Ne restons pas à la remorque des marchés

«Ne restons pas à la remorque des marchés, à regarder passivement nos propres maisons et notre avenir nous échapper», écrit Kevin Bouchard.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Ne restons pas à la remorque des marchés, à regarder passivement nos propres maisons et notre avenir nous échapper», écrit Kevin Bouchard.

L’endettement des ménages devrait nous préoccuper davantage. La faiblesse des taux d’intérêt, qui vise à pallier la faible croissance de nos économies, a pour corollaire un emballement sans précédent du marché immobilier qui complique l’accès à la propriété pour la génération montante et l’oblige à s’endetter déraisonnablement pour habiter les maisons de la génération précédente. Ce phénomène peut sembler découler de processus macroéconomiques hors de notre portée, mais il est encouragé dans les faits par des personnes proches de nous. C’est le cas des courtiers immobiliers et des prêteurs hypothécaires, qui favorisent par certaines de leurs actions la croissance démesurée du marché immobilier et l’endettement des ménages. Deux mesures simples nous apparaissent nécessaires pour limiter leur influence délétère sur notre économie.

Il faut d’abord limiter les commissions accordées aux courtiers immobiliers. Les primes de 4 ou 5 % qu’ils exigent pour accompagner leurs clients dans la vente de leur propriété avaient peut-être un certain sens à l’époque où le prix de vente moyen des maisons était inférieur à 100 000 $, mais elles sont tout à fait excessives dans le marché immobilier actuel, où le prix des maisons avoisine généralement les 300 000 $. Il faut comprendre que les énormes sommes qu’ils demandent sont directement assumées par les ménages et qu’elles encouragent les ardeurs haussières du marché immobilier. La limitation des commissions des courtiers hypothécaires à 2 % du prix de vente des propriétés favoriserait la stabilité du marché immobilier.

Augmentation des pénalités

Il faut ensuite mieux encadrer les prêteurs hypothécaires, dont les obscurs contrats comprennent souvent des mesures qui favorisent la spirale de l’endettement. La généralisation des hypothèques subsidiaires (ou collatérales) par lesquelles les prêteurs grèvent l’ensemble de la propriété des acheteurs, souvent au-delà de leurs besoins de crédit réels, incite inutilement les ménages à dépenser l’équité accumulée sur leur maison. Certaines grandes banques obligent maintenant leurs clients à contracter ce type d’hypothèque, dans le but de leur faire miroiter les fausses richesses auxquelles le crédit leur donne accès. Il faut ensuite dénoncer l’augmentation insensée des pénalités pour mettre fin à un prêt hypothécaire avant son terme. Il n’est pas rare aujourd’hui de voir des prêteurs qui exigent l’intégralité du montant dû en intérêts pour le reste du terme, ce qui peut porter les pénalités à plusieurs dizaines de milliers de dollars. Ces mesures sont abusives et elles contribuent à rendre les acheteurs plus vulnérables à l’influence des prêteurs. Les pénalités devraient être limitées à trois mois d’intérêts, comme c’était le cas autrefois.

Ne restons pas à la remorque des marchés, à regarder passivement nos propres maisons et notre avenir nous échapper. Il est grand temps d’agir pour contribuer à protéger les générations montantes de la hausse fulgurante de l’endettement qui les guette. L’adoption des mesures simples que nous proposons favoriserait l’enrichissement réel des Québécois plutôt qu’une fuite en avant dans l’endettement qui met en péril notre demeure collective. Que le politique responsable et courageux se lève !


 
2 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 7 juin 2016 05 h 11

    Rester à la remorque des marchés...

    ..est aussi question de choix, de liberté. Je suis tout-à-fait libre d'y adhérer. Vous connaissez certes l'expression: «Le bonheur à tout prix!» Vous en décrivez fort bien une des facettes monsieur Bouchard. Dans une autre lettre ouverte publiée tout près de la vôtre, monsieur Ouellet pose la question: «Et si ma grand'mère avait raison?»
    Suis-je ou non libre de me surendetter, de faire partie de la statistique ?
    Si non libre, je suis prisonnier...mais de quoi et peut-être de qui ?
    Un mur j'ai, un jour, frappé. Je vous fais grâces des conséquences. Des gens en souffrent encore.
    En ce qui me concerne, la grand'mère de monsieur Ouellet a raison.
    Gaston Bourdages,
    Auteur.
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • François Beaulé - Inscrit 7 juin 2016 07 h 16

    Iniquité intergénérationnelle réelle, mauvaise analyse

    Les prix de l'immobilier ont augmenté phénoménalement au cours des 20 dernières années. Les faibles taux hypothécaires explique en partie cette hausse soutenue. Par contre la commission de l'agent d'immeuble, qui était de 7% il y a 20 ans et non pas de 4 ou 5%, ne stimule pas la hausse des prix sinon par le fait qu'elle a diminué, justement.

    Pour limiter la hausse des prix, le gouvernement aurait pu imposer une taxe de vente sur toutes les maisons et non pas seulement sur les maisons neuves comme c'est le cas actuellement.

    Il est évident que Kevin Bouchard ne saisit pas bien le fonctionnement du marché immobilier. L'accès au marché n'a pas d'abord été contraint par la baisse des taux, bien au contraire. Par contre, si les taux augmentaient, beaucoup d'acheteurs ne pourraient plus assumer leurs mensualités et devraient se départir de leur propriété. Le déséquilibre de l'offre et de la demande ferait diminuer les prix.

    Cependant les taux ne peuvent pas diminuer indéfiniment. Et la hausse des prix de l'immobilier ne pourra pas continuer à être supérieure à la hausse des revenus des acheteurs potentiels. Au cours des 20 dernières années, la hausse continuelle a convaincu les acheteurs de payer toujours plus en leur laissant croire qu'il pourrait un jour revendre leur propriété nettement plus cher. Une stabilisation des prix brisera cette perception.

    Un acheteur qui a payé sa maison 150 000$ il y a 20 ans, peut la revendre 450 000 aujourd'hui. Mais celui qui l'achète maintenant ne pourra pas la revendre 3 fois ce prix dans 20 ans. Il y a bien une inquité intergénérationnelle mais les suggestions de M. Bouchard n'y changeraient rien. Il faut chercher autres choses.