Qu’est-ce que je n’ai pas compris?

Les élèves HDAA représentent près de 20 % des élèves. C’est un cinquième des élèves et leur nombre ne cesse d’augmenter.
Photo: iStock Les élèves HDAA représentent près de 20 % des élèves. C’est un cinquième des élèves et leur nombre ne cesse d’augmenter.

Pourquoi est-ce que je sens un malaise quand la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) sort dans les médias ? Qu’est-ce qui me dérange ? Qu’est-ce qui ne tourne pas rond ?

C’est arrivé encore dernièrement, lors du dévoilement du rapport de recherche issu d’un contrat de service entre la FAE et l’UQAM, sous le titre « L’intégration scolaire telle que vécue par des enseignants dans des écoles du Québec ». J’ai donc pris le temps de lire le communiqué de la FAE, ses revendications et les 128 pages de ce rapport.

Je crois que ce qui m’indispose, c’est cette façon qu’a la FAE de mettre la responsabilité de tous les malheurs des profs sur le dos des élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA). Que les profs soient débordés, à bout de souffle et épuisés, j’en conviens, et j’ai une réelle empathie pour eux et elles. Mais qu’on ne vienne pas me dire que l’intégration des élèves HDAA est allée trop loin, qu’ils sont trop nombreux et qu’ils dérangent ! Si c’est le cas, prenons les moyens pour que ça aille mieux. Pas en les discriminant. En réglant les problématiques.

Les élèves HDAA représentent près de 20 % des élèves. C’est un cinquième des élèves et leur nombre ne cesse d’augmenter. Ils font partie prenante de notre société. Arrêtons de faire comme si ce n’était pas le cas et prenons les moyens pour composer avec cette réalité ! Nos lois, nos chartes des droits et les conventions internationales auxquelles nous avons adhéré sont claires : on ne peut exclure ou discriminer un élève sur la base de sa différence.

Des jugements du Tribunal des droits de la personne et de la Cour d’appel du Québec sont aussi clairs : on doit privilégier la classe ordinaire et effectuer des évaluations qui tiennent compte des besoins et des capacités de l’élève et envisager toutes les mesures d’adaptation raisonnables possibles en classe ordinaire avant de penser à un autre type de classe. Et qu’on ne ramène pas l’excuse que les élèves plus doués en souffriront, plusieurs études démontrent le contraire ! Donc, il faut s’adapter à ceux que la loi nous confie et les accommoder. On peut lire, dans le rapport de l’UQAM, de nombreuses pistes de solutions. Pourquoi ne pas s’y atteler ? Par exemple, on y mentionne qu’un des problèmes est le manque de préparation à l’intégration de l’élève. Soit ! Cessons donc d’esquiver cette préparation, qui a toujours été une condition essentielle de la réussite à l’intégration.

Aussi, cette étude illustre bien que la formation initiale des enseignants ainsi que la formation continue ne sont pas vraiment adaptées à l’approche inclusive et à cette nouvelle réalité que le cinquième des élèves a des besoins particuliers. Encore plus surprenant, les commentaires des profs démontrent que plusieurs ne comprennent pas l’essence même de la Politique de l’adaptation scolaire. Comment peuvent-ils la mettre en pratique ?

Le problème, ce ne sont pas les élèves HDAA. C’est ce qui aurait dû être fait et qui ne l’a pas été. En fait, il n’y a rien à inventer. Tout est là. Mettre la responsabilité sur le dos des élèves pour pouvoir les tasser est sans nul doute plus facile que de s’attaquer aux vrais problèmes. Il est là, mon malaise ! Trop d’élèves sont actuellement brimés par manque de services. C’est la société de demain qui en souffrira si on continue de refuser de regarder la réalité en face.

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7 commentaires
  • Sylvain Dancause - Abonné 13 mai 2016 06 h 28

    À quand un système inclusif et non pas exclusif ?

