À la défense des Roms: que Trudeau corrige l’erreur de Harper

«Katalin et Gilda se battent donc pour que leur dossier soit enfin étudié, mais aussi pour que l’Histoire ne perpétue pas les erreurs tragiques du passé», écrit Houda Asal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Katalin et Gilda se battent donc pour que leur dossier soit enfin étudié, mais aussi pour que l’Histoire ne perpétue pas les erreurs tragiques du passé», écrit Houda Asal.

Katalin et Gilda Lakatos sont des femmes roms de Hongrie qui se battent depuis cinq ans pour obtenir un statut de réfugié au Canada. Après une importante médiatisation, et soutenues par plusieurs organisations et personnes émues et choquées par leur histoire, les deux femmes ont obtenu un sursis à leur expulsion, et attendent encore la réponse à leur demande de résidence permanente sur des bases humanitaires.

En leur attribuant un permis de séjour temporaire il y a deux mois, le ministère a reconnu que la famille bénéficiait de « circonstances exceptionnelles », et pourtant, elles viennent de recevoir un nouvel avis d’expulsion, pour le 11 août 2016. La campagne publique pour leur régularisation se poursuit, à la veille de la commémoration du génocide des Roms commis pendant durant la Deuxième Guerre mondiale.

Commémoration à Montréal

Depuis plusieurs années, le Parlement européen dénonce les discriminations et les crimes haineux qui se poursuivent à l’encontre des Roms, et tente de faire reconnaître une journée de commémoration de leur génocide, survenu il y a 70 ans.

Dans le sillage des efforts de nombreuses organisations de défense des droits, qui ne cessent d’alerter le monde sur le sort des Roms, un événement aura lieu le 2 août au musée de l’Holocauste de Montréal, organisé par Romanipe, un organisme qui se bat pour que cette date devienne officiellement la « Journée de commémoration du génocide des Roms », alors que ce crime contre l’humanité demeure souvent méconnu. Bien que 25 % à 50 % des Roms européens aient été tués durant cette période, ils n’ont jamais obtenu réparation, la reconnaissance est lente et ils demeurent parmi les populations les plus persécutées d’Europe, aujourd’hui encore.

Parallèlement à la grande histoire, à Montréal même, parmi nous, vivent des Roms d’Europe qui ont fui des situations tragiques, à l’instar de la famille Lakatos, qui se bat depuis cinq ans pour obtenir l’asile au Canada.

Cette famille rom a fui la Hongrie après que le fils aîné s’est suicidé à la suite du harcèlement de policiers racistes, et que le fils cadet a failli mourir à cause d’une négligence médicale, également à caractère raciste. C’en fut trop pour Katalin, cette femme-courage dans les yeux de laquelle on lit une profonde tristesse, qui a décidé de sauver le reste de sa famille en demandant l’asile au Canada en 2011, où elle a pu scolariser ses deux enfants.

Pays démocratique sûr ?

À cette époque, les dossiers de réfugiés roms au Canada étaient presque systématiquement refusés, l’ancien ministre de l’Immigration Jason Kenney pointant les Roms d’Europe comme exemple de « faux réfugiés », et considérant notamment la Hongrie comme un « pays démocratique et sûr ».

C’est dans ce contexte que la demande de la famille Lakatos est rejetée. Depuis, elle attend la réponse à son dossier de résidence permanente sur des bases humanitaires, tout en ayant reçu un avis d’expulsion pour le 11 août, révélant une fois de plus l’absurdité des rouages administratifs en matière d’immigration.

Des rapports récents ont pourtant montré que la Hongrie était l’un des pays où la situation des Roms était la plus préoccupante, où des groupes néonazis prolifèrent, et où les crimes haineux, le harcèlement et les discriminations sont monnaie courante. Si la famille Lakatos est déportée, elle souffrira d’une double discrimination, en tant que Roms bien sûr, mais aussi parce que ceux qui ont tenté de s’enfuir et qui ont été déboutés sont particulièrement ciblés, pour avoir eu l’audace de dévoiler au monde le racisme de la Hongrie à leur encontre.

La famille est aujourd’hui déchirée, puisque le père et le fils cadet ont déjà été déportés vers la Hongrie en mars dernier, où ils vivent dans des conditions proches de la misère. Si Gilda, qui a aujourd’hui 17 ans, est à son tour renvoyée en Hongrie, il y a très peu de chances pour qu’elle puisse finir son secondaire et ses années au Québec ne seront pas reconnues. Elle aura « perdu cinq ans de sa vie », comme elle le dit elle-même.

Katalin et Gilda se battent donc pour que leur dossier soit enfin étudié, pour que le nouveau gouvernement démontre qu’il ne reproduira pas les discriminations du précédent, mais aussi pour que l’Histoire ne perpétue pas les erreurs tragiques du passé. Doit-on rappeler que le Canada a honteusement refusé d’accueillir les réfugiés d’Europe durant la Deuxième Guerre mondiale, et qu’un agent d’immigration avait même déclaré, en réponse à la possibilité d’admettre des Juifs d’Europe, « None is too many » ?

Et si nous apprenions enfin les leçons de l’Histoire, et refusions, tous ensemble, de renvoyer des personnes à leur sort dans des pays où elles sont en danger ? Et si nous disions plutôt qu’une déportation de plus est une déportation de trop ?

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4 commentaires
  • Louise Collette - Abonnée 2 août 2016 07 h 27

    Justice

    S'il y a une justice quelque part elles resteront ici, j'ai hâte de voir ça......

  • Cyril Dionne - Abonné 2 août 2016 08 h 43

    Franchement!

    Comparez les Juifs d'Europe de la 2e Guerre Mondiale à des gens qui sont en fait des réfugiés économiques, ça suffit. Le Canada ne peut pas accepter tous ceux qui voudrait un meilleur sort au point de vue monétaire. On sait tous que le Canada offre des avantages socio-économiques gratuits à tous ses citoyens.

    Les prédictions au point de vue du travail sont qu'entre 20 et 40% des emplois vont disparaître dans moins de 20 ans dans les sociétés occidentales à cause de la robotisation et de l'intelligence artificielle et le Canada n'y échappera pas. C'est un faux débat que de dire que nous avons besoin de nouveau arrivants pour combler des postes qui n'existent que dans l'imaginaire de ceux qui profitent de leurs votes.

  • Gilles Théberge - Abonné 2 août 2016 09 h 26

    Ça tombe bien

    Justement ce matin Trudeau s'est fendu d'une nouvelle déclaration humaniste, en reconnaissant que les roms ont été les victimes des nazis.

    Bien justement, ya pas que les nazis qui s'attaquent aus roms. Les hongrois aussi à ce qu'il paraît.

    Un beau geste serait de joindre les geste à la parole...

    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci

  • François Beaulne - Abonné 2 août 2016 23 h 11

    Elles sont au Québec avant d'être au Canada

    Ce que cette lettre omet de préciser c'est que les Lakatos vivent présentement au Québec et que la jeune Gilda fréquente l'école secondaire publique québécoise en Français et est en voie de s'intégrer chez nous de manière exemplaire.
    Pourquoi les renvoyer? Par leur volonté d'intégration elles démontrent leur détermination à contribuer à la vie québécoise comme c'est normal de le faire pour tout nouvel arrivant.
    Si le gouvernement Couillard cherche sérieusement à mieux franciser l'immigration il devrait s'opposer à ce renvoi, comme lui permettent de faire les ententes en immigration conclues avec Ottawa au fil des ans. A moins que les demandants d'asile ne représentent un risque de sécurité, ce qui ne semble pas être le cas ici.