Éducation: le Québec a la mémoire courte

«On rappelle sans cesse qu’il faut des classes plus petites, des enseignements adaptés aux adultes, lesquels, selon leur âge et leur profil, ne sont pas tous semblables», plaide Michèle Stanton-Jean. Sur notre photo, une classe de l'école Pierre-Dupuy à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «On rappelle sans cesse qu’il faut des classes plus petites, des enseignements adaptés aux adultes, lesquels, selon leur âge et leur profil, ne sont pas tous semblables», plaide Michèle Stanton-Jean. Sur notre photo, une classe de l'école Pierre-Dupuy à Montréal.

À l’occasion du décès de Bertrand Schwartz, Jules Desrosiers rappelait, dans Le Devoir (26 août), quelques grandes lignes de la pensée de ce grand ami du Québec. Il rappelait que cet important acteur de la mise en place de plusieurs innovations en éducation des adultes au Québec avait dit un jour : « S’il y a une chose qui m’étonne du Québec, c’est la facilité avec laquelle vous prenez des initiatives exceptionnelles. Ce qui m’étonne encore plus, c’est la facilité avec laquelle vous pouvez y mettre fin. » Quelle vérité profonde ! Pour avoir, depuis les années 1970, suivi attentivement les évolutions et les régressions successives en éducation des adultes, je ne peux que souscrire à cette affirmation. Nous naviguons de ministre en ministre et de réforme en réforme sans vraiment évaluer correctement nos réussites et nos succès.

Chaque rentrée nous ramène des réflexions sur l’éducation qui répètent à peu près toujours les mêmes constats. Quelles réponses apportons-nous à ces réflexions ? De nouvelles réformes… alors que les conditions de réussite sont largement documentées et connues.

En éducation des adultes, nous avons été des pionniers en matière de reconnaissance des acquis, de formation des formateurs, de formation en entreprise, de mise sur pied de services d’accueil et référence, mais nous avons continuellement changé nos politiques et nos structures. De sorte qu’aujourd’hui, par exemple, qui se souvient de la Direction générale de l’éducation des adultes, qui soutenait l’innovation dans les services d’éducation des adultes, dans les commissions scolaires et les cégeps ?

Qui se souvient des trois programmes mis en place sous Pauline Marois, au ministère de la Main-d’oeuvre et de la Sécurité du revenu : retour aux études, stages en milieu de travail et travaux communautaires, qui avaient fourni des occasions intéressantes aux jeunes chômeurs et assistés sociaux ? On discute de la remise sur pied de programmes similaires sans rappeler ces anciens programmes, qui bien sûr n’étaient pas parfaits, mais dont on peut s’inspirer en examinant les succès et les failles.

On rappelle sans cesse qu’il faut des classes plus petites, des enseignements adaptés aux adultes, lesquels, selon leur âge et leur profil, ne sont pas tous semblables. C’est précisément ce que rappelait le président de la Fédération autonome de l’enseignement, Sylvain Mallette, dans Le Devoir (27 et 28 août), lorsqu’il écrivait que « le jeune de 16-17 ans et l’adulte de 35-40 ans n’ont pas les mêmes parcours ni les mêmes attentes en matière de formation. Les enseignants savent bien que ce ne sont pas les mêmes approches qui fonctionnent avec tout le monde. Or, on ne les a pas écoutés et le ministre a rendu l’application de la réforme obligatoire [pour tous] ».

Nous avons d’énormes problèmes de décrochage scolaire, qui donnent lieu à des retours en éducation des adultes de Québécois présentant des carences en littératie (concept beaucoup plus large que l’alphabétisation) et des souvenirs négatifs de leurs années passées sur les bancs de l’école. Nous avons donc besoin, pour eux, de méthodes et de rythmes d’apprentissage adaptés à leurs profils individuels.

L’autonomie des professeurs

Par-dessus tout, il faut donner aux enseignants beaucoup d’autonomie, comme ils le réclament. Les pays qui réussissent bien en éducation des adultes le font. Ils mettent l’accent sur les résultats, et non sur les processus. Comme le proposent les nouveaux objectifs du développement durable 2015-2030, adoptés par l’Organisation des Nations unies en septembre 2015, il faut mettre l’accent non seulement sur l’accès, mais aussi sur la qualité. Il faut laisser place au jugement et à la compétence de nos formateurs d’adultes. Il faut leur offrir à eux aussi une éducation permanente, des postes à temps plein, une rémunération convenable ; mais aussi les évaluer correctement, comme le font la Finlande, le Danemark et la Norvège.

Pour avoir présidé, de 1980 à 1982, la Commission d’enquête sur la formation professionnelle et socioculturelle des adultes, je dois malheureusement dire que le Rapport de cette commission, intitulé Apprendre : une action volontaire et responsable, est encore largement pertinent.

Nous avons souvent la mémoire courte au Québec, mais nous sommes aussi des créateurs et des innovateurs. Nos enseignants aussi le sont. Laissons-leur donc la marge d’autonomie qu’ils réclament, tout en nous souciant d’avoir des indicateurs de performance adéquats de nos systèmes.

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4 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 29 août 2016 03 h 21

    Merci...

    Merci Monsieur !

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 29 août 2016 17 h 09

      Monsieur ?

      Michèle, chercheuse....

  • François Dugal - Inscrit 29 août 2016 07 h 45

    Le bon sens

    Votre commentaire respire le bon sens, madame Stanton-Jean, voilà pourquoi le MELS ne vous écoute pas.

  • Yves Côté - Abonné 29 août 2016 09 h 19

    J'aurais mieux fait...

    Hum... j'aurais mieux fait de me relire avant de "péser sur le piton d'envoi" !

    Mes plus plates excuses, Madame Stanton-Jean.