La religion à l’école n’est pas un remède à la radicalisation

«Je continuerai à crier haut et fort qu’il faut bannir l’enseignement religieux des écoles», écrit Andréa Richard.
Photo: iStock «Je continuerai à crier haut et fort qu’il faut bannir l’enseignement religieux des écoles», écrit Andréa Richard.

Depuis la désaffectation des religions et des églises au Québec, on n’entendait plus parler des religions, sauf pour les cérémonies de mariages et d’enterrements, et la voix des évêques se faisait rare. Mais voilà qu’en 2015-2016, presque tous les jours, aux nouvelles des médias, des faits, des opinions, des contradictions venant même des autorités gouvernementales et religieuses font la manchette !

En octobre, dans plusieurs journaux, presque quotidiennement un débat religieux apparaît. Les 24, 25 et 26 ont paru dans les journaux différents textes : le Vatican veut interdire la liberté de disposer des cendres, un groupe voit le recours à la religion comme solution pour prévenir la radicalisation et Mme Cécile Rousseau affirme que les cégeps auraient intérêt à faire une place à la spiritualité. Dans l’article « La pratique religieuse n’est pas un déclencheur [de radicalisme] » (Le Devoir, 26 octobre), Mme Rousseau confie même à la journaliste Lisa-Marie Gervais qu’elle se demande s’il n’y aurait pas lieu d’avoir des espaces de culte et des lieux de prières dans les cégeps.

Mais qu’entend-elle par spiritualité ? Plusieurs confondent souvent religion et spiritualité. La religion est dogmatique et doctrinale, la spiritualité ne vient pas des religions. La spiritualité peut être un bienfait, mais pas en référence à un Dieu, un ciel ou un enfer. Elle doit être vue comme une culture de l’esprit pour se développer et réussir sa vie de façon épanouissante, positive et constructive. J’invite Mme Rousseau à lire mon livre, L’essence de la vie.

À l’émission Médium large de Radio-Canada, le 24 octobre, Daniel Baril et moi étions interviewés par Mme Isabelle Craig, au sujet du contenu du cours Éthique et culture religieuse. Il y avait aussi deux promoteurs de ce cours qui se portaient à sa défense, dont Mme Mireille Estivalèzes. À chacune de nos interventions visant à expliquer ce qui est écrit dans les manuels scolaires, cette professeure d’université, spécialiste de l’enseignement des religions, répondait en disant : « Ce n’est pas vrai ! Parce que ce n’est pas dans le programme. »

Mme Estivalèzes, Daniel Baril et moi nous ne l’avons pas inventé. Des monstruosités sont écrites dans les manuels scolaires utilisés pour l’enseignement du cours ECR. Par exemple, dans un manuel, une fillette berbère âgée d’environ sept ans porte le voile et est parée de bijoux parce que c’est son mariage (manuel Vers le monde, CEC p. 100). Il est aussitôt ajouté qu’au Québec, des filles de 18 ans ont déjà des enfants et cela est écrit comme si cela était tout à fait normal qu’une jeune enfant se marie très tôt bien avant sa puberté. Le mariage de jeunes enfants est « banalisé », peut-on lire, comme si ce serait acceptable dans certains pays parce qu’on le fait avec la bénédiction de religions. Pas de remises en question concernant le mariage de cette fillette et pas de mises en garde face à des pratiques dégradantes et abusives pour les femmes.

À cette émission, l’animatrice m’a présentée comme une ancienne religieuse. Mon expérience personnelle a été confrontée à un des devoirs demandés à l’élève. En effet, il est demandé à l’élève de lire des extraits du Coran et de la Bible et de visiter un prêtre ou un imam (Manuel du maître CEC p. 111). Alors que je n’avais que 14 ans, en 1948, la même chose m’a été demandée. Résultat : j’ai été endoctrinée par le prêtre qui m’a même dit que le Bon Dieu m’appelait… Très fière, je l’ai écouté et cela m’a conduit, en quelque sorte, à perdre ma jeunesse ! Pour ne dire que cela… Certains voudraient aujourd’hui ce retour en arrière ?

