Pourquoi avons-nous tant de difficulté avec le genre des mots?

Simon Durivage
Photo: Historia Simon Durivage

Alors que nos écoliers sont en vacances estivales et que nos élus, à Québec, ont entamé le débat sur l’éventualité de rendre obligatoires la maternelle dès 4 ans et l’école jusqu’à 18 ans… Alors que les élèves québécois obtiennent régulièrement de brillantes notes à l’examen du PISA mis sur pied par l’OCDE en mathématiques, en sciences et en compréhension de texte, je me pose une question : pourquoi avons-nous tant de mal avec la langue française, notre langue, au Québec ?

Je ne parle pas ici du « joual » ou encore de toutes ces expressions savoureuses de notre terroir, toute langue évoluant, se transformant au fil des ans. Je salue même notre inventivité langagière et les contributions que nous faisons à notre belle langue.

Mais au fil de ma longue carrière dans le monde de la communication, j’ai été frappé d’entendre — et le suis toujours — dans la rue, dans des conversations, lors d’entrevues ou autrement des milliers de personnes, certaines ayant souvent fait de longues études, nous servir des « quand que », des « ça l’â », des « dont auquel », des « si je ferais ».

Pourquoi dit-on « quand que je vas aller là » au lieu de « quand je vais aller là » ou même, à la rigueur, « quand je vas aller là » ? C’est le « que » qui est de trop dans le « quand que ».

Pourquoi dire « ça l’â pas de bon sens » au lieu de « ça n’a pas de bon sens », voire « ça’a pas de bon sens ».

J’ai entendu un expert à la radio, la semaine dernière, expliquer que « la phrase à lequel vous dites, c’est pas exactement ce qu’il a dit ». Pourquoi avons-nous tant de difficulté avec les pronoms relatifs ? Pourquoi dire « ce que j’ai de besoin » et non « ce dont j’ai besoin », ou encore « ce qu’il me faut » ?

Pourquoi avons-nous aussi décidé au Québec, depuis quatre ou cinq ans, que le verbe quitter peut s’employer sans complément ? En français, on quitte quelque chose ou quelqu’un, mais on ne quitte pas tout court. Je pars, alors, serait plus juste. Écoutez-nous, écoutez nos reporters, vos collègues de travail, vos amis : « Je quitte à cinq heures ». Ou tout bonnement : « Je quitte… »

Ces défauts langagiers se corrigent facilement. Il suffit, les ayant notés, de faire attention la prochaine fois.

Mais nous faisons face à une difficulté plus ancrée, plus ardue à combattre au Québec : celle concernant le genre des mots commençant par une voyelle ou par un h aspiré. Encore une fois, écoutons-nous : « L’autobus, à s’en vient », « L’ascenseur, à l’arrive », « lls la trouvent où, l’argent ? » Ou encore : « J’ai eu un idée », « M’a te dire un affaire », « J’vas te raconter un histoire », « Ça a été une belle évènement ». On dit « une » aéroport et « un » aérogare », alors que le mot port est masculin et le mot gare, féminin.

Mais, où avons-nous appris ça ? À l’école ? Ça ne devrait pas. On imagine mal nos enseignants ne pas connaître le genre des mots. Auraient-ils dû nous donner davantage de dictées, nous pousser à lire davantage ? Est-ce la faute de nos parents ? Est-ce notre faute ? Et, après tout, est-ce si grave de ne pas connaître le genre des mots ? Je me fais souvent dire : « Tu m’as compris pareil. »

C’est toujours délicat de lancer ce débat. Personne n’apprécie être pris en défaut. Je ne cherche pas ici à dénigrer qui que ce soit, mais j’aimerais tellement que, comme peuple, nous aimions davantage notre langue, que nous fassions l’effort de la respecter, d’éviter de la malmener. Je ne me considère pas comme un puriste, encore moins comme un connaisseur.

Je n’ai de leçon à donner à personne. Je suis simplement convaincu que quelqu’un qui parle bien sa langue fait montre que, sur toute chose, il cherche à bien faire.

C’est la Fête nationale des Québécois. Pourquoi ne pas nous faire ce cadeau ?

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