TDA-H: une dangereuse surmédicalisation?

Réfuter la thèse de la maladie ne signifie nullement minimiser l’ampleur des symptômes ou leurs répercussions sur l’enfant et son entourage.
Photo: David Afriat Le Devoir Réfuter la thèse de la maladie ne signifie nullement minimiser l’ampleur des symptômes ou leurs répercussions sur l’enfant et son entourage.

Depuis plusieurs années, le corps médical s’interroge sur le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA-H) et ses traitements. Aujourd’hui, la prescription croissante de médicaments psychotropes, trop souvent considérée comme unique solution, interpelle sur la manière dont on prend soin des enfants.

Tout d’abord, il y a lieu de rappeler que le TDA-H n’est pas une maladie mais une dénomination qui regroupe un ensemble de signes comportementaux : distraction, hyperactivité, impulsivité. Ces signes sont présents chez tous les enfants, à des degrés divers, et la limite entre « normal » et « pathologique » ne peut être scientifiquement fixée.

À l’inverse d’une maladie, cet ensemble de difficultés n’est pas le fruit d’une cause clairement déterminée. Il est issu de facteurs multiples et variables qui s’influencent mutuellement, ce pourquoi aucun traitement ne peut être donné de manière systématique.

La prescription des psychotropes devrait rester exceptionnelle. Or, tous les voyants sont au rouge : non seulement ils sont prescrits plus fréquemment, mais à des classes d’âge élargies.

 

Continuer de croire à la thèse d’une maladie neuro-développementale ou neurologique uniquement causée par un dérèglement biologique relève d’une vision simpliste de la maladie mentale, largement dépassée aujourd’hui. En effet, les neurosciences ont démontré les interactions entre développement du cerveau et environnement.

Réfuter la thèse de la maladie ne signifie nullement minimiser l’ampleur des symptômes ou leurs répercussions sur l’enfant et son entourage. Il s’agit, pour chaque enfant rencontré, de chercher à comprendre ses difficultés au regard de sa trajectoire de vie, et non de le réduire à de supposés dysfonctionnements cérébraux. C’est indiquer à l’enfant qu’il ne souffre ni d’une maladie « incurable » ni d’un trouble extérieur à lui ; il dispose alors de prises sur sa vie et la situation peut évoluer.

Il y a donc lieu d’effectuer un diagnostic multidisciplinaire approfondi pour chacun de ces enfants. Sans a priori ni idées préconçues, le professionnel doit tenir compte de la singularité de l’enfant, de son histoire, de son environnement familial, de son profil neurocognitif, scolaire, social…

Un éventail de solutions thérapeutiques

Une fois ce diagnostic posé, des solutions thérapeutiques doivent être envisagées parmi un éventail de possibilités : sport, art, psychothérapie individuelle, de groupe, familiale, psychomotricité relationnelle, groupe de parole ou de psychodrame, soutien à la parentalité… Ces démarches, qui nécessitent toujours du temps, de la patience et beaucoup de persévérance, permettent de véritablement prendre soin des souffrances des enfants et de celles de leurs proches. Elles offrent aux enfants d’autres moyens d’exprimer ce qui les agite et de mieux appréhender ce qu’ils vivent.

Une prescription de médicaments à base de méthylphénidate peut être envisagée dans les rares cas où l’enfant est tellement envahi par ses symptômes qu’aucune démarche entreprise ne le soulage. Et même dans ces cas précis, la médication doit toujours s’accompagner d’une prise en charge globale et être régulièrement réévaluée afin de juger de son utilité au cours du temps.

Rappelons que ces médicaments psychotropes ne sont pas anodins et ne doivent jamais être utilisés en première intention. Or, la situation est inquiétante car ces substances sont de plus en plus fréquemment prescrites, sans garantie de leur innocuité à long terme sur le cerveau en pleine construction des enfants et sans preuve de leur utilité dans la durée. De plus, à la lumière des effets secondaires régulièrement rapportés — perte de sommeil, d’appétit, retard de croissance, apathie… —, le principe de précaution devrait toujours prévaloir.

Les psychotropes, exceptionnellement

Au regard de ces inquiétudes, la prescription de ces psychotropes devrait rester exceptionnelle. Or, tous les voyants sont au rouge : non seulement ils sont prescrits plus fréquemment, mais à des classes d’âge élargies. Comment comprendre cette situation ?

Au fur et à mesure de ses éditions, le très critiqué DSM (manuel américain de référence en psychiatrie) élargit les critères d’inclusion. Cela augmente considérablement le nombre d’enfants diagnostiqués, et donc potentiellement médicamentés.

La dérive commerciale pousse médecins, enseignants et parents à voir dans le médicament une solution simple, rapide et efficace. La publicité vantant de bons résultats scolaires grâce à la médication, le financement de colloques et d’études orientées ou pseudo-scientifiques, la mise en avant d’experts — consultants par ailleurs —, le soutien financier d’associations… interpellent.

