Pour une trêve entre inclusifs et identitaires

Le nationalisme québécois, jadis si ouvert et si riche, semble s’effriter, estiment les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nationalisme québécois, jadis si ouvert et si riche, semble s’effriter, estiment les auteurs.

Le débat sur la laïcité et l’identité a pris une place démesurée chez nous ces derniers temps et il a créé plus de division que de solidarité chez les Québécois. Seuls les partis politiques et les médias en profitent. Pendant ce temps, les libéraux règnent confortablement, le statu quo est maintenu à Ottawa et à Québec. Un climat malsain s’est installé au Québec. Des débats politiques secondaires s’éternisent. Le nationalisme québécois, jadis si ouvert et si riche, semble s’effriter. Nous nous éloignons de notre objectif commun : l’indépendance.

Plus concrètement, l’opposition entre ceux qu’on qualifie d’identitaires et d’inclusifs prend chaque jour davantage l’allure d’une guerre entre Québécois, en plus de faire régner un climat de dénonciation et d’intimidation qui empoisonne le débat démocratique. Chacun croit posséder la vertu, la raison, on s’accuse et on s’insulte.

Roméo et Jean-François, nous venons de deux générations différentes et de deux milieux différents. Nous avons eu plusieurs divergences d’opinions dans le passé.

Après une longue discussion, ensemble, nous en sommes venus à une conclusion : nous parlons trop des oppositions entre identitaires et inclusifs. Nous pourrions en parler moins. Nous pourrions surtout en parler autrement, sans nous entre-tuer. Beaucoup d’autres problèmes importants devraient nous préoccuper. Ce débat prend trop de place dans notre société et nous perdons du temps précieux. Il est plus que jamais important pour le mouvement souverainiste de faire preuve de civisme et de solidarité. Aujourd’hui, nous proposons une trêve, nous voulons mettre l’avenir du Québec avant nos différends. En toute humilité, dans nos cabanes en bois rond respectives, nous proposons aux Québécois d’imposer cette volonté aux différents médias et aux différents politiciens qui continuent d’alimenter cet incendie.

Nous reconnaissons avoir en commun les principes suivants, comme fondements de notre combat commun, et nous voulons en discuter de façon civilisée :

a) le Québec est un peuple et une société distincte, doté d’une histoire et d’une identité qui lui sont propres;

b) la langue française et la culture québécoise constituent notre principal lien commun;

c) les droits de la personne, particulièrement la liberté d’expression et de religion, l’égalité de tous en droit et l’égalité homme-femme, la neutralité religieuse de l’État sont des bases de notre vivre-ensemble;

d) l’accueil des immigrants, réfugiés et migrants est une constante de l’histoire du Québec ; cet accueil est plus que jamais nécessaire et nous devons assurer le mieux possible leur intégration au niveau de la langue, du milieu de travail, de la fonction publique, des médias, des échanges culturels et de la solidarité humaine;

e) la solidarité sociale, l’ouverture au monde et la tolérance envers les minorités font partie de l’héritage des Québécois auquel nous voulons faire honneur.

Nous invitons les chroniqueurs et influenceurs du Web à doser leurs interventions sur la question identitaire et les signes religieux. Nous invitons les différents intervenants de gauche comme de droite, inclusifs comme identitaires, à réfléchir sur l’utilité de ce débat, à modérer le ton à adopter et à éviter de lui donner une place disproportionnée dans notre société.

Cette guerre nous divise inutilement, nous fait tous du tort, nous éloigne de notre objectif commun — un Québec libre et accueillant — et nous empêche de profiter mutuellement de nos expériences et connaissances respectives pour trouver des solutions adaptées aux problèmes du Québec. Ça ferait du bien de parler d’économie, de développement durable, d’éducation, de progrès et d’indépendance pour relancer le Québec vers l’avenir.

Comme beaucoup d’autres, nous en avons assez de cette guerre dans les médias sociaux et publics, au moment où il importe plus que jamais de créer des ponts entre les générations et les régions du Québec.

