Le droit à des soins de fin de vie dans un environnement sans euthanasie

Je veux ici présenter les raisons pour lesquelles j’appuie les médecins en soins palliatifs du Centre hospitalier universitaire de l’Université de Montréal (CHUM) et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Nous avons été témoins récemment (et serons encore témoins à l’avenir) d’attaques indignes visant (encore) les palliativistes travaillant en milieu universitaire, en particulier ceux des centres hospitaliers de l’Université de Montréal et de l’Université McGill. Les médecins qui prodiguent des soins palliatifs dans ces institutions sont pourtant fidèles à la définition des soins palliatifs donnée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), c’est-à-dire soulager les patients en fin de vie sans hâter ni retarder la mort.

Les différentes personnes attaquant ces médecins (politiciens, médecins pro-euthanasie, journalistes et intimidateurs de tout poil) leur reprochent de ne pas se conformer à la loi québécoise et de ne pas respecter l’autonomie de leurs patients, en l’occurrence « leur droit » de recevoir les trois injections qui provoqueront la mort du patient dans un court délai. L’administration de ces trois injections représente la prétendue aide médicale à mourir, c’est-à-dire l’euthanasie volontaire (appelée euthanasie dans les lignes qui suivent).

Exemption

Remarquons d’abord que le jugement de la Cour suprême dans la cause Carter n’a jamais spécifié qu’un département universitaire de soins palliatifs, où sont formés les futurs palliativistes, devait offrir l’euthanasie. Kay Carter (qui était atteinte de sténose du canal rachidien lombaire, maladie entraînant la compression progressive de la moelle épinière et condamnant le malade à une immobilité forcée, et dont la cause s’est rendue jusqu’en Cour suprême) a été euthanasiée en Suisse (dans un établissement privé) parce qu’elle ne pouvait obtenir l’euthanasie au Canada ; la Cour suprême a jugé que l’interdiction absolue d’un tel « soin » au Canada n’était pas conforme à la Constitution. Par ailleurs, les maisons de soins palliatifs ont obtenu (heureusement) le droit de se soustraire à l’obligation d’offrir l’euthanasie, et la grande majorité d’entre elles ne l’offriront pas afin de préserver un environnement sécuritaire pour les patients refusant l’euthanasie.

Les attaques des intimidateurs ne visent donc pas à faire respecter les droits des patients, mais à modifier la nature des soins palliatifs en utilisant des méthodes qu’ils n’utiliseraient pas contre d’autres groupes de médecins spécialistes, par exemple les radiologistes ou les neurochirurgiens. Ils veulent détruire toute opposition à leur idéologie. Si ce n’était pas le cas, ils retrousseraient leurs manches et créeraient des cliniques offrant le « traitement médical » auquel ils attachent tant d’importance. Ils pourraient même créer une nouvelle spécialité en sciences de la santé, puisque la loi fédérale permet à d’autres personnes que des médecins de pratiquer l’euthanasie.

Droit aux soins sans euthanasie

Parlons maintenant du fameux droit des patients à mourir, qui est en réalité une exemption du Code criminel permettant de pratiquer l’homicide dans certaines circonstances. Au Québec, un citoyen a droit à un environnement sans fumée, mais pas à un environnement sans euthanasie. Je pense (et je ne suis pas la seule !) que le droit d’une personne à l’euthanasie volontaire est moins important que le droit d’un patient (MON droit) à des soins palliatifs dans un environnement où l’euthanasie n’est pas pratiquée. C’est ce dernier droit que les palliativistes du CHUM et du CUSM défendent et je leur en suis très reconnaissante. Il est dommage que la Cour suprême n’ait pas examiné cet aspect-là du problème.

