L’atteinte de la parité en l’absence de diversité serait un objectif inachevé

«Le temps est venu d’ancrer l’égalité de fait entre les femmes et les hommes, et cela passe par une loi sur la parité», soutient Myrlande Pierre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Le temps est venu d’ancrer l’égalité de fait entre les femmes et les hommes, et cela passe par une loi sur la parité», soutient Myrlande Pierre.

Il est fondamental de penser en dynamiques complexes les sujets d’égalité, de parité et de diversité pour construire des politiques inclusives. Le temps est venu d’ancrer l’égalité de fait entre les femmes et les hommes, et cela passe par une loi sur la parité. Cependant, comment pourrait-on, en 2016, envisager l’atteinte de la parité dans les lieux de pourvoir sans y intégrer systématiquement le principe de diversité ? Je pose la question à toutes les féministes québécoises progressistes.

La parité, c’est le droit à une représentation paritaire dans les instances dirigeantes et en politique afin que l’égalité démocratique de principe en devienne une de réalité concrète. C’est dans cette perspective que de nombreuses femmes ont appuyé l’initiative du groupe Femmes, politiques et démocratie : la déclaration En marche pour la parité. J’ai moi-même spontanément appuyé cette démarche. Depuis, ma réflexion s’est poursuivie et j’en suis parvenue à cet énoncé qui traduit bien ma pensée : l’atteinte d’une parité qui édulcorerait la diversité, ou en l’absence de diversité, serait en quelque sorte un objectif inachevé.

Dans le passage de « l’égalité de droit » à celui de « l’égalité de fait », la reconnaissance de situations d’exclusion vécues par certains groupes de citoyennes est fondamentale pour que l’atteinte de l’objectif de la parité au sein des sphères décisionnelles et lieux de pouvoir soit au service et profite à toutes les femmes qui composent le tissu social du Québec.

Démocratie véritable

La représentation politique, en l’occurrence, c’est la capacité pour un État de créer un espace qui permette à tout citoyen de participer et d’être représenté aux processus délibératifs et décisionnels, en tenant compte des intérêts à la fois collectifs et particuliers. La représentation politique nécessite d’être diversifiée afin de favoriser l’écoute et la prise en compte des différentes voix qui coexistent au sein de la société.

Une démocratie véritable requiert des institutions et des modes de fonctionnement offrant des voies d’accès ouvertes à la pleine et entière participation de tous et de toutes aux différentes sphères d’activité de la vie commune. Ainsi, promouvoir la représentation de la diversité aux différentes instances de pouvoir, c’est oeuvrer à moderniser notre démocratie en examinant ce qui constitue les fondements d’une société plus juste et plus équitable.

Or, il existe un certain courant de pensée féministe en Occident qui allègue qu’une prise en compte de la diversité risquerait de nuire ou de freiner la progression vers l’égalité. Si cette acception se révélait vraie et si l’atteinte de la parité se concrétisait en occultant la diversité, les féministes auraient ainsi réussi à établir un modèle de parité qui serait le prolongement, la reproduction d’un prototype de représentation qui aurait les mêmes caractéristiques que celui au nom duquel elles se seraient employées à déconstruire ; un modèle homogène constitué essentiellement de femmes et d’hommes blancs issus des classes moyennes supérieures et aisées au coeur du pouvoir politique et des organes décisionnels. Est-ce un tel modèle de parité que nous voulons socialement voir émerger ? J’ose croire que non ! Et si c’était le cas, il serait légitime de s’en indigner en se demandant à qui le féminisme profite.

Le modèle de parité que l’on s’emploie à construire doit être en mesure d’intégrer la diversité sociétale. Pour ce faire, il est important de comprendre et de reconnaître qu’il subsiste des disparités considérables entre la majorité et les minorités. Le sexe, l’ethnicité, la « race », lorsque combinés, peuvent produire des situations d’inégalités intersectorielles inquiétantes. On parlera alors de l’intersectionnalité des discriminations.

