Montréal, une métropole mondiale?

Déjà en 2008, une entente entre Montréal et le gouvernement du Québec visait à «permettre à la ville de mieux jouer son rôle de métropole, en lui accordant une plus grande autonomie financière et administrative». 
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Déjà en 2008, une entente entre Montréal et le gouvernement du Québec visait à «permettre à la ville de mieux jouer son rôle de métropole, en lui accordant une plus grande autonomie financière et administrative». 

Le retour des grandes métropoles à leur rôle historique de plaques tournantes de l’économie mondiale en aura surpris plusieurs. Il y a à peine 30 ans, on aurait pu croire que les nouvelles technologies de communication permettraient aux travailleurs de vivre à peu près n’importe où. Ajoutons à cela la pollution, la congestion automobile, l’augmentation du prix des logements et l’insécurité, le déclin des villes semblait inévitable.

Pourtant, dans les dernières décennies, le pouvoir d’attraction et le poids économique des villes n’auront jamais été aussi grands. Elles sont non seulement des lieux d’interaction essentiels pour le développement du savoir et de l’innovation, mais elles sont aussi des plateformes centrales pour les échanges de biens de services et pour les transactions financières. Selon le McKinsey Global Institute, la croissance de la consommation dans les grandes villes sera de 91 % d’ici 2030 et représentera alors 81 % de la consommation mondiale.

Les grandes villes se trouvent donc aux prises avec un nombre grandissant de défis, mais doivent en plus assumer de nouvelles responsabilités dans le contexte de la concurrence féroce qui s’est installée entre les métropoles pour attirer les investissements et le capital humain nécessaires à leur développement. Cela implique notamment la mise en place de services et d’infrastructures de pointe, des plans de développement durable, la réduction de la pollution atmosphérique et l’intégration des nouveaux immigrants. À l’heure où les grands ensembles comme l’Union européenne se heurtent au rejet des populations d’un pouvoir lointain et bureaucratique, les villes seront aussi appelées à combler le déficit démocratique.

Manque de moyens et de pouvoirs

Devant ces nouvelles attentes et responsabilités, les grandes villes mondiales se retrouvent avec trop peu de pouvoirs et de ressources, ayant de surcroît trop souvent fait les frais de l’austérité budgétaire imposée par les gouvernements régionaux ou nationaux. Au Canada, la Constitution de 1867 ne reconnaît pas l’autonomie des villes. Ce sont les provinces qui se voient conférer le pouvoir exclusif sur « les institutions municipales ». Cent cinquante ans plus tard, les pouvoirs des villes ont peu changé, même si 85 % de la population est maintenant urbaine, et que les trois plus grandes villes — Toronto, Montréal et Vancouver — sont responsables d’une grande partie de l’activité économique du pays. Soulignons néanmoins que le gouvernement de l’Ontario a transféré des pouvoirs importants à la Ville de Toronto en 2006, mais que le manque de nouvelles sources de revenus a limité la marge de manoeuvre de la Ville.

Par rapport à bon nombre de métropoles internationales, les grandes villes canadiennes sont sous-financées. Au Canada, 8 % du total des revenus gouvernementaux se retrouvent dans les mains des municipalités. Aux États-Unis, ce montant s’élève à 14 %, et la Constitution américaine prévoit des pouvoirs de taxation auxquels les villes canadiennes n’ont pas accès. En plus, les revenus des grandes villes sont imprévisibles et dépendent du bon vouloir et des priorités du gouvernement du jour. Un partage plus équilibré des revenus de la taxation (taxe de vente, par exemple) s’impose, ainsi qu’un nouveau partage des pouvoirs. Aujourd’hui, les maires canadiens doivent souvent se faire concurrence pour s’insérer dans les programmes des deux autres ordres de gouvernement, parfois aux dépens des priorités de leurs communautés. Des mécanismes tripartites (provincial et fédéral) où les grandes villes seraient des partenaires à part entière sont essentiels, notamment pour les priorités de financement, le développement économique, les infrastructures, le logement et le développement durable.

Montréal en mauvaise posture

Pour Montréal, le diagnostic est inquiétant. Même si, sur plusieurs plans, elle peut prétendre à un statut mondial, Montréal n’est pas une locomotive. Selon un rapport intitulé Un nouveau pacte pour les grandes villes du Québec publié en 2014, l’écart entre le revenu par personne à Montréal et la moyenne québécoise est assez faible, tout le contraire de la plupart des grandes villes mondiales, qui affichent une performance économique largement supérieure à leur pays d’appartenance (PIB, productivité et emploi). Il existe aujourd’hui un consensus tant aux niveaux canadien qu’international voulant que les grandes villes soient la clé de la réussite nationale.

