, le principal allié et pourvoyeur d’aide militaire à Israël. Les organisations juives américaines dites établies, telles AIPAC et la Ligue anti-diffamation, défendent aussi l’idée de deux États, mais rechignent à critiquer Israël sur la question des colonies.

De son côté, Nétanyahou joue un double jeu sur la question des colonies. D’une part, il se dit favorable à la vision de deux États mais en pratique fait tout pour rendre cette vision impraticable comme le pense une forte minorité d’Israéliens qui soutiennent surtout les partis d’opposition.

Selon de récents sondages, la gauche/centre gauche sioniste pro-paix en Israël se serait effondrée au profit des partis du centre droit et de l’extrême droite. Ces mouvements donnent de plus en plus de place au religieux au détriment du laïc et de la défense des droits démocratiques et de la personne. Les tensions se sont fortement accrues entre le judaïsme orthodoxe prédominant en Israël (la religion d’État) et le judaïsme non orthodoxe, surtout réformiste, plus libéral et minoritaire en Israël, mais prédominant aux États-Unis. La communauté juive américaine n’aura jamais été aussi divisée sur Israël depuis la résurgence de la droite/extrême droite israélienne expansionniste et messianique (droit de retour sur les terres bibliques).

Trump

Cependant, Nétanyahou demeure bien en selle au gouvernement même s’il pourrait être menacé personnellement, car il fait l’objet d’une enquête pour une question de cadeaux illégaux, mais aucune accusation n’a été portée à ce jour.

Le président désigné Trump, sympathique envers Nétanyahou et la droite israélienne, devrait en principe être plus favorable à Israël sur la question palestinienne que l’aura été le gouvernement Obama même si ce dernier aura fourni la plus importante aide militaire de son histoire à Israël. Il a critiqué le gouvernement Obama, tout comme le Congrès américain et les organisations juives américaines établies, pour son manque de soutien à Israël au conseil de sécurité.

La distinction entre territoires d’Israël et territoires occupés pourrait-elle avoir pour conséquence d’encourager de nouvelles initiatives internationales telles que celles entreprises par l’Union européenne sur l’étiquetage et les accords commerciaux qui discriminent les colonies ? Trump sera-t-il un élément facilitateur dans la région ou sera-t-il un agent perturbateur comme son appui éventuel à l’expansion des colonies et leur annexion partielle par Israël ou au déménagement de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem dont le statut reste à négocier ? Les prochaines années nous le diront.

12 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 10 janvier 2017 00 h 59

    Amen

    élu ou pas on est tanné de vous voir vous entretuer, ma gagne de primitifs

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 10 janvier 2017 03 h 41

    … paix !

    « Chose remarquable, le principe d’un État juif est maintenant appuyé par les principaux États arabes sunnites de la région. » (David Cohen, ancien haut fonctionnaire fédéral et consultant)

    De plus, et de cette citation, il est également super yahou de se rappeler que la Cisjordanie est un Territoire administré tant par l’AP que par Israël !

    Entre-temps, ou depuis ce temps ?, camouflet et gifle ?

    Vive le monde de la …

    … paix ! - 10 jan 2017 -

    • Jacques Patenaude - Abonné 10 janvier 2017 09 h 05

      Le judaisme la religion d'État. L'État d'Israel ne devient-il pas de plus en plus une Théocratie ?
      Ça en ferait une de plus dans cette région. Ne sommes-nous pas opposés aux théocraties?

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 janvier 2017 06 h 13

      « Ne sommes-nous pas opposés aux théocraties? » (Jacques Patenaude)

      Oui, mais la vision d’Israël concernant la divinité est différente de celle des nations et des religions qui cherchent, sans cesse, à la réfuter, à la diaboliser et à l’éliminer ; une vision que l’on craint !

      Bref ! - 11 jan 2017 -

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 10 janvier 2017 06 h 27

    Rien de neuf dans cette résolution


    Cette ‘nouvelle’ résolution ne fait que réitérer le droit international; les seules frontières reconnues d’Israël sont celles de 1967.

    Il faut chercher loin pour y voir une gifle pour l’Autorité palestinienne. La résolution de l’ONU est exclusivement une défaite pour Nétanyahou.

    Elle n’est même pas anti-israélienne dans la mesure où on ne voit pas comment les frontières d’Israël pourraient un jour s’étendre jusqu’au Jourdain sans génocide palestinien ou sans la transformation d’Israël en État majoritairement arabe.

    De plus, voilà plus de cinquante ans que l’ONU a adopté une résolution pour la création de deux États en Palestine : l’un juif et l’autre palestinien.

    Voilà un demi-siècle qu’Israël mène une guerre coloniale en Palestine, financée indirectement pas une subvention (officiellement militaire) des États-Unis.

    Il suffirait que les États-Unis soustraient de cette aide les montants consacrés à la colonisation par Israël pour que le Proche-Orient soit pacifié du jour au lendemain.

    • Hélène Paulette - Abonnée 10 janvier 2017 11 h 06

      Cette résolution est nouvelle parce que sans le veto américain, elle autorise les sanctions...

  • Michel Lebel - Abonné 10 janvier 2017 07 h 37

    Qui a reçu la gifle?

    Une gifle pour l'Autorité palestinienne? Je ne la vois pas. La gifle est plutôt pour le gouvernement israélien qui a vu cette résolution du Conseil de sécurité de l'ONU adoptée unanimement(sans véto américain). Il me semble que c'est assez clair quant au receveur de la gifle! Pour le reste... le temps sera encore bien long. Shalom. Salam.


    M.L.

    • André Joyal - Inscrit 10 janvier 2017 20 h 53

      Cette fois, je suis d'accord avec vous M. Lebel.Mais, une fois n'est pas coutume

  • Hélène Paulette - Abonnée 10 janvier 2017 09 h 26

    Étrange...

    Israël n'a de cesse d'accuser l'Autorité Palestinienne de corruption... Mais celle de ses dirigeants passe sous silence : Sharon, Olmert, Shamir et maintenant Nethanyaou.