    Votre lettre soulève des points importants : formation initiale inadéquate, manque cruel de formation continue, manque de services, etc.

    Le problème n'est pas l'intégration des élèves HDAA, mais bien l'intégration de ces élèves dans une classe régulière d'aujourd'hui. La multiplication des programmes particuliers sélectifs et la concurrence avec l'école privée ont vidé la classe régulière de ses meilleurs éléments. Ainsi, il se crée une surcharge dans les classes régulières. L'un des problèmes est donc la répartition inégale du poids de l’intégration des élèves handicapés ou des élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage.

    Dans un avis du Conseil supérieur de l'éducation publié en 2007, on mettait déjà en garde le Ministre des risques de dérive de notre système à deux vitesses. Voici deux exemples :

    "en retirant les élèves plus performants des classes ordinaires, on prive les autres élèves d’un effectif souvent mieux adapté à l’école. Les résultats des recherches sur les modes de regroupement des élèves convergent sur ce point : les regroupements hétérogènes d’élèves n’affectent pas la progression des élèves plus performants sur le plan scolaire, mais ils exercent une influence positive sur les élèves plus faibles (Dupriez, 2004).

    "En raison de l’absence des élèves « performants sur le plan scolaire », le poids de l’intégration des élèves handicapés ou des élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage repose entièrement sur les élèves de la classe ordinaire."


    Il existe de nombreuses solutions. Je vous invite à faire une recherche sur google à propos du Prof Dancause.

    • Loyola Leroux - Abonné 15 mai 2016 18 h 20

      Combien d'enseignants et de politiciens envoient leurs enfants au privé dans un systeme a 2 vitesses ? Combien d'entre eux ont étudié au privé ?

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 mai 2016 06 h 59

    Que comprendre ?

    « Tout est là. Mettre la responsabilité sur le dos des élèves pour pouvoir les tasser est sans nul doute plus facile que de s’attaquer aux vrais problèmes. » (Suzie Navert, AQIS)

    De tout temps au Québec (incluant la période de Duplessis-Léger), en effet, les « élèves » en difficulté d’apprentissage (et de comportement ?) représentent plusieurs défis-enjeux pour un système qui, relevant du monde de l’éducation, cherche à polir l’image de l’excellence, de la performance et de l’honneur plutôt que de s’ennuyer avec des problèmes liés au domaine de la « différence », un domaine d’indifférences ? … !

    Cependant et pourtant, il existe plusieurs études qui visent à démontrer, avec des vœux pieux souhaités et programmes adaptés, qu’il est et demeure possible (A) d’intégrer dans des classes présumées « régulières » ce genre d’individus qu’on tend à rejeter ou oublier, parfois, même des classes « spéciales » !

    Que comprendre ? - 13 mai 2016 –

    A : D’exemple, notre ami Pablo qui, ayant fréquenté ce qu’on parle, est devenu prof d’université : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pablo_Pineda

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 14 mai 2016 02 h 48

      « Pour avoir été un élève dysphasique, on m’avait placé dans les années 70 dans une classe régulière, mais étant donné qu’il avait trop d’élèves dans cette classe qui se moquaient de moi à cause de mes bégaiements et de mon retard académique, les enseignantes, qui ne voulaient pas discipliner les élèves fautifs, ont simplement décidé de me retourner dans les classes spéciaux. Donc, il y a de la sensibilisation à faire encore à ce niveau- là. »

      Claude Carrier (A) - 13 mai 2016 –

      A Claude œuvre à titre de responsable aux communication et promotion au Mouvement des Personnes D’Abord, région Centre-du-Qubec.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 13 mai 2016 13 h 38

    Manque de moyen, de formation....et de souplesse!

    Même avec des recommandations claires de spécialistes, les classes ordinaires n'offrirons pas le service nécessaire aux élèves en difficulté, car il manque de ressource financière, et de formation pour des problématiques particulières.

