L’enseignement supérieur a besoin de nouvelles institutions

«Reconnaissons avec fierté nos compétences en enseignement supérieur et agissons au bénéfice de nos étudiants, de nos institutions et de leur personnel», conclut Hélène David.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir «Reconnaissons avec fierté nos compétences en enseignement supérieur et agissons au bénéfice de nos étudiants, de nos institutions et de leur personnel», conclut Hélène David.

Le Québec peut être fier de son système d’enseignement supérieur. Certaines de ses institutions sont plus que centenaires, et le modèle mis en place, il y aura bientôt un demi-siècle, par la création en 1967 du réseau des collèges et par l’expansion en 1968 du système universitaire avec le réseau de l’Université du Québec contribue au développement de la société et permet aujourd’hui l’accès aux études supérieures dans toutes les régions du Québec.

Le monde a cependant beaucoup changé depuis, et les modifications en profondeur de la société ont des effets dans nos vies personnelles ainsi que sur nos institutions d’enseignement supérieur. Les 48 cégeps, 51 collèges privés et 18 établissements universitaires représentent des leviers essentiels qui permettent au Québec de rester à l’avant-garde, mais il est important de maintenir et développer ceux-ci.

Depuis ma nomination, le 22 février, j’ai tenu de multiples rencontres avec le milieu de l’enseignement supérieur. Ces rencontres ont confirmé ce que je constate depuis 30 ans, à savoir que l’enseignement supérieur au Québec est une très grande réussite, qui doit être connue et reconnue, mais qu’afin de poursuivre et de maintenir l’excellence, de nouvelles instances doivent être envisagées pour assurer la réflexion, la collaboration, l’évaluation de la qualité des programmes et la complémentarité entre les réseaux.

J’ai donc décidé de mandater M. Claude Corbo, dans la foulée des travaux qu’il a déjà entrepris comme auteur du Rapport du chantier sur un Conseil national des universités (2013), pour mener à terme sa réflexion quant à l’implantation d’un Conseil des universités du Québec, en menant des consultations auprès des principaux partenaires de l’enseignement supérieur.

De façon tout aussi importante, les collèges doivent être parties prenantes de cet exercice. À cet égard, M. Guy Demers, auteur du Rapport du chantier sur l’offre de formation collégiale (2013), nous a déjà formulé plusieurs pistes pour développer ce réseau. M. Demers a pour mandat, quant à lui, de poursuivre cette réflexion déjà amorcée sur l’assouplissement du Régime des études collégiales. La formation générale ainsi que l’épreuve uniforme de français seront toutefois maintenues. M. Demers aura aussi le mandat de procéder à une consultation du milieu concernant la création d’un Conseil des collèges du Québec. Il sera appuyé dans la réalisation de ses mandats par Mme Rachel Aubé, ex-directrice des études au Cégep Beauce-Appalaches, et par M. Louis Lefebvre, ex-directeur général du Cégep de Saint-Félicien.

Le Québec mérite les meilleures instances pour contribuer à la vitalité et à la qualité des nécessaires débats de société, grâce à une activité méthodique d’analyse et de réflexion sur les enjeux propres aux universités et aux collèges. Ce modèle existe dans d’autres provinces et ailleurs dans le monde. Ces instances permettront aussi d’avoir une évaluation indépendante et autonome de la qualité des programmes, à la hauteur des meilleures pratiques existantes, et ce, au bénéfice de l’enseignement, de la recherche ainsi que des besoins des étudiants et de la société.

Développement harmonieux, cohérent et pertinent

Les collaborations entre les collèges et les universités se sont multipliées au cours des dernières années. Les occasions d’innover, pour nous ajuster aux besoins changeants de la société, demeurent cependant nombreuses. Nous devons favoriser davantage la fluidité des parcours de formation entre les réseaux et nous adapter pour répondre au nombre grandissant de domaines disciplinaires partagés et au besoin d’une meilleure articulation entre la formation collégiale et la formation universitaire. Pour approfondir ces questions, nous procéderons à des consultations permettant d’établir les paramètres d’une Commission mixte de l’enseignement collégial et universitaire qui serait placée sous l’autorité des deux Conseils.

Pourquoi maintenant ?

Plusieurs travaux importants sur le développement de l’enseignement supérieur ayant déjà été réalisés, nous en sommes à cette dernière étape de consultation du milieu avant de consolider nos actions. Les experts mandatés pourront ainsi présenter, dès l’automne, des propositions sur la manière et l’environnement nécessaires à l’implantation d’un Conseil des universités du Québec ainsi que d’un Conseil des collèges du Québec. Je souhaite rapidement passer à l’action à la lumière des recommandations qui me seront présentées. Le Québec doit continuer à tout mettre en oeuvre afin de maintenir ses collèges et ses universités comme chefs de file sur l’échiquier mondial.

Par les mandats confiés aujourd’hui à MM. Corbo et Demers, notre gouvernement s’engage résolument dans un processus visant à doter le Québec de lieux appropriés pour mener les débats de société sur les universités et les collèges québécois. Ces Conseils ouvriraient la porte à la participation citoyenne et aux membres des communautés collégiales et universitaires au sein des conseils d’administration. Reconnaissons avec fierté nos compétences en enseignement supérieur et agissons au bénéfice de nos étudiants, de nos institutions et de leur personnel.

11 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 12 juillet 2016 00 h 57

    La plus grande des difficultées

    je ne suis pas sur qu'ils sont équipés pour former les cohortes d'étudiants de demain, j'ai la conviction que ce sont encore des institutions qui évoluent en silo, une approche héritée du sciècle dernier, mais tout a fait dépassée pour la société de demain, en fait je crois que la difficulté va etre la facon dont seront formaté les cerveaux de demain, produit de cette éducation en silo, voila ou j'y vois la plus grande des difficultées

    • Sylvain Auclair - Abonné 12 juillet 2016 16 h 00

      Surtout depuis que les universités ont «scrappé» la CRÉPUQ.

  • Sylvain Auclair - Abonné 12 juillet 2016 08 h 20

    Faudrait d'abord penser...

    ...à financer correctement ce qu'on a déjà, non?

    • Pierre Bernier - Abonné 12 juillet 2016 16 h 25

      ... Et s'assurer que les dirigeants de l'heure font la bonne lecture de l'intérêt général et mènent une gestion adéquate des biens et ressources communes ?

  • Bernard Terreault - Abonné 12 juillet 2016 08 h 47

    Pourquoi une lettre au Devoir ?

    Il me semble que cette annonce aurait dû faire l'objet d'un communiqué gouvernemental officiel, au lieu d'être timidement présenté comme une opinion personnelle d'un simple citoyen. La ministre a-t-elle vraiment l'appui du premier ministre ?

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 juillet 2016 09 h 24

    Encore

    des belles paroles.

  • Patrice Hildgen - Abonné 12 juillet 2016 13 h 50

    discours hypocrite

    À travers ce discours lénifiant se cachent des objectifs de modification de la structure des universités. On investit toujours dans le béton (campus d'Outremont à l'U de M...), pour la deuxième année consécutive les programmes provinciaux de subvention de recherche sont suspendus ou réduits sauf ceux en lien avec l'industrie. On ne renouvelle pas les post de prof partant à la retraite ou quittant le milieu académique. On prépare la suppression des programmes d'enseignement jugés inutile pour avoir un métier (histoire, philosophie...). Le rôle même de l'université sera revenu dans une perspective non plus d'acquisition de savoir et de formation de citoyens aptent à réfléchir mais de futurs employés spécialisé pour les entreprises.