Nous nous engageons à respecter, comme simples citoyens et sans prétention, une trêve et un pacte de civisme dans ce débat identitaire. Nous nous engageons à éviter dans nos écrits et nos débats, à l’égard de personnes, les accusations et les étiquettes « identitaire », « inclusif », « bizounours », « xénophobe », « islamophobe », « antisémite » ou « raciste », ainsi que les mots « amalgame », « discrimination » et « incitation à la haine et à la violence », à moins qu’il ne soit avéré par les faits et le droit qu’il s’agit de personnes et de comportements extrémistes qui dépassent clairement le niveau acceptable de civisme.

Nous nous engageons à travailler, dans un esprit de compréhension mutuelle, pour trouver des solutions acceptables aux problèmes qui préoccupent le Québec en ce moment : a) l’indépendance du Québec ; b) la refondation de notre démocratie ; c) l’avenir de la langue française et de la culture québécoise ; d) l’accueil et l’intégration des immigrants ; e) l’égalité des hommes et des femmes ; f) la discrimination des minorités ; g) la justice et la solidarité sociale ; h) la justice envers les premiers peuples ; i) la protection de l’environnement et de notre planète.

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35 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 6 octobre 2016 05 h 23

    Le Bonhomme Sept Heures et autres enfantillages...

    Quand on fait durablement peur à quelqu'un, même si c'est en faisant reposer cette peur sur un néant fait d'illusions et au mieux de demis-vérités, la réaction de la personne finit par être un repli étroit sur soi-même et la méfiance de tout ce qui de proche ou de loin, peut s'en différencier en quelque chose.
    Et avec un peuple, c'est exactement pareil.
    Surtout quand on réussi à convaincre une partie non-négigable de celui-ci que le dit-peuple est historiquement et définitivement constitué de peureux...

    Sauf que moi, il y a longtemps que le Bonhomme Sept Heures et autres enfantillages ne me font plus frissonner d'angoisse...
    Debout tous !
    Vraiment tous...

    Et comme toujours pour moi, Vive le Québec libre !

  • Jean-Marc Cormier - Abonné 6 octobre 2016 06 h 32

    Bravo

    Bravo. Je suis parfaitement d'accord avec ce texte. Il est on ne peut plus pertinent. Cessons de cultiver certaines obsessions et entrons enfin dans de vrais débats civilisés sur les sujets les plus importants.

    Merci pour ce texte éclairant.

  • Sylvain Auclair - Abonné 6 octobre 2016 07 h 32

    Laïcité et identité?

    Je me demande bien comment un peuple encore 100% catholique il y a peu pourrait revendiquer la laïcité comme aspect de son identité.

    • Ginette Cartier - Abonnée 6 octobre 2016 08 h 25

      Parce que la laïcité prend racine dans les valeurs chrétiennes d'origine qui reconnaissaient la séparation du religieux et du politique et l'égale valeur en dignité de toute personne.

    • Johanne Archambault - Abonnée 6 octobre 2016 09 h 04

      100% catholique? Pour beaucoup de gens ici, le catholicisme était un mélange de pratiques et de conceptions transmises et absorbées dans le conformisme, la passivité, l'ignorance et l'incompréhension (ce qui n'excluait pas une confiance en Dieu, qui aidait à vivre). Il n'en restait déjà plus beaucoup, de cela, au milieu des années soixante. À mesure que nous sommes devenus moins misérables, notre désir de liberté et notre "bonhomie" sont ressortis. Ils ne nous sont pas propres, les peuples épanouis les partagent, mais nous en avons une bonne dose (ce qui nous rend sympathiques à bien des "étrangers"). Ce sont des éléments essentiels de notre identité, et ils impliquent le refus de tous les obscurantismes. La laïcité en tant qu'allergie aux obscurantismes est ainsi un trait de notre identité (notre identité se dissout, sans doute, mais qu'au moins cela ne se perde pas).

    • Alexis Lupien-Meilleur - Inscrit 6 octobre 2016 09 h 12

      100% catholique? Mais dans quel Québec vivez-vous?