Je continuerai à crier haut et fort qu’il faut bannir l’enseignement religieux des écoles. En lieu et place, il faut se tourner vers des cours de civisme, de philosophie pour enfants et adolescents, comme cela se fait déjà en France, et non chercher des solutions dans les religions. De grâce, ne nous engageons pas trop vite sur des chemins risqués en laissant de nouveau une place aux religions, qui sont d’un autre temps. Je le dis et je l’affirme : nous pouvons être heureux en laissant le religieux dans la sphère privée, entre adultes consentants. Et laissons les enfants s’épanouir sans le moindre risque d’endoctrinement.

À Ottawa, une prière musulmane a été récitée en grand, au parlement même ! C’est à se demander si c’est bien le gouvernement qui gère la société ou si ce sont les religions qui mènent le gouvernement ? Le projet de loi 62, présenté par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, veut dicter et affirmer la neutralité de l’État, mais en même temps, cette ministre veut s’ouvrir aux accommodements religieux. Cela est pour moi contradictoire. La neutralité, c’est être ni pour ni contre, et ce, dans le respect. Le favoritisme de la pratique religieuse, au détriment de la laïcité qui unit, c’est le contraire de la neutralité. C’est conforter et cautionner des extrémistes dans leur foi superstitieuse, comme si on y croyait soi-même !

31 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 31 octobre 2016 07 h 46

    Remerciements

    Je me permets de remercier madame Richard qui a brillamment mis en contexte les tenants et aboutissants de l'infâme cours d'ECR, qui est n'est autre chose que de l'endoctrinement sectaire.

  • Yvon Bureau - Abonné 31 octobre 2016 08 h 15

    Laïcité. Point. Rien de plus. Riens de moins.

    Gratitude à vous, madame Richard. Votre passé religieux intensément vécu enrichit la teneur de vos propos. Mon lointain passé religieux donne poids à votre discours des plus nécessaires, des plus valeurés, des plus promoteurs même.

    Laïcité, ô laïcité, que de paix sociale l'on commettra en ton nom !

    Que madame la ministre Vallée se ressaisisse au + tôt, en saisisse maintenant l'urgence d'agir en Laïcité, loin du concept mou et jelloïque Neutralité.

    Que c'est beau +++ :
    «Je le dis et je l’affirme : nous pouvons être heureux en laissant le religieux dans la sphère privée, entre adultes consentants. Et laissons les enfants s’épanouir sans le moindre risque d’endoctrinement.»

  • Eric Lessard - Abonné 31 octobre 2016 08 h 55

    Le fait religieux

    Je pense que le problème de la radicalisation islamique est plus un problème politique que religieux. Il y a tout un problème géo-politique au Moyen-Orient qui explique un phénomène qui n'est pas nouveau.

    Vous avez eu une expérience négative avec la religion, mais je vous dirais que de traiter les religions comme des monstruausités qu'il faudrait faire disparaître nous mettrais dans une posture particulière.

    La réalité, c'est que je suis d'une génération qui a gouté à l'enseignement religieux, mais celui-ci était tellement édulcoré que tout le monde s'en foutait de toutes façons. Les questions d'examen étaient très faciles dans cette matière, qui devenait un cours très relax à comparer avec les cours de sciences et mathématiques, beaucoup plus valorisés et difficiles.

    Dans notre société, la religion joue un rôle périphérique et secondaire. Par contre, il est vrai que le sujet soulève les passions.

    La laicité n'est pas une solution miracle. Regardez les tenssions actuelles aux États-Unis, l'un des seuls pays à être laic depuis sa fondation. Regardez les tenssions en France, pays le plus strictement laic depuis plus de 100 ans et qui est le plus grand réservoir de radicaux islamistes en Occident.

    Regardez par contre les pays occidentaux qui ont gardés leurs traditions, comme les pays scandinaves, les Pays-bas, le Canada qui sont des monarchies et ont été les premières à devenir des sociétés particulièrement libres et tolérantes.

    Le problème n'est pas tant la religion en tant que telle, mais plutôt une série de facteurs comme par exemple l'intolérance par rapport aux différences et l'intolérance en général.

    • Sylvain Auclair - Abonné 31 octobre 2016 11 h 49

      Et regardez la Belgique, un pays neutre mais officiellement catholique, pas laïque pour deux sous, et la principale source d'islamistes en Europe....

