Citoyen du monde: mythes et réalités

Les «citoyens du monde» ressentent une montée d’adrénaline lorsqu’ils atterrissent dans un pays inconnu pour y vivre, sans connaître personne, ni leur environnement, ni la langue.
Photo: iStock Les «citoyens du monde» ressentent une montée d’adrénaline lorsqu’ils atterrissent dans un pays inconnu pour y vivre, sans connaître personne, ni leur environnement, ni la langue.

Depuis 27 ans, j’ai parcouru le monde, vécu dans 5 pays et travaillé dans 25. En plus de la diplomatie, j’ai oeuvré au sein d’une ONG internationale. Les gens comme moi, on les appelle « citoyens du monde ». C’est un cliché. La réalité est plus complexe.

La vie de nomade génère un changement non seulement dans le mode de vie, mais dans la culture et les valeurs de ceux qui l’adoptent ; bref, une ouverture sur des réalités jusqu’alors inconnues. Ils vivent dans l’éphémère quant à leurs amitiés, leur travail et leurs loisirs. Ils connaissent constamment l’excitation de la découverte des arrivées et la tristesse des départs pour toujours.

Pour plusieurs, la sécurité d’emploi s’acquiert grâce aux réseaux de contacts, à l’agilité à la capacité de se positionner sur les sites d’emplois internationaux du cyberespace et à beaucoup de persistance. Il existe un marché du travail supranational grandissant. De retour dans leur pays après plusieurs années, ils doivent souvent faire face à la dure réalité d’un marché du travail auquel les expatriés n’appartiennent plus.

Les expatriés carburent aux expériences. Un jour, c’est la nuit passée dans une tente berbère au milieu du désert ou ce dîner arrosé de vodka à la table familiale d’un petit resto d’un village du Caucase. Inévitablement, ils ressentent une montée d’adrénaline lorsqu’ils atterrissent dans un pays inconnu pour y vivre, sans connaître personne, ni leur environnement ni la langue.

Leur vie personnelle est souvent un défi vécu avec la solitude ou les amours passagers. Plusieurs vivent en couple avec un conjoint nomade. À ce moment-là, la communication par Skype ou Facetime peut sauver leur mariage marqué de fréquentes séparations obligées. Les expatriés ont aussi le mal du pays. Ça peut prendre la forme d’une bouteille de sirop d’érable dénichée dans un marché, d’une photo d’hiver dans une revue feuilletée par hasard ou de quelques jours d’oisiveté dans leur résidence.

Pendant ce temps, la vie n’est pas suspendue dans leur pays. Leurs amis se marient, d’autres ont des enfants, un oncle meurt. Les vacances au pays prennent la forme d’une course contre la montre comme pour récupérer le temps perdu avec parents et amis. Il faut aussi acheter ce pot de beurre d’arachide ou de confiture qui leur a tant manqué. Avec les amis de toujours, les modes de vie deviennent tellement différents qu’ils hésitent à raconter leurs expériences exotiques. Elles sont souvent si incroyables que les gens concluent rapidement à l’exagération. Ils finissent par se sentir étrangers dans leur pays d’origine. Ils se sentent chez eux là où ils résident.

Peu à peu, leurs goûts s’adaptent à la diversité vécue au quotidien. La musique de leur iPad devient multiethnique, et leurs repas, un cocktail de différentes cuisines. Inévitablement, la vision de leur pays change. Ils s’y sentent un peu à l’étroit et les débats publics leur paraissent pétrifiés dans le temps. C’est une fausse perception. C’est eux qui ont changé. Pourtant, l’attachement à leurs racines demeure fort. Plus ils parcourent le monde, plus leur attachement à leur lieu d’origine s’affermit.

Ces nouveaux nomades sont travailleurs autonomes ou postés par leurs entreprises ou à l’oeuvre au sein d’une organisation internationale, étudiants, coopérants, diplomates ou retraités formant une communauté de plus de 57 millions d’expatriés dans le monde. Ils se reconnaissent d’où qu’ils soient et se trouvent spontanément des goûts communs. Ils finissent souvent par vivre ailleurs même lorsque la retraite sonne. De la globalisation est en voie d’émerger à l’échelle de la planète une nouvelle réalité formée d’individus qui ont appris à vivre autrement et dont l’identité se diversifie à la suite des expériences de leur vie nomade.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

5 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 24 août 2016 05 h 06

    Qui donc ?...

    Monsieur Latulipe, qui donc essayez-vous de faire pleurer avec votre texte ?
    Pardon, mais pour ma part, je pleure difficilement sur le sort de celles et ceux qui "vivent dans l’éphémère quant à leurs amitiés, leur travail et leurs loisirs", tel vous le proposer.
    L'avion, le courrier, le téléphone et depuis plus d'une dizaine d'années, internet existent pour ne pas couper les ponts comme avaient à le faire il n'y a pas encore très longtemps les gens qui décidaient de partir de chez eux pour longtemps, voir pour toujours.
    Je trouve votre épenchement d'aujourd'hui sur les souffrances des expatriés, surtout lorsqu'ils reçoivent un salaire, très confortable le plus souvent, et ont des conditions de vacances et de retraite qui vont de pairs, bien étonnante...
    Et pour tout dire, assez loin de la vérité.
    Selon votre définition des choses, je serais donc moi-même un "citoyen du monde". Je prends donc acte.
    Selon votre pensée et vos mots, Québécois, je suis devenu un citoyen du monde qui pour le mieux, puisque c'est le sens de votre texte, devrait avoir une "identité (qui) se diversifie".
    Toutefois, chose curieuse sans doute, je n'ai jamais été si Québécois que depuis que je vis en France !
    Bizarre direz-vous peut-être ?, mais cette distance de quotidien d'avec mon pays n'aura fait que me conforter dans mon identité.
    Surtout que Québécois, comme je l'étais totalement avant de décider de m'en éloigner, d'en partir de colère et d'amour conjugés, pour éviter de dire des choses trop dures à avaler pour certains et pour aller vivre dans un pays où parler français n'est rien qu'une chose normale pour un francophones, n'a rien dû arranger pour faire de moi plus qu'un "demi-civilisé"...
    M'enfin, passons.
    Fait que, en dépit de votre drôle de conclusion à la mode internationalisante (donc anglophile...) et tout au contraire de votre opinion, depuis ces vingt ans où je vis ailleurs, ça me fait une identité québécoise affirmée en titi !
    Salutations républicaines, Monsieur.

    • Marc-André Audet - Abonné 25 août 2016 16 h 18

      Personne ne pleure sur le sort de personne, pas nécessaire de vous choquer pour rien. Personne ne vous attaque, personne ne vous oblige à vous sentir concerné.

      Voilà cependant une réaction qui est une caricature d'un stéréotype français. Félicitation, vous semblez bien intégré. ;)

  • André Mutin - Abonné 24 août 2016 09 h 40

    Joies et misères de l’expatrié volontaire !


    On peut s'étonner à priori du commentaire d' Yves Côté.
    Il faut retourner lire le titre de l'article et le pédigrée de l'auteur pour comprendre, et alors on ne s'étonne plus !

  • Hélène Paulette - Abonnée 24 août 2016 10 h 31

    Citoyen du monde?

    En faisant abstraction des disparités pour vivre une aventure, peut-on vraiment se réclamer de cette citoyenneté?

  • Cyril Dionne - Abonné 24 août 2016 14 h 31

    Pour résumer ce long texte, citoyen du monde et de nulle part, mondialisme oblige.