Savoir planifier son immigration, l’autre tabou

Selon un des scénarios à 60 000 immigrants par an, le français comme langue la plus souvent parlée à la maison passerait de 69 % à 57 % d’ici 2056 dans la région de Montréal, soit une baisse phénoménale de 12 %.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon un des scénarios à 60 000 immigrants par an, le français comme langue la plus souvent parlée à la maison passerait de 69 % à 57 % d’ici 2056 dans la région de Montréal, soit une baisse phénoménale de 12 %.

Les 17, 18 et 23 août à l’Assemblée nationale se tiendront les consultations sur la planification de l’immigration pour la période 2017-2019. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion fournit plusieurs documents de référence tout à fait exceptionnels aux participants qui veulent y présenter un mémoire. Ces documents répondent à 99,5 % des questions que les Québécois peuvent avoir sur l’immigration. Cependant, il manque deux informations essentielles au Mouvement Québec français (MQF) pour donner son avis sur les seuils proposés de 51 000 individus pour 2017 et 2018 et de 52 500 pour 2019. Afin de prendre position sur la proposition du gouvernement, le MQF aurait aimé que la ministre Kathleen Weil et son ministère rendent disponibles dans ses documents de consultation deux choses incontournables, soit le coût unitaire de francisation d’un immigrant et des prévisions démographiques sur 50 ans qui traitent de la langue maternelle, de la langue parlée à la maison, de la langue de travail et de la langue parlée dans l’espace public.

Prévisions démographiques

Est-il préférable pour le français d’accueillir annuellement 80 000 immigrants où la moitié des ressortissants sont francophones et où l’autre moitié est composée de francotropes (immigrants qui proviennent des pays jadis colonisés par la France comme l’Algérie ou de pays de langues latines) ou doit-on choisir d’avoir seulement 19 000 immigrants comme en 1987 où la simple connaissance du français ne franchissant pas la barre des 35 % ? Pourquoi la ministre Weil propose-t-elle le chiffre de 51 000 au lieu de 60 000, chiffre évoqué par notre premier ministre, Philippe Couillard ? Sur quelle base scientifique Jean-François Lisée du PQ se fie-t-il pour proposer de réduire le nombre d’immigrants en accusant le gouvernement d’idéologisme en matière de seuil d’immigration ?

Si tous les gouvernements depuis que le Québec est allé chercher certains pouvoirs en immigration en 1991 avaient établi les seuils d’immigration en se basant sur des prévisions démographiques sur 50 ans en fonction du nombre — mais surtout de la composition linguistique de chaque cohorte que nous recevons annuellement —, l’immigration ne contribuerait pas à l’anglicisation en cours, mais au fait français, comme le désirait Robert Bourassa lorsqu’il est allé chercher des pouvoirs en immigration.

À la lumière des documents de consultation remis par le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion et par l’argumentaire qui sous-tend le choix du chiffre de 51 000 du gouvernement, ce n’est pas cette année que nous pourrons faire un choix éclairé sur le seuil optimal. Pourtant, en 2011, l’Office québécois de la langue française, par l’intermédiaire des études du réputé démographe Marc Termote, démontrait l’effet sur le français d’ici 2056 en fonction de divers scénarios d’immigration. Selon un des scénarios à 60 000 immigrants par an, le français comme langue la plus souvent parlée à la maison passerait de 69 % à 57 % d’ici 2056 dans la région de Montréal, soit une baisse phénoménale de 12 %. Devant une telle baisse annoncée et des données disponibles, où sont les trois partis d’opposition pour demander que plusieurs scénarios démographiques sur la langue soient offerts à la population par le gouvernement pour ces consultations ?

Coût unitaire de francisation

Une étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine de janvier 2016 démontre que le Québec rate la cible en matière de francisation de l’immigration. Pourtant, en 2014, c’est plus de 300 millions de dollars que le Québec a reçus du gouvernement fédéral pour l’accueil, l’intégration et la francisation de l’immigration. Avec une telle somme, quelle pourrait être une des raisons qui expliqueraient nos insuccès ? Nos élus qui font chaque année l’étude des crédits du gouvernement sont-ils capables d’établir le coût unitaire de francisation d’un immigrant ? Sont-ils en mesure d’affirmer que le gouvernement erre ou non dans les montants qu’il octroie annuellement en francisation ? Qui de la Coalition avenir Québec, de Québec solidaire ou du Parti québécois peut nous dire si la francisation d’un immigrant est de 5000 $, 10 000 $ ou 15 000 $ ? Si 20 000 immigrants foulent annuellement le territoire en déclarant ne pas connaître le français, quelle somme doit être déboursée par le gouvernement québécois pour que la francisation soit optimale et réussie ?

