Proposition Leitão sur les régimes de retraite: nous serons tous perdants

«Le ministre Leitão propose une formule complexe et moins avantageuse pour la classe moyenne», estime Serge Cadieux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Le ministre Leitão propose une formule complexe et moins avantageuse pour la classe moyenne», estime Serge Cadieux.

Non content d’avoir imposé une austérité budgétaire dévastatrice pour les services publics du Québec, le ministre des Finances, Carlos Leitão, propose maintenant le recul social le plus spectaculaire des récentes années. Au moment où le gouvernement fédéral ainsi que toutes les autres provinces ont fait le constat de la nécessité de bonifier le régime public de retraite, le Régime de pensions du Canada (RPC), le ministre Leitão propose un recul pour les futurs retraités québécois.

Depuis plus de cinquante ans, le Régime de rentes du Québec (RRQ) équivaut au RPC. Ainsi, une personne retraitée à Vancouver ou à Québec a toujours obtenu le même niveau de remplacement de revenu. Actuellement, un travailleur gagnant 40 000 $ à Edmonton ou à Rimouski touchera 25 % de ce montant lors de sa retraite. Mais grâce à l’entente fédérale-provinciale intervenue en juin dernier, celui d’Edmonton touchera désormais 33,3 %. Celui de Rimouski, par contre, risque fort de devoir se contenter de 27,5 % si la proposition Leitão est adoptée. Dans ce cas de figure, le retraité d’Edmonton touchera 3320 $ de plus par année, tandis que le Rimouskois touchera seulement 1000 $ de plus.

Et ce n’est pas tout. Le document de consultation sur l’avenir du RRQ rendu public il y a quelques jours confirme qu’il y a un effet Leitão sur ce gouvernement : en plus de cette hausse anémique de la pension de retraite, il y est question d’augmenter l’âge de la retraite, de diminuer l’indexation, de réduire la rente au conjoint survivant, etc.

L’effet Leitão est ce qui se produit lorsqu’un ministre des Finances est déconnecté de sa population. Il dit qu’il n’y a pas de problème avec le niveau du salaire minimum actuel à 10,75 $ l’heure, alors que son premier ministre reconnaît qu’il est trop faible. Il impose le plus grand recul du financement des services publics de notre histoire en affirmant sans sourciller que cela n’aura aucun effet sur les services aux citoyens.

Nous avons beau tenter d’imaginer ses prédécesseurs placés devant l’entente de Vancouver de juin dernier, nous ne parvenons pas à imaginer un Yves Séguin ou un Raymond Bachand proposer aux futurs retraités québécois moins que ceux du reste du Canada. C’est totalement surréaliste.

Bonification

La FTQ fait campagne depuis 2009 pour obtenir une bonification du régime public de retraite qui serait favorable au plus grand nombre. Nous trouvons que la bonification convenue à Vancouver est bien inférieure à ce qui serait réellement possible et souhaitable, mais elle vaut mieux que rien. À l’opposé, le ministre Leitão propose une formule complexe et moins avantageuse pour la classe moyenne.

Comme prévu dans l’entente de Vancouver, la proposition Leitão implique des cotisations supplémentaires de 2 % au RRQ (1 % pour les employeurs et 1 % pour les travailleurs et les travailleuses); cependant elles ne s’appliqueraient qu’à partir d’un seuil de revenus annuels de 27 500 $. Cela aurait pour effet de pénaliser tous les travailleurs et travailleuses en les empêchant d’épargner décemment pour leur retraite sur une portion significative de leur revenu. Ensuite, une cotisation de 8 % (4 % pour les employeurs et 4 % pour les travailleurs et les travailleuses) serait ajoutée pour les gains annuels se situant entre 54 900 $ et 62 600 $. Le résultat serait une prestation maximale supplémentaire de 4621 $ comparativement à 7000 $ avec l’entente de Vancouver.

Si, en plus du gouvernement fédéral, les ministres des Finances de toutes les provinces ont convenu de la nécessité d’aller de l’avant avec une bonification du RPC, ce n’est certainement pas sous l’effet euphorisant d’une drogue douce, fût-elle légale. Ils répondent simplement à un besoin d’équilibre économique dans une société capitaliste en croissance.

Le système public de retraite canadien et québécois offre un des taux de remplacement du revenu parmi les plus bas des pays développés. Or, au Québec, seulement 4 travailleurs sur 10 ont accès à un régime complémentaire de retraite négocié avec leur employeur. C’est dire que la vaste majorité doit vivre d’une épargne personnelle trop maigre, du régime de retraite public et, beaucoup, grâce au programme de soutien du revenu pour personnes retraitées (le Supplément de revenu garanti). La FTQ fera les démarches nécessaires afin que le gouvernement du Québec entende raison et bonifie le RRQ de manière à garantir une sécurité financière à la retraite pour tous et toutes et certainement pas inférieure au reste du Canada.

