Course au PQ: une invitation à retrouver son âme

En janvier 2014, Mme Marois, accompagnée de l’homme d’affaires Laurent Beaudoin (Bombardier), proclame la mise en chantier d’une cimenterie, en Gaspésie, au coût total de 1 milliard.
Photo: Antoine Robitaille En janvier 2014, Mme Marois, accompagnée de l’homme d’affaires Laurent Beaudoin (Bombardier), proclame la mise en chantier d’une cimenterie, en Gaspésie, au coût total de 1 milliard.

La course à la chefferie du Parti québécois pourrait être l’occasion d’un circonspect examen de conscience quant à la direction à prendre pour le prochain cycle à venir. Avec le recul, on constate que le Parti québécois a participé à la mise en oeuvre (ou à la consolidation) de bon nombre des projets publics les plus périlleux des dernières années : Port-Daniel, Anticosti, amphithéâtre de Québec…

Et cela, même si le gouvernement Marois n’a été en poste que durant 18 mois.

Alors qu’on assiste à la droitisation économique du Parti libéral, de Jean Charest à Philippe Couillard, le rôle péquiste ne devrait-il pas s’avérer celui de garde-fou vis-à-vis des politiques d’austérité qui menacent toujours plus la survie du « modèle québécois » ?

À l’arrivée de Lucien Bouchard aux commandes du parti, il y a 20 ans, la priorité devint plutôt le dégraissage de la fonction publique comme instrument de l’atteinte du « déficit zéro ».

Financement sectoriel

À la commission Charbonneau, des faits probants ont été avancés indiquant que ces partis aspirant au pouvoir ont tous deux reçu des millions de dollars en dons illégaux, entre 1998 et 2010. À ce sujet, une association d’ingénieurs a estimé à 13,5 millions le montant total versé frauduleusement aux partis politiques provinciaux par les dix plus grandes firmes d’ingénierie du Québec. Soixante pour cent serait allé au Parti libéral, 36 % au PQ et 4 % à l’ADQ.

En moyenne, le Parti libéral profita donc davantage du financement « sectoriel », mais le Parti québécois bénéficia tout de même grandement des largesses des entreprises privées, malgré son passage dans l’opposition. En voici deux exemples : SNC-Lavalin a reconnu avoir donné 477 000 $ au PQ, puis 570 000 $ au PLQ via son système illégal de prête-noms (« Des cadres de SNC-Lavalin ont donné 1 million aux partis provinciaux », Le Devoir). Toujours entre 1998 et 2010, Dessau aurait remis 400 000 $ au Parti québécois, contre 600 000 $ au Parti libéral (« Le PLQ demandait 100 000 $ par année à la firme Dessau », La Presse).

Et là encore, nous ne parlons que des grandes firmes d’ingénierie, on pourrait y ajouter le financement sectoriel provenant des cabinets d’avocats, des firmes comptables, d’autres entrepreneurs et fournisseurs, et ainsi de suite. On prête alors flanc à l’influence indue d’intérêts privés au détriment du bien commun.

Dilapidation de fonds publics

Quand il s’agit d’appuyer d’importants contrats publics, la formation de Pauline Marois s’est impliquée dans plusieurs dossiers controversés, alors qu’elle aurait pu se positionner autrement, en campant un rôle de défenseure du bien commun :

Amphithéâtre de Québec. En février 2011, Jean Charest et Régis Labeaume s’entendent sur un plan financier pour construire le futur Centre Vidéotron avec 400 millions en deniers publics. Deux partenaires contesteront la légalité du contrat.

Au lieu de monter aux barricades pour dénoncer ce projet risqué favorisant essentiellement Québecor, l’entourage de Mme Marois — qui était dans l’opposition — a plutôt poussé à la roue en déposant le projet de loi 204, parrainé par Agnès Maltais. On a ainsi fait adopter cette loi litigieuse qui interdit la remise en cause du contrat signé par les libéraux. Indignés, quatre députés péquistes quittèrent le navire : Pierre Curzi, Lisette Lapointe, Louise Beaudoin et Jean-Martin Aussant.

Port-Daniel. En janvier 2014, Mme Marois, accompagnée de l’homme d’affaires Laurent Beaudoin (Bombardier), proclame la mise en chantier d’une cimenterie, en Gaspésie, au coût total de 1 milliard.

Cette initiative péquiste, dont on dit qu’elle représente « le projet industriel le plus polluant de l’histoire du Québec », fait face à d’importants dépassements de coûts. On parle aujourd’hui d’un projet de 1,55 milliard (la part publique s’élève à plus de 450 millions), pour générer environ 250 emplois directs…

Anticosti. En février 2014, le gouvernement Marois annonce un investissement de 115 millions de fonds publics sur l’île d’Anticosti. Déjà, à cette époque, l’ingénieur-géologue Marc Durand multipliait les mises en garde quant à la non-rentabilité évidente du projet pétrolier, en plus des dommages environnementaux à prévoir.