      Et vous semblez avoir la mauvaise définition de laïcité.

      Laïcité (selon le Larousse): Conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l'Église et de l'État et qui exclut les Églises de l'exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l'organisation de l'enseignement.

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 octobre 2016 09 h 50

      La laicité n'est pas l'exclusion de la religion, c'est au contraire l'acceptation de toutes les religions sur un même pied d'égalité et séparées du pouvoir politique.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 octobre 2016 11 h 11

      Probablement parce qu'il a enfin compris «Rend à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu».
      On ne «communie» pas à l'Assemblée nationale et on ne fait pas de paperasse à l'église.

      PL

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 octobre 2016 11 h 23

      Bizarre, puisque ce sont les pays catholiques qui ont inventé ce concept pour luttrer contre la main-mise de l'Église sur l'État... Alors, la séparation du religiieux et du politique, c'est loin d'être évident pour l'Église. Même encore aujourd'hui, l'Église catholique entend se mêler de débat de certaines lois, quand elles ne font pas leur affaire.

      Sans oublier le crucifix du Salon bleu...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 octobre 2016 12 h 02

      « Même encore aujourd'hui, l'Église catholique entend se mêler de débat de certaines lois, quand elles ne font pas leur affaire.»
      Comme dans les années 60, ce ne sont pas les religieux qui ont décidé. C'est aux laïques de tenir leur position.
      Le fameux crucifix. Quand il ne restera que cet élément, nous aurons déjà fait beaucoup. Considérons le comme une «prise de guerre».

      PL

    • Yves Petit - Inscrit 6 octobre 2016 14 h 13

      Sylvain, vous demandez pourquoi. Je crois que c'est parce que beaucoup de Canadiens (oups Québécois) pense que notre peuple est venu au monde en 1960.

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 octobre 2016 15 h 18

      Monsieur Lupin-Meilleur,
      Que dire d'une charte des valeurs québécoises qui laissait une image du Christ en croix à la place d'honneur du Salon bleu et qui laissaient les maires de province invoquer Dieu avant les séances du conseil?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 octobre 2016 16 h 38

      Si vous n'y étiez pas en 60, vous ne pouvez comprendre. Faut l'avoir vécu. Il est ressorti des lymbes suite à la crise de Maurice Richard un peu avant. Ce n'est pas une naissance, mais une prise de conscience. J'ai écris plus haut que notre peuple est né avec Étienne Brulé. Avant lui... il n'existait pas du tout. Ce serait bien d'arrêter de se narguer même légèrement, on avancerait p't'être à queque chose. Sacré réflexe de looser. Est-ce vraiment tout ce qui nous reste ?

      PL

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 octobre 2016 09 h 00

      "Ce serait bien d'arrêter de se narguer même légèrement, on avancerait p't'être à queque chose..." -Pierre Lefebvre

      On sent que vous parlez en toutes connaissance de cause..

      Dommage que les bottines ne semblent pas suivre les babines..

      Ce qui ne m'empêche pas d'espérer que ça change un jour quand même.

      - CM

  • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 6 octobre 2016 08 h 25

    Grand Merci Jean - François Hotte et Roméo Bouchard !


    WOW , quel excellent texte circonspect et comment édifiant !

  • Raynald Rouette - Abonné 6 octobre 2016 08 h 41

    «Les effets délétères de la conververgence des médias»

    Louis Cornellier dans «Lire le Québec au quotidien» TYPO essai.

    L'objectivité selon Pierre Bourgault dans le tome II de ses (Écrits Polémiques), «...l'objectivité absolue n'existe pas puisque, devant une situation, être neutre, c'est encore prendre position.» Il parlait de «subjectivité honnête» de préférence. Aujourd'hui, les médias sont contrôlés par des oligarchies. les cotes d'écoutes et l'information spectacle.

    Je profite de l'occasion pour poser la question suivante: Aujourd'hui, les lecteurs de nouvelles en boucles peuvent-ils être considérés commes de véritables journalistes?