Des obstacles cristallisés

Le déficit de représentation de la diversité ethnoculturelle dans les sphères décisionnelles et les lieux de pouvoir peut s’expliquer par des obstacles d’ordre historique, culturel, structurel et institutionnel. L’absence des groupes de femmes issues de la diversité dans les lieux décisionnels est criante. Le portrait des institutions et des organisations oblige la société québécoise à se questionner sur la composition de ses effectifs et sur la place des autochtones, des minorités ethnoculturelles et racisées, afin que les lieux de décision et de pourvoir soient le miroir de la diversité sociétale.

La démocratie moderne repose sur l’égalité supposée de tous les citoyens et citoyennes. Cependant, en dépit d’un discours égalitariste au Québec et au Canada, un certain nombre de personnes et de groupes sociaux sont toujours aux prises avec des pratiques discriminatoires. Toute mesure visant à favoriser une représentation paritaire des femmes et des hommes dans les sphères décisionnelles et les lieux de pouvoir doit s’inscrire dans une perspective démocratique, citoyenne, d’égalité et de diversité.

Une loi sur la parité dans les instances de pouvoir devrait donc être accompagnée d’une série de mesures susceptibles de garantir une représentation juste et équitable de la diversité en s’attaquant aux inégalités et aux stéréotypes partout où ils se manifestent. En ces temps où l’on assiste à une résurgence du conservatisme et de l’extrême droite en Europe et aux États-Unis, l’heure est à la solidarité entre tous les groupes de femmes.

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13 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 5 janvier 2017 02 h 03

    Où se trouve le racisme exactement?

    Franchement, je ne comprends pas. Si des personnes issues de l'immigration comme l'humoriste Boukar Diouf ont pu atteindre le sommet de la célébrité, de plus, Madame Fatima Hoda Pepin, à la tête de plusieurs ministères québécois, Monsieur Sam Hamad, Dominique Anglade, Yolande James, Amir Khadir, Maka Kotto, et j'en passe. Toutes sortes de professionnelles, des médecins, des juges, des avocats, des journalistes, des professeurs et des fonctionnaires travaillent aux seines de la fonction publique et aux postes décisionnelles. Où est le racisme exactement?

    • Marc Therrien - Abonné 5 janvier 2017 08 h 18

      Le principal risque que court une personne qui se présente avec grande méfiance et qui entretient un discours victimaire, en l'occurence ici, celui du racisme, est de mettre en scène une prophétie autoréalisatrice. C'est-à-dire que par son cadre de référence interne ou sa carte du monde qui influence ses attitudes et comportements, elle se conduit de façon à ce que soit confirmée son interprétation ou sa théorie. C'est le risque de l'autosabotage qui engendre l'exclusion.

      Marc Therrien

    • Pierre Desautels - Abonné 5 janvier 2017 08 h 39


      Le racisme? Il est dans l'emploi, où les minorités visbles sont sous-représentées partout, dans le logement et dans le profilage racial, notamment. Le "j'suis pas raciste, mais" fait encore des ravages, au Québec comme ailleurs...

    • Johanne St-Amour - Inscrite 5 janvier 2017 11 h 11

      La question de Myrlande Pierre n'est pas qu'une question de racisme, mais une question de rendre conditionnelle la parité à la diversité. Pas de diversité, pas de parité! C'est un féminisme de chantage et de division comme savent si bien en faire les adeptes de l'analyse intersectionnelle. Myrlande Pierre ne se réjouira jamais d'une parité tant qu'une diversité n'existera pas (et elle existe tout de même en partie, cette diversité).

      Aux États-Unis, il a été pas mal plus facile d'élire un Noir qu'une femme. Même si cette élection n'a pas enrayé le racisme aux États-Unis. Le symbole est tout de même assez fort!

      Point de libération des femmes donc sans la diversité. C'est cette pression constante qu'influe le féminisme intersectionnel sur la libération des femmes et l'égalité entre les femmes et les hommes.

      On le voit avec l'association drastique et inadéquate de prétendus privilèges détenus par les Blanc-he-s. Des féministes intersectionnelles demandent même à ces «privilégiés» de s'excuser! Plutôt que de s'attaquer à un système on s'attaque aux gens, à quelque chose qu'ils ne peuvent pas changer! Le féminisme radical s'attaquait (et s'attaque toujours) au système patriarcal, non aux hommes eux-mêmes, même si bien sûr de nouveaux comportements doivent être endossés par tous, hommes et femmes, pour que le changement advienne.

