Violence sexuelle dans les universités: pour une stratégie globale

Dans la gestion de cette crise, l’Université Laval a misé sur l’augmentation des mesures de sécurité dans les résidences, ce qui était probablement nécessaire à court terme pour augmenter le sentiment de sécurité.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Dans la gestion de cette crise, l’Université Laval a misé sur l’augmentation des mesures de sécurité dans les résidences, ce qui était probablement nécessaire à court terme pour augmenter le sentiment de sécurité.

Je ne suis probablement pas le seul à avoir ressenti un certain malaise en écoutant le point de presse du recteur de l’Université Laval et de la ministre responsable de l’Enseignement supérieur. S’ils ont tenté de mettre en valeur toutes les mesures qui ont été prises récemment, l’agacement du recteur quant aux questions des journalistes et les raisons peu convaincantes qu’il a offertes pour justifier son silence des derniers jours n’aideront probablement à convaincre celles et ceux qui ont critiqué sa gestion de la crise.

Dans la gestion de cette crise, l’Université Laval a misé sur l’augmentation des mesures de sécurité dans les résidences, ce qui était probablement nécessaire à court terme pour augmenter le sentiment de sécurité des survivantes et des autres femmes. Néanmoins, il est maintenant temps pour les universités et pour le gouvernement d’adopter une stratégie plus globale pour lutter contre la violence sexuelle et la culture du viol sur les campus.

Les universités doivent s’assurer que l’ensemble de leur campus soit le plus sécuritaire possible pour les femmes qui y étudient et qui y travaillent ; aménagement physique des lieux, éclairage adéquat, etc. Cependant, il ne faut pas oublier que, dans la grande majorité des cas, la violence sexuelle est perpétrée par un homme connu de la victime, quelqu’un à qui elle fait confiance. Il s’agit souvent d’un partenaire intime, d’un ami ou d’un membre de la famille. Dans ces circonstances, les mesures de sécurité additionnelles, comme celles mises en place aux portes des résidences, s’avèrent bien peu efficaces pour prévenir la violence sexuelle.

Lors du point de presse, la ministre responsable de l’Enseignement supérieur, Hélène David, a expliqué que des ressources financières pourraient être fournies si des failles étaient détectées dans les mesures de sécurité. Elle a aussi mentionné que des fonds supplémentaires seraient consacrés à l’initiative « sans oui, c’est non », une campagne de sensibilisation intéressante déployée dans plusieurs universités à travers la province. Après les incidents survenus dans le cadre des initiations à l’Université du Québec en Outaouais et à l’Université de Montréal, il avait été question d’interdire les initiations.

Vision plus large

Toutefois, dans le contexte actuel, les universités et le gouvernement devraient avoir une vision plus large et devraient privilégier une stratégie globale de lutte contre la violence sexuelle et la culture du viol sur les campus plutôt que des mesures à la pièce, mises en place pour répondre à des situations spécifiques rapportées dans les médias. En effet, les résultats d’une étude réalisée récemment dans plusieurs universités québécoises révèlent que près de 40 % des femmes ont été victimes de violence sexuelle en milieu universitaire. De plus, les événements récents survenus à l’Université du Québec en Outaouais et à l’Université de Montréal ont témoigné de la persistance d’une culture qui banalise la violence sexuelle et minimise ses impacts.

D’abord, un examen systématique des politiques et des pratiques actuellement en place dans chacune des universités s’impose. Cet exercice devrait être réalisé en collaboration avec les survivantes, les étudiantes, les employées et les ressources communautaires, et les résultats devraient être rendus publics.

À l’instar de l’Ontario, les universités québécoises devraient adopter une politique distincte en matière de violence sexuelle, qui comprend notamment un mécanisme de plainte et un processus d’enquête, l’accès à des mesures intérimaires pour les survivantes, et des sanctions pour les agresseurs. Les universités devraient également assurer l’accès aux ressources de soutien pour les survivantes, ainsi que la formation de l’ensemble des employés de première ligne pour qu’ils soient en mesure d’intervenir adéquatement lors d’un dévoilement. Enfin, il faut miser sur l’éducation et la sensibilisation de l’ensemble de la communauté universitaire.

À qui la responsabilité ?

Depuis quelques semaines, une question est récurrente : à qui incombe cette responsabilité ? La position du gouvernement a été très claire et elle consiste à déléguer toute cette responsabilité aux universités. On veut respecter à tout prix l’autonomie des universités en ne leur imposant aucune mesure (il y a pourtant d’autres ministres dans ce gouvernement qui ont moins de scrupules à exercer leur pouvoir pour imposer leur vision…). Toutefois, malgré toutes les situations qui ont été rendues publiques au cours des dernières années et des derniers mois, les universités n’ont pas fait preuve d’un réel leadership et semblent se limiter à la gestion des crises.

Dans ce contexte, le gouvernement devrait assumer ses responsabilités et faire preuve de leadership en imposant une stratégie globale à l’ensemble des universités québécoises. La ministre a déjà soulevé la possibilité d’une politique-cadre, mais comme nous avons de bonnes raisons de nous interroger sur la volonté réelle des universités, il faudrait au moins s’assurer qu’elles seront redevables et que des sanctions seront prévues si certaines d’entre elles refusent de se conformer.

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