Déjà en 2008, une entente entre Montréal et le gouvernement du Québec visait à « permettre à la ville de mieux jouer son rôle de métropole, en lui accordant une plus grande autonomie financière et administrative ». Depuis quelques années, quelques rapports et de nombreuses discussions sont venus confirmer l’urgence d’agir. Après plusieurs retards, le gouvernement du Québec s’est engagé à déposer cet automne un projet de loi sur le statut de métropole. La nouvelle loi doit définir clairement les pouvoirs de Montréal et éliminer une fois pour toutes le décalage entre les ressources et les responsabilités de la ville. On ne peut se contenter de permettre à Montréal de déterminer l’heure d’ouverture des commerces et les limites de vitesse dans ses rues. Le temps des symboles est terminé. Au-delà des querelles de clocher et des luttes de pouvoir, le gouvernement du Québec devra trouver le courage politique de confier à Montréal des pouvoirs et ressources comparables aux autres métropoles mondiales.

C’est à ces conditions que l’aspiration légitime de Montréal de devenir une métropole mondiale se réalisera et que les retombées pour l’ensemble du Québec pourront être maximisées.

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4 commentaires
  • Jean-Michel Goulet - Abonné 8 juillet 2016 09 h 46

    Montréal, métropole mondiale grâce au pays du Québec

    Démontré par Jane Jacobs, Montréal gagnera a être la métropole d'un pays, et non le second violon.

    Les secondes villes n'ont pas la force d'attraction et les outils des métropoles. Paris VS Lyon... Londres VS Manchester... Toronto Vs Montréal...

    • Gilles Théberge - Abonné 8 juillet 2016 15 h 16

      C'est exact et si l'on poursuit dans le sillage de Jane Jacobs, on pourrait dire que si Montréal est abandonné par Québec, elle risque d'être englobée dans un grand tout sans âme.

      Montréal métropole d'un Québec indépendant, c'est la seule façon de lui redonner son lustre.

  • René Pigeon - Abonné 8 juillet 2016 14 h 19

    Trouver la main-d’œuvre aux moindres cout et effort. Une métropole régionale attire les pauvres de sa société

    « elles sont aussi des plateformes centrales pour les échanges de biens de services (moins pour leurs produits, majoritairement transportés hors de la ville, que pour se procurer les intrants, « le capital humain » surtout, au meilleur cout et rapidement, c.-à-d. avec le moins d’efforts de planification possible) »

    « l’écart entre le revenu par personne à Montréal et la moyenne québécoise est assez faible, tout le contraire de la plupart des grandes villes mondiales » : Montréal est aussi la métropole de l’une des deux sociétés distinctes ; elle attire donc la pauvreté de cette société qui s’y concentre naturellement.

  • Pierre Cousineau - Abonné 8 juillet 2016 20 h 10

    Rouvrir la constitution?

    Selon les dires de l'auteur, 8 % des revenus gouvernementaux au Canada sont consentis aux municipalités, alors qu'aux États-Unis elles disposent de 14 % de ces revenus. L'auteur ne nous dit rien sur leurs responsabilités réciproques. Aux États-Unis, l'éducation ne fait-elle pas partie des responsabilités des villes? Du moins en partie, et leur parc immobilier?
    Montreal la locomotive, en panne? Il y a beaucoup d'activités en construction, mais le manufacturier a été démoli par la politique de la Porte d'entrée du Pacifique concoctée par les politiciens conservateurs de l'Ouest donnant lieu à un véritable dumping de marchandises sur le marché québécois et contribuant à un déficit de la balance commerciale catastrophique et récurrent.
    Bombardier est tenu en laisse par le milieu financier de Toronto. Bombardier et l'aéronautique sont à Montréal et leur développement est miné. Est-ce par manque de financement que Montréal n'atteint pas son potentiel?
    Non. Cela a beaucoup à voir avec le fédéralisme canadien et la vraie nature du problème est là. L'auteur tente de nous faire avaler l'idée que les modifications à la constitution, on peut les faire à Québec. Et il n'est pas le seul puisque le gouvernement libéral tente d'imposer cette idée en douce. Il faudra être sur nos gardes à l'automne et exiger toutes les justifications pour les mesures législatives qui seront annoncées.