Nécessaire de travailler?

Un travailleur dans les usines Ford en 1938. Déjà en 1697, le philosophe politique anglais John Locke estimait que les chômeurs aptes au travail devaient être contraints d’accepter tout travail, même s’il est payé au-dessous des normes.
Photo: Agence France-Presse Un travailleur dans les usines Ford en 1938. Déjà en 1697, le philosophe politique anglais John Locke estimait que les chômeurs aptes au travail devaient être contraints d’accepter tout travail, même s’il est payé au-dessous des normes.

Nécessaire de travailler ? Hannah Arendt s’exprimait ainsi sur la nécessité de la nécessité dans Condition de l’homme moderne… publié en 1958 : la nécessité et la vie sont si intimement liées que la vie elle-même est en danger lorsqu’on se débarrasse complètement de la nécessité.

La loi 70 du gouvernement québécois veut inciter davantage au travail les gens en état de travailler qui pensent à demander l’aide sociale : notamment les moins de 30 ans. Il deviendrait alors nécessaire de travailler pour avoir droit à l’aide sociale.

En 1697, le philosophe politique anglais John Locke publie un document sur l’employabilité des pauvres. Le philosophe remarque que le nombre de pauvres augmente, même s’il y a croissance économique. L’Angleterre est alors en pleine révolution industrielle. Que se passe-t-il ? Il affirme qu’il n’y a pas pénurie d’offres d’emploi, mais une corruption des moeurs de la population laborieuse entraînée par un relâchement de la discipline du travail. Il faut remettre les pauvres au travail, les rendre utiles et ainsi alléger les contribuables. C’est John Locke qui parle ainsi. Il distingue, parmi les pauvres, ceux qui sont aptes au travail, partiellement aptes, et les inaptes. Les aptes au travail doivent être contraints d’accepter tout travail, même s’il est payé au-dessous des normes actuelles. C’est toujours John Locke qui parle ainsi, et non notre ministre du Travail.

Dans les faits, certains ouvriers, après avoir amassé un montant d’argent, quittent régulièrement leur emploi aux conditions de travail épouvantables, vivent sans emploi un certain temps, et recommencent à travailler lorsqu’ils sont sans le sou. L’industrie condamne ce roulement de main-d’oeuvre qui est totalement improductif. Malgré un niveau de vie à la hausse au XIXe siècle, il y aura une période de 20 ans sans hausse de ce niveau de vie : les salaires furent abaissés volontairement par l’industrie de sorte que l’ouvrier soit contraint de rester à l’usine pour arriver à joindre quotidiennement les deux bouts. C’était le travail comme valeur.

Comme quoi le monde du travail était alors très dur, une loi fut votée en 1802 interdisant de faire travailler plus de 12 heures par jour les enfants de moins de 9 ans. Cinq ou sept jours par semaine ? D’après vous ?

Il y a sûrement moyen de mettre en place la nécessaire loi 70 d’une façon respectueuse et progressive, et amener ainsi les gens concernés à cette nécessité de la vie, qui est de travailler.

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3 commentaires
  • Hélèyne D'Aigle - Abonnée 16 juin 2016 05 h 00

    Favoriser une facette du Projet de loi 70 ?


    " Les 100,00 façons de tuer quelqu'un ,

    C'est de le payer à ne rien faire . "

    (FélixLeClerc )

    • Christian Montmarquette - Abonné 16 juin 2016 09 h 50

      " " Les 100,00 façons de tuer quelqu'un , C'est de le payer à ne rien faire . " (FélixLeClerc )" - Hélèyne D'Aigl

      On en peut plus de cette leçon de morale digne d'un libéral ou d'un péquiste!

      S'il y a quelque chose qui tue du monde, c'est bien la pauvreté!

      Les plus pauvres sont raccourcis de 10 ans dans notre beau Québec prétendument social-décmocrate selonsç les dernières études.

      Et la pauvreté est si néfaste, qu'elle coute plus de 17 milliards par année en soins de santé au gouvernement du Québec.

      Alors que l'État ne parvient même pas à faire baisser le taux de chomage en dessous du 7%, l'aide sociale devrait être doublée et à cout nul avec les écononmies faites en santé.

      Christian Montmarquette

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 juin 2016 11 h 37

      "La meilleure façon de tuer un homme..."

      Évidemment, ne pas le payer du tout, c'est encore plus sûr, n'en déplaise à monsieur Leclerc!