Bref, comment le parti de René Lévesque — père de la Loi sur le financement des partis politiques — a-t-il pu en venir à s’éloigner, en quelque sorte, de ses racines sociales-démocrates profondes qui l’animaient ? Et ce « moment PKP », ne fut-il qu’une autre ère d’errance vers la droite ?

La course actuelle à la chefferie promet un vent de changement.

Hormis une posture distincte sur la « question nationale », le Parti québécois doit proposer une solution de remplacement crédible au modèle néolibéral axé sur le dégraissage de l’État. À quand un programme ambitieux pour regagner le coeur d’une nouvelle génération de souverainistes ?

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16 commentaires
  • Jean-Paul Carrier - Abonné 5 août 2016 05 h 59

    Référendum

    À quand un programme ambitieux pour regagner le coeur d’une nouvelle génération de souverainistes ? (Xavier Camus)
    Super de bonne question et mise en perspective.

    Cela n'arrivera jamais.

    Il n'y a pas de vent de changement, tous sont trop occupés à définir la date du prochain référendum au lieu de définir le Québec de demain, le pays en devenir.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 5 août 2016 10 h 18

      Le grand programme de la transition énergétique et de l'électrification des transports collectifs et individuels produira d'ici 2030 des centaines de milliers d'emplois de qualité. Ces expertises seront durables et exportables.
      Ainsi Martine Ouellet a préparer ce scenario peu couvert par les média selon leur habitude.
      http://martineouellet.quebec/wp-content/uploads/20
      Je suis persuadé que ce programme est aussi prometteur que les grands projets comme la Manic et les lignes THT à 735 Kv que la Baie James et les suites.
      Que tôt ou tard des monorails électriques suspendus voyageront rapidement et proprement entre les grandes régions du Québec comme des TGV vpyagent maintenant partout en Europe et en Asie rapidement et proprement .

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 5 août 2016 11 h 46

      Ce n'est pas le PQ qui est le plus préoccupé par la date du référendum, au contraire ce sont toujours les journalistes et le parti libéral qui s'en chargent.
      D'ailleurs c'est avec ça que Charest et Couillard ont gagné leurs élections ces dernières années.
      On dirait que vous ne suivez pas l'actualité.

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 août 2016 11 h 41

      À l'époque des soeurs à l'école primaire on forçait les élèves à prononcer QUE au lieu de Q quand on faisait épelait les mots pour ne pas dire des mots cochons..

      J'aurais peut-être donc du écrire..

      Si tu attends du miel du QUE d’un lynx, qu’Allah te délivre du goût du miel..

      Désolé..

    • J-Paul Thivierge - Abonné 6 août 2016 14 h 53

      Malheureusement les médias autant visuels, parlés et écrits qui font la couvertures des événements politiques souvent pendant des heures ne recherchent que les esbroufes spectaculaires. Ils diffusent à peine 1 % des événements et font les choix éditoriaux de ne diffuser que ce qui intéressent les journalistes empliqués.
      Ainsi présentement le PQ prépare le programme pour le congrès national de 2017 . des projets circulent :
      l'avenir du pays du Québec passe par la transition énergétique ;
      l'eau et l'énergie propre et renouvelable
      la réduction et la disparition de l'énergie fossile

    • Jean-Paul Carrier - Abonné 7 août 2016 02 h 52

      Mon. Thivierge:
      Passer du rêve à la réalité.

      Un exercice louable, mais qui manque de substance. Beaucoup d'énoncés sans fondement. Elle créera 353,208 emplois (c'est assez précis) en électrifiant les camions légers, 1 million de voitures et 11,000 autobus, transport collectif, etc. Comment? Certaines suggestions sont avancées, d'autres sont demeurés en plan, théoriques et sans fondement. Beaucoup d'énoncés dénués d'objectivités et inapplicables.

      IL est intéressant de constater que Martine Ouellet a comme objectif de diminuer de 27 millions de tonnes de GES d'ici 2030 et ce par rapport à 1990. “Un objectif ambitieux et atteignable” (Martine Ouellet). Selon ses propres chiffres, nous avons déjà réduit 14 millions de tonnes depuis 1990 soit 50% de l'objectif. Donc 15 milliards pour réduire 13 millions de tonnes et non pas 27; soit $43,583 d'investissement par emploi créé.

      Par habitant, elle mentionne que nous avons beaucoup à faire comparer au pays scandinave tel le Danemark, et la Suède. Il est toujours intéressant de se comparer au pays scandinave, cependant dans le même tableau il y a la Chine qui figure mieux que le Québec par habitant et pourtant un des pires pollueurs de la planète. IL faut faire attention aux statistiques. Il eût été préférable d'utiliser le tableau en Annex 4 beaucoup plus révélateur.

      Le Canada a renié sa signature du Protocole de Kyoto en 2011 (Martine Ouellet), oui, mais le Canada vient de signer l'accord de Paris. De plus le Québec semble avoir très bien tiré son épingle du jeu; alors que le Canada tout entier a réduit ses GES de 9% entre 1990 et 2012, le Québec a réussi à réduire de 21%. Donc?

