Faire un cadeau «vert» à Montréal pour son 375e anniversaire

Le parc-nature du Bois-de-l'Île-Bizard
Photo: Jean Gagnon / CC Le parc-nature du Bois-de-l'Île-Bizard

En 2013, lors de l’arrivée de Denis Coderre à la mairie, Montréal se classe au dernier rang des villes canadiennes pour les espaces verts naturels protégés, par habitant. Mais en héritant d’un immense déficit d’espaces verts, le nouveau maire et son équipe ont hérité aussi de la responsabilité de faire quelque chose. Au lieu de cela, un des premiers gestes que l’équipe Coderre a faits a été de sabrer les fonds dédiés à la protection des milieux naturels. En même temps, le maire clamait qu’il trouverait, le temps venu, l’argent nécessaire pour l’achat d’espaces verts.

Cette ambivalence envoie le message suivant : Montréal est indifférente à la disparition de ses espaces verts et ne prend pas au sérieux ses propres cibles de protection. Quelle situation déplorable alors que notre ville pourrait montrer la voie à suivre et s’enorgueillir de son patrimoine naturel exceptionnel !

En 2009, sous la précédente administration municipale, Christine Alfsen de l’UNESCO rencontra des représentants de Montréal pour évaluer la possibilité et les moyens à employer pour que la région montréalaise obtienne le statut de Réserve mondiale de la biosphère des Nations unies. Mme Alfsen était très consciente qu’avec son fleuve majestueux, ses forêts, ses milieux humides, ses bandes riveraines et ses terres agricoles, cette région recèle la plus riche biodiversité de tout le Québec ! D’ailleurs, le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique des Nations unies siège au centre-ville de Montréal.

Biodiversité menacée

La biodiversité sur le territoire montréalais est plus que jamais menacée tandis que l’étalement dévore le peu de territoires naturels ruraux et urbains qui subsistent encore. À la suite de la pression des citoyens, Montréal a, dans le Schéma d’aménagement et de développement de l’agglomération de Montréal de 2015, établi un nouvel objectif de conservation de territoires naturels de 10 % de même qu’un plan métropolitain qui soutient la création d’une ceinture verte régionale — un vaste réseau d’espaces naturels protégés sur tout le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

Malgré tout, sur l’île de Montréal, moins de 6 % du territoire est protégé : ce qui veut dire que pour atteindre l’objectif que la Ville s’est elle-même fixé, nous avons besoin de 2000 hectares de plus ! À ce jour, l’administration Coderre n’a réussi à protéger que 61 hectares… À ce rythme, l’objectif du 10 % attendu ne sera atteint que dans 100 ans !

Les prairies humides de l’Anse-à-l’Orme qui s’étendent sur 185 hectares à Pierrefonds-Ouest représentent le plus grand espace naturel non protégé de l’île de Montréal et leur importance stratégique explique l’attention médiatique accrue accordée récemment à ce dossier. Mais l’administration Coderre a donné son accord à la construction de 6000 nouvelles habitations sur ces 185 hectares en plein coeur de l’écosystème le plus sensible de Montréal. Voilà pourquoi 14 000 citoyens ont signé la pétition pour sauver l’Anse-à-l’Orme !

Plusieurs groupes environnementaux tels que le Sierra Club, Sauvons la Falaise, Sauvons l’Anse-à-l’Orme, Les amis du parc Meadowbrook et la Coalition verte ont pressé la Ville d’être fidèle aux objectifs qu’elle s’était elle-même fixés et de rejoindre les « ligues majeures » de la conservation de la biodiversité. Tous souhaitent voir la métropole rattraper les capitales reconnues internationalement, comme Londres, Berlin, Vancouver et Toronto. En 2005, l’Ontario a créé une ceinture verte qui protège maintenant environ 2 millions d’acres dans et autour de Toronto, ce qui en fait la plus grande ceinture verte au monde. Les citoyens montréalais attendent des mesures de conservation réelles de la part de nos dirigeants politiques.

 

Pour une Réserve de biosphère mondiale

Nous pouvons avoir une Réserve de biosphère mondiale des Nations unies dans la région de Montréal. Et nous pourrions créer un grand parc national pour notre métropole. L’Anse-à-l’Orme, avec les parcs nature le long du lac de Deux-Montagnes, offre un potentiel écologique et économique pour l’écotourisme, unique parmi les agglomérations urbaines ! Il y a à peine quelques années, alors que Christine Alfsen envisageait pour Montréal le statut de Réserve mondiale de la biosphère des Nations unies, elle déclarait : « La région de Montréal a tous les atouts naturels lui permettant d’obtenir cette reconnaissance internationale ! »

Une telle vision devrait inspirer le maire Denis Coderre à prendre au sérieux la protection du patrimoine naturel emblématique de Montréal. Voilà le vrai cadeau que veulent les Montréalais pour le 375e anniversaire de Montréal ! Un héritage vivant laissé par notre maire à ses concitoyens ! Un grand parc national sur l’île de Montréal qui servirait d’exemple et de stimulation aux 82 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal afin d’unir une mosaïque d’espaces protégés au sein de la Ceinture verte de la grande région de Montréal.

1 commentaire
  • Nadia Alexan - Abonnée 2 septembre 2016 05 h 44

    Il faudrait que le maire Coderre accompagne ses veux pieux par des actes concrets.