    • Johanne Fontaine - Abonnée 31 octobre 2016 12 h 14

      Vous auriez, Monsieur Lessard, intérêt à lire la chronique de Jean-Francois Nadeau publiée ce jour nême, sous le titre Haîti en Québec; où l'on découvre les débordements auxquels a pu conduire l'influence religieuse exercée ici même au Québec.

    • Andréa Richard - Abonné 31 octobre 2016 14 h 07

      Les États Unis est laic en -mots- mais non en pratique; c'est un des pays où existe le plus de religions et de pratiquants; et aux États-Unis c'est très mal vue de ne pas avoir de religions! Des athées sont refusés dans tel ou tel poste de travail, parce qu'ils ne sont pas -croyants-! J'appelle pas cela un pay laic.

  • Michel Lebel - Abonné 31 octobre 2016 08 h 56

    Une question de valeurs

    L'effondrement des ''vieilles'' valeurs en Occident amène bien des personnes à chercher d'autres valeurs: l'argent, la consommation, l'hédonisme, mais celles-ci ne comblent pas la recheche d'un sens à sa vie. D'où l'attrait chez certains pour la radicalisation violente.
    De fait, si vous enlevez la religion et Dieu, valeurs d'un certain absolu, il y a un grand vide à combler. Et la nature a horreur du vide. C'est la première fois que Dieu est aussi absent de nos sociétés occidentales et on voit bien que ça pose de graves problèmes. La quête de sens est toujours là, comme la mort. Chacun tente d'y répondre à sa façon.


    Michel Lebel

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 31 octobre 2016 17 h 30

      La nature n'a pas du tout horreur du vide. L'immensité incroyable de l'univers est en très grande majorité fait de vide et ce n'est pas une horreur, juste un état de fait.

      C'est la religion qui a horreur du vide...d'explications. Nos trois vieilles religions, qui datent d'ente 1,5 et 4 millénaires, ont inventé des explications farfelues pour expliquer tous les phénomènes naturels. Ça ne vaut même pas la peine d'en donner des exemples tellement ils sont risibles.

      Donc on peut dire que l'homme s'est inventé des dieux et des religions pour expliquer ce qu'il ne connaissait pas. Et ces explications religieuses sur le monde, la vie, la conscience etc, sont plus difficiles à croire que ce qu'on découvre en réalité par l'observation raisonnée ( sciences ).

      Tellement difficile à croire qu'on a inventé la notion de foi, une croyance aveugle en des textes divins aux énoncés immuables, éternels et induscutables puisque d'origine divine.

      Voilà la principale source de motivation et source d'action aux radicalisme religieux.

    • Gilles Gagné - Abonné 31 octobre 2016 20 h 46

      Nous serions loin du vide avec civisme et philosophie comme enseignement proposé par Mme Richard.

    • Hugues Savard - Inscrit 1 novembre 2016 08 h 52

      En ce sens, l'absence de Dieu aujourd'hui est beaucoup plus lourde que sa présence d'autrefois.

      Aujourd'hui c'est devant le commerce qu'on se met à genou. Et surtout, il ne faudrait pas parler de Jésus aux enfants, tout d'un coup qu'il se risquerait à chasser les vendeurs du temple...

    • Serge Morin - Inscrit 1 novembre 2016 10 h 20

      Entre amertume et nostalgie, notre bien-aimé commentateur se cherche et ne regarde pas plus loin que la fenêtre qu'il a devant lui.

    • Michel Lebel - Abonné 1 novembre 2016 15 h 42

      @ Serge Morin,

      Soyez sûr d'une chose: je ne carbure pas à la nostalgie et à l'amertume! Je suis un réaliste et un réaliste ne peut être que triste devant ce refus de Dieu, de toute idée de transcendance. Il n'y aurait que la matière et puis rien. Et je suis aussi convaincu que Dieu est encore immensément plus triste de voir bien des hommes lui refuser son amour. Mais je sais aussi qu'il est immensément miséricordieux, car il a créé l'homme libre. Libre de le croire et de l'aimer. Bonne Toussaint!


      M.L.

    • André Joyal - Abonné 1 novembre 2016 19 h 19

      Avec le PLQ Dieu est partout et JM fournier est son serviteur.

