La vérité sur le cours ECR

«L’objectif de ce cours: rendre les jeunes plus conscients et sensibles, moins individualistes, moins égoïstes, plus ouverts sur la différence et plus respectueux des humains et autres formes de vie!», écrit Alain Tremblay.
Photo: iStock «L’objectif de ce cours: rendre les jeunes plus conscients et sensibles, moins individualistes, moins égoïstes, plus ouverts sur la différence et plus respectueux des humains et autres formes de vie!», écrit Alain Tremblay.

J’entreprends, cette année, ma 33e année d’enseignement. Après avoir enseigné l’enseignement religieux et moral pendant plus de 20 ans, j’enseigne maintenant le cours ECR (éthique et culture religieuse), en 4e secondaire. Au départ, ce fut difficile pour moi de renoncer à l’enseignement religieux. Étant croyant, ayant étudié en théologie, je voulais faire partager ma foi chrétienne à mes élèves. Évidemment, c’était une autre époque. Il n’en demeure pas moins que j’ai dû m’adapter à une réalité que je n’avais pas choisie ! Par contre, tout en demeurant croyant, je ne retournerais pas en arrière.

Je suis fier et honoré de donner le cours ECR, car il incarne la réalité du monde actuel, sa diversité, sa complexité et ses exigences. Ce cours s’appuie en partie sur l’histoire, mais surtout sur le présent et ses enjeux. Voici le programme présenté à des jeunes de 15 ans.

Je commence l’année scolaire avec le thème de la tolérance (nous faisons référence au dalaï-lama et à Nelson Mandela pour en témoigner). Viens ensuite l’intolérance et ses victimes. Nous parlons donc de ces millions de gens tués parce qu’ils étaient différents, par leur origine ethnique, leur religion, leur sexe ou leur orientation sexuelle. Ces jours-ci, nous abordons le racisme et, plus spécifiquement, le nazisme, son apogée. Antisémitisme, eugénisme, xénophobie, endoctrinement, propagande, ignorance, préjugés et folie humaine sont au menu. Par la suite, nous discuterons d’homophobie. Je leur parlerai de la triste histoire de Matthew Shepard, 21 ans, torturé et assassiné au Colorado parce qu’il était gai. Terrifiant !

Viendra ensuite le module sur l’avenir de l’humanité. Sous l’angle des inégalités sociales, des sociétés productivistes et du manque de respect envers la nature et les animaux, nous regarderons les immenses défis que nous devons relever afin d’assurer demain et… après-demain ! Tout cela appuyé par la pensée d’Hubert Reeves, de Pierre Dansereau et de Michel Jurdant. Rien de moins ! Les questions existentielles, le sens de la vie, les grandes religions (leur fondement mais aussi leurs dérives et dérapes), la justice et enfin l’ambiguïté humaine (le dopage sportif et la tricherie) viendront clore l’année scolaire.

J’en profite pour inviter MM. Richard Martineau, Mathieu Bock-Côté et Jean-François Lisée à assister à un de mes cours (ou à un cours de mes excellents et rigoureux collègues). Simplement afin de constater que nous n’endoctrinons pas nos élèves, mais dénonçons, haut et fort, toutes formes d’intolérance, source de mal et de souffrance. Messieurs, l’objectif de ce cours est de rendre les jeunes plus conscients et sensibles, moins individualistes, moins égoïstes, plus ouverts sur la différence et plus respectueux des humains et autres formes de vie ! En peu de mots : participer activement, par des gestes salutaires et généreux, à la construction d’un monde meilleur ! Cela dépasse toute forme de politique et de nationalisme. Quel défi en XXIe siècle ou mensonges, désinformation et populisme règnent impérialement !

Je termine en parlant de l’essentiel : mes élèves bien-aimés ! Ils viennent du Pakistan, de la Russie, de la Roumanie, de l’Afghanistan, du Maroc, du Liban, d’Haïti, de l’Afrique centrale, du Guatemala, du Mexique, de la Corée du Sud, de la Chine… et du Lac-Saint-Jean ! Ils sont chrétiens, musulmans, bouddhistes, hindouistes ou non-croyants. Plusieurs parlent trois ou même quatre langues. Ils sont respectueux, allumés et plutôt lumineux. J’ai la chance de les connaître avant la fin de ma carrière. C’est un privilège d’enseigner à des jeunes qui ont des origines de partout dans le monde et des expériences de vie riches de sens.

Bientôt, nous accueillerons les réfugiés syriens. J’ai hâte de les rencontrer. Je serai humble et ému devant ces enfants de la guerre. Unis par notre humanité, nous partagerons tous ensemble ! Partager et non… endoctriner !

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39 commentaires
  • Jules Desrosiers - Abonné 19 septembre 2016 03 h 55

    Enfin LA vérité!!!

    1. J'ai toujours trouvé "cute" de voir des croyants enseigner la neutralité.
    2. Je crois que ce cours au primaire est différent de ce qu'il est au secondaire, et tout aussi nocif.