Le développement des enfants nécessite temps, espace et mouvements. Leur impulsivité et leur vivacité sont difficilement compatibles avec les exigences actuelles de performance, de réussite, de vitesse… Les médicaments donnent l’illusion de résoudre cette délicate équation.

On peut s’interroger sur le choix du remboursement de ces médicaments au détriment d’autres prises en charge. Pensons par exemple à rendre plus accessibles la psychomotricité et les consultations psychothérapeutiques, à soutenir des espaces d’accueil parents-enfants, à créer des groupes de parole, à mieux promouvoir le sport, les mouvements de jeunesse, la culture…

Nous, cliniciens en contact quotidien avec nos patients, estimons indispensable d’attirer l’attention de tous […].

* Texte d’une pétition publiée sur le site Stop MediKids et signée entre autres par les Québécois Robert Beliveau, médecin de famille ; Pierre Biron, pharmacologue ; Marie-Claude Goulet, médecin de famille ; Maurice Leduc, psychiatre ; Jean Levasseur, médecin de famille ; Jean-Philippe Vaillancourt, psychologue

7 commentaires
  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 13 juillet 2016 07 h 24

    La solution facile

    Il est beaucoup plus simple d'admistrer une pilule que de changer son mode de vie.
    La vie a un rythme accéléré ,tous doivent performer ,les enfants vont à des cours avec des objectifs de performance dès l'âge de 1 an,les parents sont souvent sous pression et ayant peu de temps ,ce n'est pas surprenant que les enfants les plus sensibles à leur environnement aient de la difficulté à suivre.Cela sans compter les nombreuses séparation des couples qui ont surement un impact sur le comportement des enfants. Tout à fait d'accord avec vous ,il faut regarder ce problème globalement et non seulement du point de vue du dérèglement biologique. Approche non-pharmaco peut aider autant sinon plus ces enfants.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 juillet 2016 07 h 34

    on-dirait que ?!?

    « À l’inverse d’une maladie, cet ensemble de difficultés n’est pas le fruit d’une cause clairement déterminée. Il est issu de facteurs multiples et variables » (Collectif, Stop MediKids)

    Bien qu’il existe plusieurs facteurs de société l’entourant, le TDA-H, un concept aléatoire fourre-tout ?, semble, de plus en plus, être une des réponses de vie que s’offre l’enfant-éponge qui, en situation d’éducation familiale, scolaire et sociale « difficile » ou selon, cherche à se développer, s’adapter et devenir ou demeurer autonome-autodéterminé !

    De cette quête « autonomiste » d’adaptation-intelligence remarquables et alertes, déconcertant plein de monde,

    on-dirait que ?!? - 13 juillet 2016 -

  • Roxane Bertrand - Abonnée 13 juillet 2016 07 h 37

    De la pression....

    Les écoles font tellement de pression sur les parents, brandissant des menaces d'expulsion ou de redoublement.

    44% du ritalin et autres psychotropes du Canada est prescrit au Québec.

  • François Dugal - Inscrit 13 juillet 2016 07 h 49

    A l'école

    Une école sale et mal entretenue, des enseignants surmenés, des méthodes pédagogiques farfelues, des directions scolaires absentes, et on s'étonne que les enfants aient "la tête ailleurs"? Se distancier de cet environnement malsain est plutôt une façon de survivre.

  • Jacques Morissette - Abonné 13 juillet 2016 11 h 46

    TDA-H et surmédicalisation.


    TDA-H, ou peut-être un diagnostic inventé pour donner une raison à user de médicaments, pour engraisser les pharmaceutiques? Hypothèse : les parents ont tellement d'autres pains sur la planche, et ne pas réellement s'occuper de ses enfants peut être la cause du TDA-H? J'ai dit une fois à une infirmière qui se demandait quoi faire avec sa carrière: " Tes emplois vont te laisser, tes enfants vont te rester." Ça aurait pu être un infirmier !

    • Emmanuel Rousseau - Inscrit 13 juillet 2016 13 h 48

      Il n'y a pas de conspiration. J'ai ce diagnostique depuis l'âge de 5 ans, ce profil psychologique existe bel et bien et ce n'est pas une invention. J'en ai souffert toute ma vie, donc, ne venez pas me faire la morale.

      Le problème du TDA-H M. Morissette, c'est l'incompréhension générale de la société. Les personnes TDA-H sont généralement largement rejettées par celles qui n'ont pas ce diagnostique, au même titre que la dépression, on nous dira que "ce problème peut être réglé si on prend le dessus sur nous-même". Par rejet j'entends, problèmes scolaires (modèle non adapté), perte d'emploi (TDAH source de risque en entreprise) et rejet social (comportement parfois différent de la norme acceptée).

      Ce que vous faites en ce moment, c-a-d nier l'existance de ce profil, c'est contribuer à accentuer la problématique, faire en sorte que la seule solution qui puisse nous aider soit la médication. Ça je trouve ça très désolant, personellement.