Tout ça pour ça

Ce projet de loi est une régression par rapport au gouvernement libéral précédent, qui avait commandé le rapport Bouchard-Taylor.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Ce projet de loi est une régression par rapport au gouvernement libéral précédent, qui avait commandé le rapport Bouchard-Taylor.

Au moins, avec la charte des valeurs du gouvernement précédent, qui allait pourtant trop loin et trop vite, il y avait matière à débattre. Le projet de loi 62 du gouvernement libéral sur la neutralité religieuse, lui, fait du surplace, sent le réchauffé et nous laisse sur notre faim. On nous sert un repas pour temps de disette. Il n’y a rien là, comme on dit ! Comment débattre sur rien ? C’est moins un projet de loi qu’un semblant de loi pour un simulacre de laïcité ! Comment, en effet, croire à la neutralité religieuse quand le critère choisi pour réglementer le port d’un signe religieux n’a rien à voir avec la religion, mais avec le visage à découvert, c’est-à-dire un critère d’identification, valable pour une cagoule et un casque intégral de skieur ou de motocycliste ?

Ce projet de loi est une régression par rapport au gouvernement libéral précédent. Quand M. Charest a créé la commission Bouchard-Taylor, il a instruit les commissaires de baser leurs recommandations sur trois critères : la primauté de la langue française, l’égalité hommes-femmes et la séparation de l’État et de la religion.

Cette proposition avait été votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale. Par conséquent, il y avait — et il y a toujours — un très large consensus sur le principe de la séparation de l’État et de la religion. Je n’ose pas parler de laïcité, par crainte de provoquer une crise d’urticaire chez les multi-interculturalistes ! L’occasion était donc parfaitement appropriée pour inscrire ce principe dans la Charte québécoise des droits, puisqu’il y a unanimité parlementaire et consensus populaire ! Au lieu de quoi, nous avons droit à du bricolage et à de la vaine gesticulation.

Rappelons aux libéraux que le principe de la séparation de l’État et de la religion appartient au libéralisme politique depuis plus de deux siècles, au même titre que les libertés individuelles et l’égalité de tous devant la loi, qu’il est consubstantiel à la démocratie libérale depuis les écrits de Locke (1685) et ceux des Lumières (XVIIIe siècle). Le gouvernement libéral d’aujourd’hui n’a même pas besoin de faire montre de courage pour inscrire ce principe dans la Charte, cela va de soi, surtout pour des libéraux qui s’affichent comme tels ! Même le Canada d’expression anglaise ne trouverait rien à redire, tellement ce principe est naturellement inscrit dans les mentalités des individus et des élus !

Non, avec le projet de loi 62, les libéraux ne nous ont pas convaincus parce qu’ils ne sont pas convaincants et ils ne sont pas convaincants parce qu’ils ne sont pas convaincus eux-mêmes !

Le projet de loi 62 enfonce des portes ouvertes : ce n’est pas mauvais, c’est pire !

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

3 commentaires
  • Raynald Rouette - Abonné 22 octobre 2016 07 h 46

    La croyance relève du privé et de l'intimité!

    Au Québec, dans les années soixante, nous avons mis fin à l'intégrisme catholique, dans le cadre de notre révolution tranquille. Les soutanes, ainsi que les voiles ont été remisés dans l'harmonie de façon définitive.

    Il n'est pas question d'accepter l'implantation d'un nouvel intégrisme, musulman ou autre dans notre espace publique! S'il le faut, la question devra être réglée lors d'un référendum, ou à la prochaine élection provinciale en 2018. Le sujet est trop important pour laisser seule l'assemblée nationale décider pour nous tous.

    Il y va de la paix sociale. Par son idéologie, le gouvernement libéral se comporte de façon irresponsable en cautionnant le retour d'un intégrisme religieux.

  • Michel Lebel - Abonné 22 octobre 2016 10 h 00

    Pas d'excès légaliste!

    Si on défonce des portes ouvertes, M. Haroun, c'est peut-être parce qu'il n'y a pas un véritable problème! De facto, la séparation de l'Église et de l'État existe au Québec. Il n'y a plus de ''crise'' concocté par un zigoto d'Hérouxville et les médias. Inutile donc de tomber dans un excès de légalisme.

    M.L.

  • Nadia Alexan - Abonnée 23 octobre 2016 12 h 34

    Un gouvernement lâche qui a peur de légiférer dans l'intérêt public.

    Le gouvernement libéral fait preuve d'un dialogue de sourds. On a qu'a se promener un peu dans les rues de Montréal pour constater à quel point les Québécois, provenant de souche, et de l'immigration, sont écoeurés de l'intégrisme ostentatoire pratiqué par les femmes islamistes. Eh oui, le port du voile est politique et ça n'a rien à faire avec la religion. Cacher le problème d'intégration sous le tapis comme le fait ce gouvernement, n'augure pas bien pour le bien-vivre ensemble. On a besoin d'un gouvernement courageux qui pourra enraciner la laïcité, sans explétifs, dans notre constitution, une fois pour toutes!!