Campus médical: l’Outaouais a assez attendu

La collaboration en matière de formation médicale entre l’Université McGill et l’Outaouais remonte à plus de 30 ans.
Photo: iStock La collaboration en matière de formation médicale entre l’Université McGill et l’Outaouais remonte à plus de 30 ans.

L’annonce attendue du premier ministre Couillard d’aller de l’avant avec la création du campus médical satellite de l’Université McGill en Outaouais a soulevé des questionnements chez certains qui interpellent directement McGill et auxquels il nous apparaît important de répondre.

Il est vrai que, si le programme complet de formation prédoctorale à Gatineau commençait aujourd’hui, les cours magistraux donnés en matinée, les 18 premiers mois de la formation, auraient lieu par visioconférence à partir du campus de McGill à Montréal. Toutefois, sur l’ensemble de la formation, à peine 8 % du cursus sera livré en anglais. C’est peut-être plus qu’à Trois-Rivières, mais c’est beaucoup moins qu’au campus de McGill à Montréal.

Sans vouloir banaliser ce fait, nous rappellerons que les diplômés en Outaouais, comme ceux de partout ailleurs au Québec, ont avantage à pouvoir maîtriser les deux langues pour comprendre la littérature scientifique qui leur est destinée et pour desservir avec sensibilité l’ensemble de la population québécoise.

Certains se demandent pourquoi McGill est incapable de fournir un cursus à 100 % francophone en Outaouais. C’est important pour la région, ce l’est pour McGill également. Mais la réalité est que nous avons ici un enjeu d’infrastructure.

Contrairement aux autres régions qui ont une faculté satellite, la capacité d’enseignement (infrastructure et corps professoral) des cours de sciences fondamentales axés sur les connaissances médicales n’existe tout simplement pas à l’heure actuelle dans la région. Cela nécessitera des investissements publics importants, qui n’ont pas encore été déterminés.

En attendant, nous utiliserons le moyen le plus rapide pour nous permettre d’aller de l’avant sans délai : la visioconférence. Toutefois, la population peut être assurée que McGill travaillera avec ses partenaires régionaux pour pouvoir offrir, à terme, une formation médicale à 100 % en français.

McGill, fier partenaire depuis 30 ans

La collaboration en matière de formation médicale entre l’Université McGill et l’Outaouais remonte à plus de 30 ans. Le gouvernement a officialisé ce partenariat avec la création des réseaux universitaires intégrés de santé (RUIS), en découpant le Québec selon quatre territoires desservis chacun par l’une des quatre facultés de médecine. L’Outaouais ainsi que l’Abitibi-Témiscamingue, le Nord-du-Québec et une partie de la Montérégie et de Montréal constituent le territoire dont McGill est responsable. Cela fait partie de notre engagement social envers les Québécois. Avec tous nos partenaires du réseau de la santé et de l’éducation dans la région, nous travaillons tous les jours à améliorer l’accès aux soins pour les gens de l’Outaouais.

L’annonce de la semaine dernière permettra :

- de tripler la capacité d’accueil globale pour les étudiants et les résidents de toutes les spécialités et de doubler la capacité d’accueil pour les résidents en médecine de famille à Gatineau ;

- de relocaliser et d’agrandir l’UMF de Gatineau (40 résidents répartis sur les deux ans du programme) ;

- d’offrir une formation médicale complète à Gatineau (quatre années de formation médicale, 96 étudiants répartis sur les quatre ans du programme).

À terme, nous porterons donc à 160 le nombre de médecins en formation dans la région. L’expérience nous enseigne que les étudiants de l’Outaouais (qui s’expriment tous en français) ont un excellent taux de succès et plus de 80 % des résidents restent dans la région.

Infirmières praticiennes

Nous avons également profité de cette annonce pour renforcer notre partenariat avec l’Université du Québec en Outaouais en ce qui a trait à la formation des infirmières praticiennes. Le statut particulier de l’Outaouais en santé, ce n’est pas seulement de la médecine. Qui plus est, l’UQO étudie la mise sur pied de nouveaux programmes en sciences de la santé auxquels McGill et d’autres partenaires universitaires, le cas échéant, pourront collaborer.

Certains disent que le gouvernement devrait simplement confier la région à une autre université, sous prétexte que McGill est une « université anglophone ». McGill est une université internationale, la seule au Québec qui se classe parmi les 100 meilleures au monde, bien ancrée dans la réalité du Québec d’aujourd’hui. On peut bien demander de sortir McGill de l’Outaouais, mais ce sera simplement jeter aux orties 30 ans de collaboration fructueuse, sans compter le cauchemar bureaucratique que cela entraînerait pour les services de santé dans la région. La population en sortira-t-elle gagnante ?

Parfois, le mieux est l’ennemi du bien. Nous sommes à l’écoute de la population et nous sommes aussi d’avis que l’Outaouais a assez attendu pour sa faculté satellite. Il est temps de lancer ce projet.


