Émouvante, résiliente, inspirante Gaspésie

«Les pouvoirs publics doivent prendre conscience des atouts et du potentiel d’avenir de la Gaspésie», écrit l'auteur.
Photo: Jean-Paul Lejeune Getty Images «Les pouvoirs publics doivent prendre conscience des atouts et du potentiel d’avenir de la Gaspésie», écrit l'auteur.

J’arrive de la Gaspésie. Un périple en escargot, lentement, multipliant les arrêts, déambulant dans les villages, observant, questionnant, explorant l’assise et l’âme de ce pays.

La Gaspésie émeut et invite à un regard prospectif. Elle émeut par la solidité sauvage de son socle appalachien, ses paysages majestueux, ses villages paisibles au fond des baies, le mariage tumultueux de la mer et de la montagne, l’horizon bleu qui n’en finit pas de se déployer, son rocher qui défie les millénaires, le contraste marqué entre la rive océane brute et escarpée au nord et celle de la baie des Chaleurs, douce et joyeuse, au sud.

Elle invite à la prospective par la frugalité et la simplicité du mode de vie dont les gens d’ici semblent se satisfaire, la faible densité de l’habitat qui laisse toute la place aux éléments naturels, la diversité des initiatives qui foisonnent dans les petites villes et les villages sous l’impulsion d’une population résiliente et des idées innovantes des nouveaux résidants venus le plus souvent des grands centres. Et s’il y avait là les germes d’un prototype de société durable pour assurer la pérennité de notre planète.

Vous me direz que ce portrait idyllique masque une autre réalité faite d’îlots de frugalité subie et d’un « retard de développement » de la région par rapport au reste du Québec que soulignent des indicateurs tels que l’évolution démographique, le vieillissement de la population, le niveau de revenu des ménages, les taux de chômage et d’assistance sociale, le degré de scolarisation, etc. Certes, mais plusieurs de ces indicateurs se sont appréciés au cours des quinze dernières années, traduisant une amélioration des conditions de la vie quotidienne. Et des jeunes s’installent.

Tout aussi fondamental que les critères économiques il y a le degré de satisfaction personnelle qui, sans nier les indicateurs de croissance, prend en compte des variables qualitatives qui renvoient aux valeurs individuelles et collectives partagées par les membres d’une société. Il s’agit du vivre ensemble, de l’appartenance à un lieu et à une communauté, de la promotion de la culture, de la qualité de l’air et de l’eau, de la sécurité, de l’accès libre au milieu naturel, de l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale, de la sauvegarde de l’environnement, etc.

Gaspésie, région d’avenir

Les écosystèmes biophysiques et sociaux retiennent une attention inédite depuis une trentaine d’années alors que des menaces pèsent sur l’équilibre et la « durabilité » des milieux naturels, et que nos modes de vie évoluent vers toujours plus de stress, d’atteintes à la santé et d’insécurité. Des virages importants sont requis pour assurer l’avenir de la planète et de l’humanité.

Dans ce contexte, des prises de conscience individuelles et collectives surviennent, modifiant les systèmes de valeurs établis et entraînant des changements dans les attitudes et les comportements des personnes, les modes de production et les organisations économiques et sociales. Ce processus évolutif est appelé à s’amplifier avec l’aggravation des problématiques de croissance.

Parallèlement, la structure économique de plus en plus immatérielle du fait de l’apport des technologies de l’information et des communications, et de la révolution numérique qui pénètre dans tous les secteurs de la production et des services, permet une déconcentration (déspatialisation) d’un nombre croissant d’entreprises et de lieux de travail.

La conjugaison des révolutions technologique et numérique avec la dématérialisation accrue de la structure économique et la montée des valeurs environnementales et sociales contribue à accroître l’attractivité des régions, de leurs villes et territoires ruraux. Si l’on ne peut encore parler d’un renversement de tendance dans la courbe de l’exode pour plusieurs régions, les conditions sont de plus en plus réunies pour engager le ralentissement et à terme le renversement.

On fait le choix d’une région pour le cadre de vie, pour une meilleure qualité de vie. On y implante son entreprise, on y travaille localement ou à distance, on y fixe sa résidence, on y élève sa famille, on y écoule sa retraite. Pour ces raisons, la Gaspésie est une région d’avenir et doublement, car le développement durable trouve ici un territoire, des organisations sociales, des solidarités, des sensibilités à l’environnement et à la culture, une empreinte écologique faible, des ouvertures à l’innovation…, autant de préalables à ce virage incontournable. Sur le terrain, les initiatives se multiplient : agriculture biologique et transformation agroalimentaire, microbrasseries, vergers et vignobles, galeries d’art, restauration et hébergement, coopératives forestières et des pêches, etc.