    • Michel Thériault - Abonné 19 septembre 2016 18 h 27

      Je seconde monsieur Desrosiers.

      Là où j'ai un énorrrrrme problème avec le texte de monsieur Tremblay c'est lorsqu'il écrit : "Étant croyant, ayant étudié en théologie, je voulais faire partager ma foi chrétienne à mes élèves."

      Mais pourquoi donc M. Tremblay, POURQUOI ???

      Il est là le problème. Pourquoi ne pas plutôt enseigner la "libre pensée" ?
      Et pourquoi pas, pour ajouter une touche d'humour, le Pastafarisme ?

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 19 septembre 2016 18 h 39

      Il faut que tous les croyants soient incapables de rationalité.
      Il le faut.
      C'est nécessaire.
      On oublie sans doute Descartes et bien d'autres, mais enfin ...
      Les non-croyants seraient-ils plus neutres? Le ton dans leur voix sera-t-il absolument sans mépris?
      Vous n'avez pas dit non plus pourquoi il est nocif.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 septembre 2016 19 h 28

      Je suis d'accord avec vous. Seulement les croyants qui sont eux-mêmes victimes de l'odieux concept de la filiation (endoctrinement des enfants) peuvent croire dans ces sornettes. Aucun culte aux amis imaginaire ne devraient être enseigné dans les écoles publiques. L'humanisme et la civilité, oh que oui, mais sans religion.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 19 septembre 2016 04 h 57

    Utopia

    Ce cours est parfaitement idéologique et envoit le message utopique que toutes les différences peuvent cohabiter en vase clos de manière harmonieuse. Or la réalité est toute autre et beaucoup plus complexe et nous le constatons dans la réalité. Mais le réel a fait place aux "grandes" idéologies utopiques. Ce cours enseigne la tolérance, l'idéologie égalitariste entre toutes les différences, les droits individuels qui prônent sur les droits collectifs. Construit-on une nation sur les différences ou sur ce qui rassemble? Peut-on bâtir une nation composée de communautés qui revendiquent toutes le droit de vivre selon leurs us, coutumes, croyances sur la place publique, même si ces derniers heurtes ou entrent en conflit avec ceux de la collectivité?

    Nos jeunes à qui l'on n'enseigne plus la religion, à qui l'on n'inculque plus de traditions et la culture québécoise, de philosophie et d'histoire, sont désarmés devant des communautés traditionnelles et religieuses à qui l'on envoie le message que le Québec, le Canada n'a pas de culture, traditions, histoire propres. Ne nous plaignons pas ensuite de voir des idéologies comme l'islamisme progresser à grands pas.

    Avant de prôner l'universalisme, l'égalitarisme, nous devons savoir d'où nous venons, qui nous sommes... Vous croyez que ces communautés fraîchement arrivées veulent s'intégrer à un peuple qui ne se connaît pas? Le multiculturalisme ne leur envoie-t-il pas le message qu'il n'y a pas de culture dominante?

    Nous nageons en plein nihilisme. L'on demande à nos jeunes de s'ouvrir sur le monde, sans mémoire collective, sans avoir reçu aucun enseignement sur notre identité propre, ce qui fait de nous un peuple... Et nous sommes les seuls (l'Occident") à croire en l'utopie de "citoyens du monde".

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 19 septembre 2016 18 h 31

      Entre la lecture de ce texte et le commentaire que vous venez de faire, j'ai bien de la difficulté à saisir le lien.
      M. Tremblay parle des débordements politiques et/ou religieux qui créent des massacres et des exclusions. C'est la voie de l'intolérance, qui peut dégénérer en violence. Quelle autre solution que d'apprendre à se parler malgré ses différences?
      Les références me semble aussi celles de nos cultures, en grande partie. Y a-t-il une réelle amnésie?
      Je n'ai pas vu que les droits collectifs sont complètement mis de côtés non plus : «Messieurs, l’objectif de ce cours est de rendre les jeunes plus conscients et sensibles, moins individualistes, moins égoïstes, plus ouverts sur la différence et plus respectueux des humains et autres formes de vie ! En peu de mots : participer activement, par des gestes salutaires et généreux, à la construction d’un monde meilleur !»
      Trop insister sur les droits individuels en vient à tomber dans l'égoïsme et le replis qu'il soit identitaire ou autre. Ce n'est pas du tout ce que je lis ici.
      Faire preuve de gestes salutaires et généreux dépasse la logique du ghetto.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 20 septembre 2016 07 h 25

      M. Garceau, le cours ECR met justement l'accent sur les droits individuels plutôt que collectifs,'our ne nommer que ce problème.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 20 septembre 2016 09 h 48