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9 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 19 décembre 2016 04 h 44

    C'est la pire des barbaries!

    Le ministre Leitão a perdu la tête. Il n'y a pas une pire barbarie que d'être pauvre pendant la vulnérabilité de la vieillesse. Je ne sais pas comment cet homme peut dormir la nuit ou se regarder dans le miroir! L'histoire ne sera pas tendre à son égard.

  • François Dugal - Inscrit 19 décembre 2016 07 h 42

    "Déconnecté"

    "Lorsqu'un Ministre des Finances est déconnecté de sa population ..."
    Pour que quelqu'un soit "déconnecté", il faut qu'il fut au préalable "connecté", ce qui n'est pas ici le cas.

  • Jean Beaudin - Inscrit 19 décembre 2016 08 h 08

    Bons motifs...

    ... pour convaincre les retraités de voter pour le PQ et l'indépendance. Les Québécois vivant de la seule RRQ seront moins bien traités que les Canadiens et les immigrants des autres provinces. Vive la Confédération de 150 ans et l'aplaventriste Couillard! Surtout que c'est calculé en pourcentage du salaire, déjà plus bas. Wow, bravo M. Leitão, pas un retraité ne devrait voter pour vous.

    • Armand Roy - Abonné 19 décembre 2016 18 h 04

      Encore moins les futurs retraités!

  • Claude Bariteau - Abonné 19 décembre 2016 08 h 16

    L'idée de base est plus que financière

    Votre constsat, tiré d'une analyse sérieuse de trois centrales syndicales, est clair : la réforme Leitão en finançant de la sorte le RRQ appauvrit encore plus les futurs retraités, dont la majorité ne contribuent pas à un régime complémentaire négocié.

    Du coup, elle augmente l'écart entre ces deux groupes de futurs retraités et contribue à accentuer les pressions des premiers sur les seconds, qui les amène à partager les propos anti-sociaux des radio-poubelles.

    La conséquence : en plus de la pauvreté, il y a une hausse des dissensions au sein de la population du Québec.

    Mais, il y a une autre conséquence beaucoup plus grave, que recherche implicitement ce ministre : montrer qu'au Canada l'herbe est plus verte qu'au Québec et inciter les Québécois et Québécoises à se définir en Canadiens, car le faire en Québécois dans ce dossier, c'est objectivement valoriser la paupérisation.

    Ça prend vraiment un ministreanti-Québec dans un gouvernement pro-Canada pour présenter, avec l'appui du Conseil des ministres, un projet aussi ignoble dans tous les sens du mot.

  • Bernard Dupuis - Abonné 19 décembre 2016 10 h 12

    Les Québécois et leur infériorité financière

    Comment comprendre que dans un même pays, les écarts soient si élevés entre le Québec et le Canada hors Québec? Ou bien le gouvernement du Québec se complait devant une telle différence. Ou bien le gouvernement du Québec est trop pauvre en comparaison avec les autres provinces, à ce point qu’il ne peut soutenir l’égalité des sommes.

    Il se peut bien que les deux hypothèses soient valables, car dans le premier cas ce serait une occasion pour M. Leitao de faire valoir auprès des grandes banques canadiennes les bienfaits de la finalité de l’austérité québécoise. Ne sommes-nous pas en droit de nous demander ce que M. Leitao est venu faire au Québec ? D’où sort-il celui-là ? On dit que c’est un des plus grands économistes au monde envoyé par les grandes banques pour remettre le Québec à sa place. Au lieu de mettre son talent au service du progrès du Québec, il semble n’avoir comme objectif que de déconstruire le Québec et le rendre les Québécois de plus en plus pauvres.

    Dans le second cas, cela illustre une nouvelle fois que les bienfaits de l’abondance et la prospérité canadianiste ne sont toujours pas au rendez-vous. Le Québec demeurant plus pauvre que les autres provinces ne peut accorder des prestations de retraite aussi avantageuses que les autres. Cela devrait faire comprendre aux Québécois que leurs intérêts économiques seraient mieux protégés s’ils se prennent en main plutôt que s’ils demeurent dans la structure canadienne qui les maintient dans l’infériorité économique individuelle et collective.

    Bernard Dupuis, 19/12/2016

    • Pierre Raymond - Abonné 19 décembre 2016 18 h 12

      « Cela devrait faire comprendre aux Québécois que leurs intérêts économiques seraient mieux protégés s’ils se prennent en main plutôt que s’ils demeurent dans la structure canadienne qui les maintient dans l’infériorité économique individuelle et collective. » B. Dupuis

      Bien dit mais comment faire ?

      Présentement, je vous avoue ne pas voir de solution.