Les pouvoirs publics doivent prendre conscience des atouts et du potentiel d’avenir de la Gaspésie. Des projets industriels comme celui de la cimenterie McInnis de Port-Daniel-Gascons devront se soumettre à un code environnemental des plus rigoureux pour ne pas compromettre l’identité de la région et sa vocation en gestation de figure de proue du développement durable.

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5 commentaires
  • Pierre Simard - Inscrit 24 octobre 2016 01 h 35

    Une menace plane

    Résumé : 90 000 habitants dans les villes/villages de la Baie-des-Chaleurs (Qc/N-B); Économie surtout basée sur la pêche (Homards, saumon, etc ($millions$)) et tourisme ($millions$); " marées par jour, ce qui génère un brassage des eaux de la baie; Glace durant l'hivers; Et, un sujet tenu relativement sous silence par les zélites, le projet de port pétrolier à Belledune (fournit par convois de trains (2/jour au début) traversant le Qc.)


    Comprennez bien, 1 seul dégât d'importance relative viendrait démolir pour les décénnies l'économie de la Gaspésie (exemple comparatif : Planifiez-vous aller vous faire bronzer sur les plages hydrocarburées du golfe du Mexique? En mangeant des crevettes au resto, est-ce qu'une petite voix vous demande si elles viennent de la Nouvelle-Orléan?).


    Les zélites nous fond comprendre que le carburant est la clé de l'économie. Clé? Fort possiblement pour nous embarrer dans une économie directement sortie d'un paradigme dépassé et cul-de-sac, nombriliste, et surtout avec tout les atouts pour amplifier le dérèglement mondial du climat.


    Je vous l'accorde, les hydrocarbures sont essentiels pour accomplir la transition énergétique. Par contre à nous de choisir, est-ce qu'on fait cette transition à 1,5$/litre (aujourd'hui) ou on attend que ce soit 3-4$/litre (ou +)?

    En choissant la 1ière option, vous comprennez que les histoires de pipelines et de port pétroliers représentent la régression et un TRÈS MAUVAIS INVESTISSEMENT!!!


    D'après vous, est-ce que cette baie en santé, pour vous et les prochaines générations, vaut le risque? Nos zélites corporatistes et gouverne-mentales ne semblent pas avoir de problèmes à risquer le futur de la Gaspésie et du N-Brunswick pour créer 30 jobs à Belledune... Sommes-nous tombé si bas comme société?


    Malheureusement, les médias traditionnels/corporatistes vont souvent perroquéter les communiqués des corporations.


    Gaspésie, je t'aime du fond du coeur! Mais, j'ai un peu peur pour ton f

    • Yves Côté - Abonné 24 octobre 2016 11 h 24

      Monsieur Simard, mais les zélites, elles ont raison de dire que "le carburant est la clé de l'économie".
      Ils ont tous les arguments pour le prouver, puisqu'elles regardent vers l'arrière. Comme lorsqu'on quitte ce qui nous facilite personnellement la vie et la rend confortable, plutôt que de regarder bien en face là où on s'en va.
      Oui, "le carburant est la clé de l'économie", mais pas n'importe quelle clé. Celle qu'on doit mettre dans la serrure quand on referme la porte pour aller ailleurs.
      Pour passer à autre chose.
      Pour bâtir nos vies autrement et en les appuyant sur de l'innovant.

      Merci de ce texte éclairant et éclairé, Monsieur Simard !

  • Pierre Simard - Inscrit 24 octobre 2016 01 h 54

    Gens fantastiques et divisions venues d'ailleurs

    L'énergie dégagée par la population gaspésienne est formidable. Les initiatives qui ont du "guts" sont surprenament nombreuses!

    Le hic... les mauvaises décisions aux incidences de divisions sociales (jobs VS environnement) et aux potentiels destructeur de l'environnement sont généralement imposées par des gens complétement déconnectés de ce milieu et qui attendent simplement un bon rendement à l'échelle trimestrielle sur les actions en bourses (ex: Malactic/Osisko; etc, etc, etc...).


    Pourtant, la compatibilité entre le travail et l'environnement a fait ses preuves. Est-ce que le gouvernement va un jour représenter réèllement les citoyens et prendre les décisions en conséquence?

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 24 octobre 2016 10 h 19

      Faut surtout pas s'attendre a autre chose que de la destruction de la part du gouvernement actuel que ce soit les régions,l'éducation ,des CPE a l'Université, de la langue aux eaux du fleuve St-Laurent jusqu'a Anticosti,a la protection des femmes ,de la santé des ainés.Il est bien de vendre de l'électricité mais mal de vendre son ame.

  • Gaston Bourdages - Abonné 24 octobre 2016 04 h 59

    Merci monsieur Vachon pour...

    ....ces éloges à l'égard du «pays» où je suis né.
    En silence, j'y glisse ou à l'oreille ou au coeur ou voire même à l'âme: merci pour tout.

    Gaston Bourdages, auteur.