      La complexité de cette question sera dans son application. Quel degré de diversité sera acceptable. Une Québécoise d'origine vietnamienne comme Céline Galipeau fait-elle partie de la diversité? Les enfants de Boucar Diouf font-ils partie de cette diversité?

      Oui, à la diversité, mais comment ne pas tomber dans son contraire en exigeant une diversité «pure»!

  • Cyril Dionne - Abonné 5 janvier 2017 04 h 32

    La parité n'est pas l'égalité

    J'imagine que lorsqu'on œuvre dans les instances gouvernementales, il est très facile de prêcher la vertu. Mais, il est à remarquer que tous ne peuvent pas travailler dans la fonction publique qui est souvent inefficace et lourde. Des mauvaises langues disent que la compétence n'est pas synonyme de la fonction publique.

    Ceci étant dit, la parité à tout prix en ne prenant pas conscience de la capacité, de l'éducation, de l'intelligence et de l'efficacité d'une personne est une injustice. La parité n'est pas l'égalité, mais plutôt un système qui encourage la discrimination purement et simplement.

    Ceci a été essayé aux États-Unis dans plusieurs universités américaines. On laissait entrer des gens qui n'avaient pas les notes aux examens nécessaires afin d'encourager les minorités alors que ceux qui avaient les atouts nécessaires étaient laissés de côtés (la plupart du temps, c'était des élèves pauvres, mais brillants). Ce qui revenait à dire que chaque université avait son quota de minorités à remplir pour bien paraître même s'ils savaient que la plupart de ces étudiants allaient tous échouer.

    Une loi sur la parité en serait une qui pratique la discrimation en temps réel. Non merci. On passe à autres choses.

  • Serge Morin - Inscrit 5 janvier 2017 07 h 43

    On nous sert fréquemment ce genre de discours culpabilisant et à la limite infantilisant sur cette parité illusoire.
    Ce qui est sous-entendu dans ce texte crée un malaise.
    NON, la parité ce n'est pas l'égalité

  • Claude Bariteau - Abonné 5 janvier 2017 09 h 23

    La citoyenneté n'est pas un principe.

    Dans votre texte, vous avancez que l'égalité entre les citoyens et les citoyennes ne suffit pas. De là vous préconisez des mesures légales assurant la parité, que vous voulez branchée à la prise en compte de la diversité pour « déconstruire un modèle homogène constitué essentiellement de femmes et d’hommes blancs issus des classes moyennes supérieures et aisées au coeur du pouvoir politique et des organes décisionnel ».

    En quelque sorte, votre objectif n'en est pas un de citoyenne mais de militante désireuse de renverser un ordre présumé des classes moyennes supérieures ». Soit. Pourquoi ne pas cibler les détenteurs réels du pouvoir (les entreprises et les média) et miser sur une parité diversifiée ethnoculturellement plutôt que sur une conscience citoyenne révolutionnaire ?

    Le problème que pose votre exposé est la présomption, qu'il contient, que les citoyens et les citoyennes ne sauraient être révolutionnaires et que seuls les détenteurs présumés du pouvoir peuvent corriger par des lois la représentation démocratique.

    La résultante : vous demandez à ceux et celles que vous voulez renverser de le faire pour des motifs d'égalité qui devrait correspondre à ceux que vous estimez fondamentaux, oubliant que l'action politique en démocratie ne peut être que celle mises en valeur par les citoyens et les citoyennes.

  • Claude Bernard - Abonné 5 janvier 2017 11 h 42

    Qui est contre la diversité dans la parité?

    La question de l'accès de tou(te)s aux sphères décisionnelles n'est pas ne «vue de l'esprit».
    D'aucuns y verraient un aquis de l'interculturalisme (aussi appelé multicul (néologisme de Jean-Fraçois Lisée, je crois) à la québécoise).
    Comment le prescrire et dans quelles instances: voilà où le bât blesse.
    L'idée est excellente, c'est dans la mise en application que la difficulté apparaît.
    On pourrait commencer à la SQ ou au SPVM.
    Non par une loi (ou, encore pire, par une «Charte»), mais par une pression sociétale.