Puisque, depuis 25 ans, nos élus choisissent les volumes d’immigration sans se baser sur des prévisions démographiques, et puisqu’ils n’ont aucune idée de ce que l’État doit débourser pour franciser un immigrant, il n’est pas surprenant que l’immigration contribue à l’anglicisation du Québec plutôt qu’au fait français. Le problème, ce n’est pas les immigrants, mais nos élus qui ne savent pas — ou plutôt qui n’osent pas savoir — planifier !

3 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 18 août 2016 07 h 01

    Un référendum SVP

    Ce n'est pas des consultations sur la planification de l’immigration pour la période 2017-2019 que nous avons besoin, mais bien un référendum. C'est aux gens qui accueillent les nouveaux arrivants dans leur maison à décider qui et combien ils en veulent.

    Et Jean-François Lisée parle du gros bon sens en proposant de réduire le nombre d’immigrants et en accusant le gouvernement d’idéologie en matière de seuil d’immigration. C'est la capacité d'intégration qui est importante. Présentement, elle déborde de tous les côtés. Après, pour nous autoflageller, on propose des enquêtes sur le supposé racisme systémique parce que les emplois ne sont pas au rendez-vous pour les nouveau arrivants. Et oui, pour les libéraux, c'est de l'idéologie puisque les immigrants représentent des votes faciles pour se faire élire afin de mieux continuer à voler le trésor public.

  • Jana Havrankova - Abonnée 18 août 2016 11 h 52

    Langue parlée à la maison : un problème ou un épouvantail?

    « Selon un des scénarios à 60 000 immigrants par an, le français comme langue la plus souvent parlée à la maison passerait de 69 % à 57 % d’ici 2056 dans la région de Montréal, soit une baisse phénoménale de 12 %.»

    À moins d'accepter seulement les immigrants dont la langue maternelle est le français, il faut se résoudre à ce que les gens parlent une autre langue à la maison. Si l'immigrant étudie ou travaille en français et utilise le français à l'extérieur de la maison, en quoi le fait de parler une autre langue à la maison menace-t-il la langue française au Québec?

    Il serait beaucoup plus pertinent de savoir quelle est la langue utilisée par les nouveaux arrivants à l'extérieur de la maison après, par exemple, cinq ans de séjour au Québec.

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 18 août 2016 18 h 16

    Un mantra à déboulonner

    Il y a quelques années campagne de publicité du gouvernement libéral québécois sur l’immigration, centrée sur le slogan “L’avenir du Québec ne peut s’écrire sans l’immigration”, était carrément insultante pour la majorité des Québécois. Pourquoi ne serions-nous pas capable comme peuple de survivre et de nous développer par nous-même? Pourquoi devrions-nous nécessairement compter sur les autres? Pourquoi n’aurions-nous pas d’avenir en nous-mêmes?

    Ce qui fait la richesse d'un pays, c'est le produit intérieur brut PIB par habitant, pas le nombre de personnes dans ce pays. Il n'y a aucune corrélation entre le niveau de vie et l'ampleur de la population. On n'a qu'à penser aux pays scandinaves riches et et de faible population, et aux pays africains pauvres et avec beaucoup de population.


    Il y a actuellement au Québec un mantra à l'effet que le Québec a absolument besoin de plus d'immigrants. Aucunement prouvé. Si au moins nous réussissions à intégrer tous ou presque tous les immigrants au Québec francophone, ce pourrait à la limite être acceptable d'accueillir plus d'immigrants, mais plus de la moitié de ceux-ci ne s'intègrent pas à la majorité francophone, alors on se tire dans le pied en augmentant inconsidérément le nombre d'immigrants.

    L’avenir du Québec ne peut s’écrire que par une meilleure instruction donnée à nos enfants, et par des efforts soutenus en recherche et développement. Nous serons alors plus productifs. L’augmentation de notre productivité est la vraie la clef de notre survie comme peuple francophone et la la clef de la santé économique et sociale du Québec.

    P.S. M. Jacques Noël a déjà mentionné que: "Le Québec compte 370,000 chômeurs (dont 70,000 immigrants) et 266,000 assistés sociaux aptes au travail (dont 66,000 immigrants)". De quoi faire réfléchir.