      Il va falloir manger plus de poulet et moins de bœuf aussi pour réduire 1 million de tonnes. Peut-être tous vegan?

      Je ne suis pas contre l'idée, mais il faudrait être un peu moins philosophique et plus pragmatique.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 7 août 2016 18 h 26

      @ J-P Carrier... Pour le destin d'un peuple ou toute autre vision d'avenir positif, il est parfois pertinent d'oser être audacieux et optimiste.
      Si on attendait toujours d'être assuré de la réussite à 100 % et qu'on restait à rien tenter on pourrait aussi regretter plus tard de n'avoir rien essayer.
      Quand dans les année 65 on amis en service Manic-Outardes et le premier réseau de transport THT à 735 KV quand partout les limites étaient 400 Kv et 525 KV si on avait pas osé suivre les idées de J-J Archambault possiblement que les sources d'énergies propres ne seraient pas à 1000 Km d'ici et que notre électricité serait moins en surplus, plus couteuse et nos profits moins élevées pour contribuer à payer les frais de santé et d'éducation.
      Pour la transition énergétique et l'électrification des transport j'estime qu'on doit être audacieux et penser que dans une décennie on sera avantagé d'avoir fait confiance. Je préfère que les citoyens encouragent ce audace que de faire le constat actuel du PLQ qui démantèle dangereusement des éléments de notre régime de santé et d'éducation.
      Ontario Power Gen doit rénover ces 2 centrales nucléraires des dizaines de G$ d'investissements , des milliers d'emplois pendant qu'ici H-Q pourra vendre pour plus de 1 G $ par année pendant 15 ans aux Ontariens du nord de Sudbury pour développer le gisement de chromite du "ring of fire".

  • Pierre Desautels - Abonné 5 août 2016 06 h 51

    Il est moins cinq.


    Le PQ est en danger. Un coup de barre vers le centre gauche s'impose. L'analyse de Monsieur Camus est implacable et il aurait pu ajouter le dossier de la Charte des valeurs et des risques de la "wedge politics". Un changement de culture s'impose aussi au PQ dans les dossiers du financement du parti et de l'influence des puissants lobbys...

  • Jacques Lamarche - Inscrit 5 août 2016 07 h 55

    Depuis Lucien Bouchard, un coup de barre ìdéologique ... .

    A voulu laisser croire que le PQ pouvait faire mieux que le PLQ en matière de gouvernance financière et de performance économique et laisser espérer que le bon peuple lui en serait gré! Il s'est leurré. La machine politico-médiatiqe libérale, à chaque coup fourré, fut sans pitié!

    Dans ce tournant, une partie de son idéologie dérapa, laquelle aujourd'hui lui cause un tort inoui! QS solidaire en est issu et devenu un redoutable ennemi! Retrouver son âme doit conduire à la paix entre vieux frères d'armes! Elle ne sera pas aisée à signer, les solidaires ont quitté le socle sur lequel le parti fut fondé.

  • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 5 août 2016 08 h 46

    Politiquement...

    Comme le signalait déjà quelqu'un, politiquement le peuple Québécois inconscient de la précarité de son avenir, ne fait que déplacer des chaises sur le Titanic...Hélas!

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 5 août 2016 15 h 45

      Hélas...comme c'est donc vrai!
      Mais un réveil n'est pas impossible...l'espoir!

  • Christian Montmarquette - Abonné 5 août 2016 09 h 44

    PQ - PLQ : Même combat!


    Merci à Xavier Camus de nous rappeler avec autant de précision, de faits et de méthode que PQ ou PLQ, c'est le même combat et depuis fort longtemps d'ailleurs.

    Car ici même sur ces pages on me reproche régulièrement de critiquer le Parti québécois et de mettre en relief la quantité impressionnante de similitudes entre ces deux formations néolibérales, alors qu'il me semble que Xavier Camus en fait ici l'incontestable démonstration.

    Évidemment, il s'en trouvera toujours pour tenter de nous faire croire que le Parti québécois est «moins pire» que le Parti libéral.

    Mais aux gens de bonne foi je demanderai.. Ne pourrait-on pas pour une fois voter pour autre chose que du «moins pire» en accordant notre confiance à un parti comme Québec Solidaire qui n'a jamais trempé dans la magouille et dont le nom n'a même seulement jamais été mentionné à la Commission Charbonneau?

    À savoir si le Parti québécois serait en mesure de retrouver son âme.. Permettez-moi d'en douter, car son virage à droite s'est effectué depuis au-delà de 22 ans et il a encore raté la chance de se reprendre avec Pauline Marois entre 2012 à 2014.

    S'il est normal de laisser une chance au joueur. Il devient carrément naïf de s'entêter à remettre sans cesse les mêmes magouilleurs au pouvoir.

    Ici comme aillleurs.. PQ ou PLQ : Même combat!

    Christian Montmarquette