 
5 commentaires
  • Robert Lauzon - Abonné 17 septembre 2016 07 h 19

    L'article promet: " Toutefois, la population peut être assurée que McGill travaillera avec ses partenaires régionaux pour pouvoir offrir, à terme, une formation médicale à 100 % en français."

    Serions-nous devant à un McGill français en Outaouais?

    Je me souviens de cette revendication à Montréal, des coups de matraque et des brutalités infligées à des manifestants qui cherchaient à assurer un avenir meilleur à la langue française, nourrice de la seule Nation francophone d'Amérique du Nord.

    Serons-nous devant à un autre McGill français en Outaouais?

    Les auteurs de l'article promettent de mettre à contribution les "partenaires régionaux", qui sont-ils et combien en veulent-ils et comment? Rien de précis, rien de ficeler, en fait, rien de tangible donc aucune promesse et cet article ne pourrait être que de la poudre aux yeux.

    En promettant conditionnellement et À TERME 100% des cours en français, ce qu'ils nous demandent vraiment c'est de nous contenter de ne pas pouvoir avoir cette formation en français et qu'il est aujourd'hui impossible de l'obtenir. Ils ajoutent, qu'il nous faut accepter l'inacceptable car vous aurez enfin un meilleur accès à 160 internes en médecine.

    Avons-nous la moindre trace qui pourrait nous donner l'assurance qu'une fois le programme de formation en anglais installé il y aura quelqu'un du gouvernement PLQuiste à Québec qui livrera ce que deux employés de McGill promettent. Où sont le ministre de l'éducation supérieure et où est Couillard?

    Attention au cadeau de grecs que nous offrent ces messieurs car au Québec la lutte pour conserver notre la langue, le français, est essentiellement une quête de survie. Lord Durham a élaboré un plan d'assimilation insidieux pour nous faire disparaître en nous fondant à la masse anglophone, McGill agit dans la même lignée en Outaouais.

    Restons vigilants car le Québec peut et mérite beaucoup mieux!

    • Gilles Théberge - Abonné 17 septembre 2016 16 h 49

      C'est le renard dans le poulailler... McGill est responsable de «L’Outaouais ainsi que l’Abitibi-Témiscamingue, le Nord-du-Québec et une partie de la Montérégie et de Montréal...».

      Autrement dit tout l'ouest du Québec...

      Et ça prend que Philippe Couillard pour nous conter des pipes et promettre un McGill français mur à mur en outaouais.

      Si des étudiants francophones veulent étudier en français pourquoi ne vont-ils pas dans une université francophone?

      Et que des étudiants francophones vivant en outaouais soient obligés de fréquenter une université anglophone, ça dépasse mon entendement!

      Ah, la question est trop simple, elle mérite une réponse compliquée

  • Robert Beauchamp - Abonné 17 septembre 2016 07 h 48

    À terme

    L'enseignement totalement en français à terme disent-ils. Vous avez eu trente ans pour vous préparer. Vous faites valoir les avantages du bilinguisme qui ouvre carrément la porte à préparer des candidats vers l'Ontario et les É.-U. tout en promettant un enseignement à 100% en français. Trouvez l'erreur. Le 75% d'étudiants en médecine de MCGill qui quitte le Québec à la fin du cursus n'a jamais fait l'objet de correctifs appropriés. Tout à fait méprisant. Si vous ne pouvez pas livrer la marchandise, tassez-vous! Il y a d'autres universités au Québec qui ne vivent pas que de réputation, et qui savent «opérer» et coopérer.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 septembre 2016 10 h 29

    Suggestion

    Pourquoi pas des collaborations entre universités? Entre UQ et McGill? Ou entre UQ et la bilingue université d'Ottawa? A Longueuil, à côté du métro, nous avons trois succursales, assez bizarrement la plus grosse étant celle de la relativement lointaine Université de Sherbrooke. Certains profs doivent-ils se taper 150 km à six heures du matin pour donner leurs cours? Pourquoi, UdeS, UdeM et UQAM ne partageraient-elles pas une succursale commune, ce qui donnerait un plus grand choix de cours aux étudiants sans avoir à s'inscrire dans trois institutions simltanément, les personnels de chaque université-mère se chargeant des spécialités dans lesquelles elle est particulièrement reconnue (exemples : UdeS, ingénierie, UdeM, sciences biologiques, UQAM, comptabilité).
    B. Terreault, prof retraité de l'INRS.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 septembre 2016 13 h 15

    75% des étudiants en médecine de McGill quitte le Québec

    Ce chiffre est-il véridique? Si oui, il faut aumenter drastiquement les frais de scolarité en médecine, quitte à augmenter en proportion les prêts-bourses, qu'il faudrait rembourser à 100% à moins de pratiquer au Québec (facile à attester).