L’obsession au sujet des délais pour obtenir l’euthanasie est difficile à comprendre si on considère l’état de notre système de santé. Au Québec, les temps d’attente pour des opérations ou à l’urgence sont parmi les plus longs du monde occidental (selon un rapport récent du Commissaire à la santé et au bien-être), et un patient ne peut exiger aucun traitement (par exemple un antibiotique ou un analgésique) de quelque médecin que ce soit. J’en ai fait moi-même l’expérience lorsque je souffrais de violentes migraines. Pourquoi accorder autant d’importance à l’euthanasie rapide et pas aux autres traitements ? Cet acharnement suspect révèle la nature idéologique du combat pour l’euthanasie, qui vise à dénaturer la mission des soins palliatifs et compromet les investissements promis dans ce domaine.

J’aimerais exprimer toute mon admiration aux médecins de soins palliatifs du CHUM et du CUSM, et j’espère qu’ils continueront à prodiguer leurs soins de telle sorte que leurs patients finissent leurs jours en paix, dans un milieu sans euthanasie.

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44 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 11 juillet 2016 05 h 11

    Pourquoi ne pas créer une nouvelle profession...

    ...: euthanasiste ?
    Cela règlerait peut-être nombre d'imbroglios. Ce serait certes plus clair et mieux défini.
    Un euthanasiste qui prendrait des cours de médecine, de psychologie et de spiritualité, question de mieux définir le mot «dignité».
    Simpliste je suis ? Peut-être et puis après ?
    Je me demandais dernièrement s'il y avait de la dignité dans la souffrance ?
    Je cherche encore.
    Vivre sa vie aussi dignement que d'entrevoir sa mort dans la dignité....vastes expériences à réaliser !
    La vie ne demande qu'à être vécue dans la dignité. Je soupçonne que la mort, compagne de la vie, ressent les mêmes goûts et besoins.
    Sans prétention autre que celle de vouloir vivre ma vie le plus dignement possible. Trébucher en fait partie.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

    • Jean-François Trottier - Abonné 11 juillet 2016 07 h 30

      M. Bourdages, vous touchez quelque chose de sensible.

      L'idée de remettre les soins nécessaire à une fin voulue entre les mains d'un médecin est en soi assez étrange, et en fait totalement idiote.

      C'est l'illustration de la place qu'on réserve au médecin: dieu en personne, avec droit de dispenser ses a priori sans limite.

      En fait les médecins en tant qu'individus disent qu'ils refusent ce débat, et ils ont raison parce qu'ils y sont totalement incompétents.

      On ne demande pas à un agriculteur de nous affamer, ni à un chauffeur de détruire sa voiture. Un médecin soigne et rien de plus.
      La plupart des médecins sont moins compétents que la première mère de famille venue en matière de santé. Ces spécialistes de la maladie doivent rester dans leur domaine, asses restreint à ce qu'on peut constater, et tâter leur pactole en paix... surtout sans en sortir.

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 11 juillet 2016 08 h 28

      Dieu nous a confié le soin car il nous sait capables de responsabilité et de fraternité.

      Voilà la direction du progrès adéquat aux hommes et à leur bonheur de vivre ensemble !

      Alors, nous développerons un soin digne de nos frères et sœurs vulnérables en fin de vie. Partageant toujours notre vie, ils nous appellent à un surcroît d’humanité, c’est-à-dire de cœur et de raison.

    • Jeannine I. Delorme - Abonnée 11 juillet 2016 09 h 43

      Monsieur Bourdages, vous touchez là un point sensible qui m'énerve depuis le début de cette nouvelle loi. Dignité ou indignité ? Pourquoi ce mot a-t-il été utilisé pour vendre l'idée de ce qui appelle euthanasie ? Les gens qui choisissent de mourir naturellement (avec des soins palliatifs) mourront-ils dans l'indignité ? Indignes parce qu'il acceptent un certain degré de souffrance ? Il me semble que la science médicale actuelle a le pouvoir de contrôler la souffrance. J'en ai été moi-même témoin devant l'agonie de plusieurs membres de ma famille, partis dans la douceur et la quiétude. Pourquoi avoir choisi ce vocabulaire pour déguiser ce meurtre qu'est l'euthanasie ?