  • François Beaulé - Abonné 31 octobre 2016 09 h 41

    Un grand manque de dynamisme et de créativité

    Les religions traditionnelles, malgré leurs défauts, ont toujours été des outils de socialisation. On peut et on doit leur reprocher la soumission qu'elles ont imposée aux masses au profit des élites. Et les hiérarchies religieuses ont toujours été masculines. Elles n'ont jamais reconnu l'égalité des femmes et des hommes, comme toutes les institutions des temps anciens.

    Mais contrairement à ce qu'affirme Mme Richard, la spiritualité ne se développe pas spontanément dans chaque individu. Elle doit être enseignée et cultivée tout au long de la vie, à partir de l'âge scolaire. On peut qualifier de religieux les groupes et les institutions qui le font. La religion a donc inévitablement une dimension sociale. L'humanité est autant sociale qu'individuelle.

    Le problème est que notre monde moderne et libéral bafoue la dimension sociale pour tenter de tout ramener à l'individu. Et plutôt que de moderniser et de démocratiser la religion, la culture moderne en a dénié la valeur et l'a abandonnée. Voilà une des principales erreurs de la modernité occidentale.

    Revenir aux vieilles religions hiérarchisées et sexistes n'est pas la solution et là-dessus, je suis pleinement d'accord avec Mme Richard. Je n'aime pas, moi non plus, le cours de culture religieuse tel qu'il est enseigné actuellement. Il y a tout un travail intellectuel à faire en amont de ce cours. Il faut mieux définir la religion, non pas par les différentes particularités qui différencient les religions, mais par ce qu'elles ont de bien en commun. Les adultes doivent commencer par définir une religion moderne avant de l'enseigner aux enfants.

    • Andréa Richard - Abonné 31 octobre 2016 14 h 21

      M. Beaulé, vous avez mal interprété, je n'ai pas dit que la spiritualité se développe spontanément dans chaque individu.» J'ai écrit:«Elle doit être vue (la spiritualité) comme une culture de l’esprit pour se développer et réussir sa vie de façon épanouissante, positive et constructive» j'ai donc dit dans le même sens que vous; pour se développer...non quelque chose d'acquis et spontané. Relisez...
      Andréa Richard

    • Nadia Alexan - Abonnée 31 octobre 2016 14 h 41

      M. Beaulé semble oublié les atrocités commissent au nom de la religion tout au long de l'histoire humaine: L'Inquisition espagnole, avec sa torture et ses barbaries pires encore que ceux perpétrés par les djihadistes modernes, qui a duré 500 ans, les guerres entre les catholiques et les protestants, les croisades, la pédophilie commis par les prêtres, l'esclavage encouragé par l'église, l'asservissement des femmes, et j'en passe. La religion est une source de division et de conflit. La religion par son intolérance et par son dogmatisme n'a jamais été une source de paix et de fraternité. Il faut enseigner l'esprit critique des lumières au lieu d'enseigner les mythes de la religion.

    • François Beaulé - Abonné 1 novembre 2016 06 h 51

      Mme Richard, la culture de l'esprit, comme vous l'appelez, est un phénomène aussi social que personnel. Elle a besoin d'une communauté pour se développer. Vous utilisez aussi l'expression «réussir sa vie». Là encore, la vie humaine a une dimension sociale et non pas qu'individuelle. On développe sa spiritualité en groupe, en relation les uns avec les autres. Il faut des groupes de croissance spirituelle et morale. Je me permets de considérer ces groupes et communautés comme étant religieux.

    • François Beaulé - Abonné 1 novembre 2016 07 h 05

      Mme Alexan,
      Ce sont des religions qui sont à la base de toutes les civilisations. Sans religion nous serions tous des barbares, nous ne serions pas civilisés.

      L'esprit critique des lumières, c'est bien beau, je suis pour. Mais cet esprit individualise les gens, ce qui est bien aussi. Sauf qu'il faut aussi se rassembler et partager des valeurs communes. Voilà pourquoi il faut une ou des religions. De toute évidence, la politique ne réussit pas à unir les gens et est à la base des grands conflits et des guerres qui ont fait plus de victimes que les religions.

      L'économie et la politique, quand elles sont bien menées, contribuent à la socialisation des individus. Mais elles ont aussi leurs torts. Vous vous leurrez en refusant de les voir.

      La religion a aussi un rôle à jouer pour socialiser et unir le monde.