L’ergothérapie dans toutes les écoles du Québec: une utopie?

Il serait pertinent que Québec explore la possibilité d’offrir des services d’ergothérapie dans toutes les écoles du Québec, selon Emmanuelle Jasmin.
Photo: iStock Il serait pertinent que Québec explore la possibilité d’offrir des services d’ergothérapie dans toutes les écoles du Québec, selon Emmanuelle Jasmin.

Juliette fréquente la maternelle : elle bouge sans arrêt, adopte une posture assise affaissée et a de la difficulté à dessiner et à découper. Louis, en 1re année, est très maladroit et a du mal à apprendre à former les lettres à la main. Charles, qui reprend sa 4e année, écrit de manière désorganisée, est distrait par les bruits environnants et a besoin d’aide de l’adulte pour commencer une tâche en classe. Pour favoriser la réussite éducative de Juliette, Louis et Charles, leurs enseignantes souhaiteraient qu’ils aient accès à de l’ergothérapie.

L’ergothérapeute aide les élèves à s’engager dans les activités à l’école, en considérant notamment leurs intérêts et leurs capacités, ainsi qu’à développer leurs habiletés fonctionnelles, par exemple écrire à la main, organiser le matériel scolaire ou réaliser seul une tâche. Au besoin, l’ergothérapeute adapte ou modifie les activités (utiliser un aide-mémoire, varier les positions en classe) ou l’environnement (rendre les lieux accessibles, réduire les sources de distraction ou de stress).

Or, malgré la hausse des élèves en difficulté dans les classes ordinaires, les services d’ergothérapie ne sont offerts que sporadiquement dans les écoles québécoises, contrairement aux États-Unis et à certaines provinces canadiennes. Ainsi, plusieurs élèves n’ont pas accès aux services d’ergothérapie, alors qu’ils en bénéficieraient pour apprendre et participer pleinement à l’école.

Bien sûr, lorsque leurs parents ont les moyens de payer ou bénéficient d’une assurance, certains élèves auront accès aux services d’ergothérapie du secteur privé. Parfois, d’autres élèves pourront en recevoir du réseau public de santé, si ces services sont offerts aux enfants d’âge scolaire et s’ils y sont admissibles.

Efficacité reconnue

Pourtant, selon la Loi sur l’instruction publique du Québec et la Convention internationale des droits de l’enfant, tous les élèves devraient avoir accès à une éducation adaptée à leurs besoins, peu importe la situation socio-économique de leur famille ou leur condition de santé. De plus, pour accroître la participation et l’intégration sociales des enfants en difficulté, il est préférable, selon les écrits scientifiques, que l’ergothérapeute intervienne directement dans leurs milieux de vie, dont l’école.

Plusieurs études ont démontré l’efficacité de l’ergothérapie en milieu scolaire. De manière générale, ce service permet aux élèves d’améliorer leurs habiletés fonctionnelles et leur rendement scolaire. Par exemple, auprès des élèves à la maternelle, les études révèlent des améliorations significatives des habiletés déterminant la réussite scolaire future, comme la motricité fine (manipulation d’objets). Aussi, l’ergothérapie à l’école apporte une meilleure compréhension des élèves en difficulté, favorisant le développement de leurs compétences et de leur confiance en soi.

Les effets des interventions sont optimisés lorsque l’ergothérapeute travaille en collaboration avec les enseignantes et les parents, facilitant l’intégration des recommandations dans la routine des enfants. À l’école, un modèle de services misant sur la collaboration est d’ailleurs recommandé, d’autant plus dans un contexte de compressions budgétaires, puisque cela permet à l’ergothérapeute de soutenir et de former les enseignantes et indirectement, d’aider plus d’élèves.

Potentiel sacrifié

Considérant cela, il serait pertinent que le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur ainsi que les commissions scolaires explorent la possibilité d’offrir des services d’ergothérapie dans toutes les écoles du Québec, afin d’améliorer la persévérance scolaire et la réussite éducative des élèves. Indubitablement, tant que le gouvernement adoptera une perspective comptable à court terme au détriment de l’éducation, cette possibilité restera une utopie.

Cependant, en ne dispensant pas maintenant les services requis aux élèves en difficulté, nous sacrifions leur potentiel, tout en alourdissant le quotidien des enseignantes et des parents. Nous pénalisons également la génération de demain qui devra payer plus cher pour ces jeunes qui peineront à trouver leur place dans la société, y compris sur le marché du travail. Une vision politique socialement responsable et fondée sur les connaissances scientifiques n’implique-t-elle pas d’investir suffisamment et dès aujourd’hui dans l’éducation de tous les enfants ? Et si chaque école du Québec pouvait offrir des services d’ergothérapie pour soutenir les enseignantes et aider les élèves en difficulté ?

Cosignataires : Geneviève Beaulieu, pédiatre ; Nathalie Ferer, enseignante à la maternelle ; Marie-Claude Lemieux, enseignante à la maternelle ; Marie-Chantal Rhéaume, parent et présidente de l’Association québécoise pour les enfants dyspraxiques ; Annie Carrier, ergothérapeute et stagiaire postdoctorale à la Chaire Politiques, Connaissances, Santé.

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