  • Michel Lebel - Abonné 11 juillet 2016 05 h 37

    ''Devoir'' plutôt que ''droit''

    Sur l'essentiel, je partage le point de vue de cette auteure. Je trouve fort regrettable que la question du mourir ait pris une telle tournure idéologique, le droit y ayant pris un si grande, une trop grande place. Sans doute était-ce inévitable, notre société n'ayant plus de valeurs communes, entre autres, sur la mort et les soins de fin de vie; on se réfugie alors dans le droit et les Chartes.

    Triste miroir d'une société éclatée, fortement individualiste, sans guère de transcendance, mais où la peur de la mort et de la souffrance est toujours là. Plutôt que parler du ''droit'' à la mort, mieux vaudrait parler du ''devoir'' de soigner le mourant, de le soulager, de l'accompagner avec compassion jusqu'à la fin de son existence. Et que le droit soit laissé au vestiaire!


    Michel Lebel

    • Pierre R. Gascon - Inscrit 11 juillet 2016 08 h 27

      L’intention droite du médecin, partagée par l’équipe soignante, qui cherche à prendre soin du patient jusqu’au bout est l’honneur de la profession médicale. Cette intention est au cœur du serment d’Hippocrate.

      Elle demeure le roc de la confiance mutuelle entre soignants et soignés. Elle a permis les progrès considérables de la médecine palliative.

      Certes, il y aura toujours des situations qui demeureront difficiles à accompagner et à vivre. Celles-ci nous questionnent et nous bouleversent.

      Face aux hésitations de notre société devant ces situations et devant la mort, nous avons tous à soutenir cette recherche de la meilleure qualité de soin et d’accompagnement jusqu’en toute fin de vie.

  • Yves Côté - Abonné 11 juillet 2016 06 h 05

    Un droit n'est pas une obligation...

    Madame Macotte, un droit n'est pas une obligation.
    Confondre ces deux aspects légaux n'apporte que confusion au débat, selon moi.
    Moi, je suis pour le droit au suicide assisté en cas de mort imminente dans les cas de grandes souffrances impossibles à appaiser par un personnel médical compétent.
    Mais cela ne fait pas de moi le récipiendaire du suicide médical en absence de ma volonté manifeste et alors même que lors de celle-ci, j'ai toute ma tête...
    Je suis pour le libre choix de tous et donc, je suis par définition et destination, opposé à la contrainte de qui que ce soit devant la mort.
    Que ce soit pour moi ou pour toute personne, alors qu'aucune liberté ne peut nous être donné à naître, toute liberté doit être donnée à l'heure de mourir.
    La mort fait partie de la vie et il est en l'humain l'obligation, je crois, que celle-ci se trouve marquée jusqu'à son terme par la liberté.
    Et pas l'inverse Madame.

    Merci de votre lecture.

  • Hélène Gervais - Abonnée 11 juillet 2016 06 h 45

    Le choix du patient ....

    devrait être le choix à respecter, quelqu'il soit. Ne passez pas vos propres préférences avant les siens, c'est irrespectueux pour la personne qui souffre.

  • Marc Lacroix - Abonné 11 juillet 2016 07 h 10

    Le droit de décider pour les autres !?!

    Vous dites Madame : "[...] que le droit d’une personne à l’euthanasie volontaire est moins important que le droit d’un patient (MON droit) à des soins palliatifs dans un environnement où l’euthanasie n’est pas pratiquée."

    Votre affirmation repose sur une base bien fragile. En effet, personne ne risque de contester votre droit à ne pas faire appel à l'aide à mourir si jamais vous vous retrouviez dans une situation de détresse et confronté à une mort prévisible... Là où la faille réside, c'est dans le fait que — vous refusiez aux autres le droit d'y faire appel —, alors que la législation leur reconnaît ce droit. Ce n'est pas aux médecins du département et/ou à d'autres personnes de décider — de refuser de respecter la décision de certains malades — qui veulent clairement y faire appel. Choisissez pour vous-même, mais votre droit s'arrête là, les autres choisiront en fonction de leur propre conviction!