      Madame Lapierre, bien souvent je me demande ce que signifie pour vous les droits collectifs. Je tente ici une ébauche.
      D'abord, ce sont des droits, ce qui signifie que l'État ou l'autorité en place doit intervenir pour les faire respecter, comme la plupart des normes. C'est l'obligation qui fonctionne ici.
      Ce ne peut pas être des valeurs, au sens strict, comme on me l'a appris en éthique. Une valeur est un idéal qui guide les actions vers une fin. Souvent, il est difficile de l'évaluer et on tombe assez dans le "plus ou moins" : il est plus ou moins courageux, généreux et ainsi de suite. Une police des valeurs est un contre-sens à cause de cela. La justice nécessite quelque chose de clair et de net et les valeurs ne le sont pas.
      En ayant des valeurs qui invitent, suggèrent, lancent comme idée les jeunes à dépasser leur égoïsme et leur individualisme, les moyens utilisés ne sont pas ceux de l'État et de l'obligation. La morale n'est pas juste une histoire d'État, mais aussi d'invitation et d'émancipation.
      Est-ce à dire que si l'État ne fait pas preuve d'interdit, par des droits collectifs, nos valeurs collectives sont assurées de prendre le bord? Amour, amitié, partage, collaboration, entraide, écoute, modestie, empathie, générosité, etc.? Le moindrement que ces valeurs sont adoptées sans besoin de loi, nous l'auront aussi réussi, ce contre-extrémisme par l'éducation.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 20 septembre 2016 17 h 37

      M. Garceau, je ne eux malheureusement pas élaborer mes idées ici. Je crois que notre seul salut en tant que peuple sera de promouvoir le patriotisme et de mettre fin à l'ère de l'individualisme au détriment de la nation. La dénationalisation et la perte ou l'absence de souveraineté de notre pays, et de tous les pays de l'Occident doivent être les sujets de l'heure et une préoccupation de tout instant. La laïcité de l'État doit être l'un des remparts contre les dérives sectaires et communautaristes, contre l'islamisme. Les obligations et devoirs citoyens, envers la nation et la collectivité doivent être enseignés avant tout. Cela n'entravent pas les droits et libertés individuels, mais il faut remettre la nation au centre... La Mère Patrie, et cessez de se regarder le nombril alors qu'il y a feu dans la demeure. L'école, les établissements d'enseignement, le chef d'État et ses ministres doivent se faire un devoir de promouvoir le patriotisme et l'union sous une même devise, et peut-être arriverons-nous à léguer un pays libre et souverain à nos enfants qui rêvent d'un monde cohérent et harmonieux, plutôt que de vivre dans une société qui ne cesse de se diviser et de cultiver le nombrilisme.

    • Jean-Sébastien Garceau - Inscrit 21 septembre 2016 09 h 38

      Merci de ces précisions, je vois un peu plus clair.
      Je noterai simplement ceci : étant activiste et manifestant dans l'âme, j'ai beaucoup de misère à être patriotique au premier niveau.
      J'ai peur du brainwash et de l'endoctriment politique, voyez-vous.
      Quitter mon nombril pour une bonne cause, pas de problème.
      Mais seulement pour une bonne cause ...

  • Gaston Bourdages - Abonné 19 septembre 2016 06 h 32

    Monsieur Tremblay...merci !

    Un cadeau que celui de vous lire en ce monde où la vérité se fait tabasser, remplacée par le mensonge qu'elle est ! Pauvre vérité, combien maltraitée ! Un monde où la «ruée vers l'argent» Cf. Jean-Claude Leclerc, Le devoir, édition du jour» semble être la norme, la finalité. Ce monde en voie de déshumanisation si ce n'est déjà commencé.
    Un «monde» qui fait ce que l'animal ne fait pas.
    Je garde espoir car il existe des gens comme vous pour nous rappeler l'humanité qui nous habite; que nous y avons notre part de responsabilités; que nous avons besoins des autres pour être et pour devenir; que l'unicité de l'autre est d'une telle richesse et combien plus !
    Mes respects monsieur Tremblay,
    Gaston Bourdages,
    «Pousseux de crayon sur la page blanche» Pour certaines gens: écrivain.
    Saint-Mathieu-de-Rioux.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 19 septembre 2016 07 h 16

    Endocrinement biaisé

    Je ne doute pas de votre sincérité et de votre humanisme. Mais il ne faut pas ignorer que les religions sont à l'origine de conflit dans le monde. Nous devons regarder notre religion catholique qui se refuse à reconnaître l'homosexualité, l'avortement, l'égalité des femmes et que plusieurs sinon toutes les autres religions en font autant. Que vient faire un cours ERC dans nos écoles? Vous même M. Tremblay vous êtes membre de cette religion catholique qui fait des exceptions tels que mentionnées ci- haut. J'ai refusé de participer à ce regroupement et depuis, je suis libérée et je mène une vie digne et sans contrainte. Je respecte votre choix mais un choix doit être basé sur la vérité. On ne peut enseigner à des élèves une religion sans avoir un esprit critique et ce cours sera supprimé dans nos écoles dans un proche avenir.

  • François Dugal - Inscrit 19 septembre 2016 07 h 41

    Le petit catéchisme d'antan

    "Propagande, ignorance, préjugés," n'était-ce pas là l'essence même du petit catéchisme de notre enfance, monsieur Tremblay?
    "Où est Dieu? Dieu est partout" (et tiens-toi)