    Les classes spécialisés débordent de cas et ne peuvent offrir le service à tout ceux qui le mériteraient. Beaucoup d'école vont alors sacrifier des enfants, en les oubliant, ou alors en les expulsant car ils ne rentrent pas dans le moule de "l'enfant standard".

    Les enfants sont perdants, la société est perdante....et il y a des milliers de parents, de familles élargies, divorcés, reconstitués qui payent le prix financier et émotionnel de cet échec du sytème d'éducation.

    Les humains ne sont pas des outils de production standardisés. Dans un systeme d'enseignement rigide, la société perd ses éléments les plus créatifs et nuit à sa propre évolution.

  • Jacques Nadon - Abonné 14 mai 2016 16 h 38

    De l'intégration.... 1

    Et qu'on ne ramène pas l'excuse que les élèves plus doués en souffriront, plusieurs études démontrent le contraire!
    Cela est une excuse syndicale. Ça vient du discours qui est dénoncé par l'auteure de l'article. D'abord qu'elles sont les études qui démontrent que les élèves doués ne sont pas affectés par les élèves qui éprouvent des problèmes… S'il est vrai qu'il en existe qui démontrent que les élèves doués n'en souffrent pas, il est aussi vrai qu'il y en a qui prétendent le contraire. Sans preuve… il n'y a rien qui est démontré. Dans le cas des élèves doués, selon des études menées l'université John Hopkins et Stanford il semble qu'il faut faire quelques actions précises comme : 1. regrouper les élèves doués de manière homogène ou de petits groupes selon les habiletés, 2. que les enseignants modifient leurs stratégies pour répondre à leurs besoins, 3 que les élèves doués aient accès à une approche différenciée.
    Dans le contexte dénoncé par Mme Navert, la tâche déjà lourdes des enseignants de la classe régulière ne pourrait pas s'alourdir davantage en essayant de répondre aux besoins des élèves.
    Cependant je peux vous dire par expérience que même dans des classes d'enfants doués, il n'existe pas d'homogénéité. Il y en a plusieurs qui éprouvent des problèmes d'apprentissage et de comportement.
    Le problème des élèves doués c'est qu'ils ne sont pas reconnus. Au niveau syndical, on crie à l'injustice sociale et à l'élitisme. Rassembler dans une même classe des élèves avec un potentiel trop différent nuit
    à tout le monde. L'intégration est un objectif idéal à atteindre mais quand il y a une fracture entre la réalité de la salle de classe et l'apprentissage… Tous y perdent. On voudra bien nous dire de faire de la différenciation pédagogique pour palier à tous les problèmes mais la réalité rattrape vite l'enseignant.

  • Jacques Nadon - Abonné 14 mai 2016 16 h 38

    L'intégration... 2

    Dans la plupart des provinces canadiennes et aux États-Unis, en Australie, en Nouvelle-Zélande l'enfant doué est reconnu comme exceptionnel. Exceptionnel comme dans l'expression enfance exceptionnelle. Et dans cette catégorie on y retrouve les élèves que l'on identifie comme EHDAA.
    Au Québec… cette définition n'existe pas et est réfutée par plusieurs acteurs du monde de l'éducation.
    Si l'enfant doué est bien respecté dans la classe régulière comment se fait-il que très peu ont un plan d'intervention? On les laisse souvent à eux-mêmes. On adapte parfois. On les nomme souvent prof adjoint… Si c'est ça l'intégration. Combien d'enseignant et comment les enseignants pourraient convaincre leur direction qu'un enfant est doué et qu'il faut agir… Comment réagira la direction?

    L'intégration n'est possible que lorsque les services sont réellement mis en place et effectifs. Cela veut dire qu'on ne se limite pas à la rédaction de plan d'intervention pour se donner bonne conscience et prétendre que le service a été rendu quand il n'y a eu que deux ou trois visites de cadre de porte qu'on appellera visite de soutien…