QS c. PQ: extrême gauche contre gauche réformiste

Selon Louis Fournier, Françoise David de Québec solidaire devrait dire: «Au Québec, il n’y a qu’un seul parti d’extrême gauche, et c’est nous.»
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Selon Louis Fournier, Françoise David de Québec solidaire devrait dire: «Au Québec, il n’y a qu’un seul parti d’extrême gauche, et c’est nous.»

« Au Québec, il n’y a qu’un seul parti à gauche, et c’est nous », affirmait ex cathedra Françoise David, l’âme dirigeante de Québec solidaire, dans une entrevue que publiait Le Devoir il y a tout juste un an, le 30 mai 2015.

Une telle déclaration excessive illustre bien à quel point il sera difficile de faire alliance avec des gens aussi dogmatiques et qui se croient en possession de la vérité, héritage des vieilles certitudes de leur passé marxiste-léniniste. Si Françoise David disait vrai, le Québec serait bien la seule nation au monde où l’électorat de gauche serait si peu nombreux. En effet, QS a recueilli à peine 7,6 % des voix lors du dernier scrutin, en avril 2014, et les derniers sondages lui donneraient environ 10 % des suffrages. Se pourrait-il que la grande majorité de l’électorat de gauche ait voté pour une autre formation politique social-démocrate, le Parti québécois ? En fait, Mme David aurait été mieux avisée de dire : « Au Québec, il n’y a qu’un seul parti d’extrême gauche, et c’est nous. »

Dans une entrevue au Journal de Montréal, elle a bien montré l’ampleur de son radicalisme. QS, a-t-elle dit, est « le parti le plus à gauche en Amérique du Nord ». Plus à gauche, donc, que tous les petits partis radicaux qui participent à des élections au Québec, au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Cela commence à faire très à gauche…

À son dernier congrès, QS n’a invité que des représentants de la gauche radicale socialiste et communiste comme Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, Die Linke en Allemagne et les amis du populiste rouge bon teint Jean-Luc Mélenchon en France. C’est le seul parti qui accueille en son sein des collectifs marxistes, dont des groupes trotskystes qui se qualifient de révolutionnaires. Comme modèles politiques, QS se réfère à la Bolivie et à l’Équateur, des sociétés fort semblables au Québec de 2016, comme chacun sait… Pas étonnant que ce petit parti gauchiste, qui exècre la social-démocratie, reste marginal depuis sa fondation il y a dix ans ; et qu’il le demeurera.

Il faut bien appeler un chat un chat : QS se situe à la gauche de la gauche, là où l’on préfère l’opposition pure et dure plutôt que le pouvoir qui oblige à des compromis. Dans tous les pays du monde, un tel parti s’appelle un parti d’extrême gauche et non pas de gauche. Et ce, contrairement à ce qu’on peut souvent lire et entendre dans nos médias qui ne font pas la différence entre la gauche et ses extrêmes.

Le PQ social-démocrate

En réalité, la grande majorité de l’électorat de gauche vote, encore et toujours, pour le Parti québécois. Comme en témoignent ses réalisations lorsqu’il fut au pouvoir, le PQ est un parti de centre gauche, progressiste et également pragmatique, qui appartient à la grande famille de la social-démocratie. Celle-ci accepte l’économie de marché qu’elle choisit de réguler grâce à l’intervention de l’État. Elle favorise aussi la concertation entre les partenaires sociaux, en premier lieu les syndicats et le patronat.

Le PQ a réaffirmé récemment ses orientations de base lors d’un Conseil national. Outre l’indépendance de notre patrie, le Québec, il s’engage à promouvoir la social-démocratie, la justice sociale, la langue française, la culture québécoise et la protection de l’environnement. Dans un message adressé aux jeunes, il propose de « façonner avec eux le projet d’un pays vert et ouvert sur le monde ».

La réussite économique et sociale du Québec lui tient à coeur. Comment en effet maintenir et améliorer notre système d’éducation et nos programmes sociaux, parmi les plus généreux en Amérique du Nord, si notre économie n’est pas plus forte et plus prospère ? Comment redistribuer la richesse si on n’en produit pas davantage ? Il faut donc stimuler la création d’emplois, l’entrepreneuriat, notre économie nationale et ses fleurons, comme le fit en son temps le grand Jacques Parizeau qui apporta notamment son soutien à la création du Fonds de solidarité de la FTQ.

À cet égard, la Coalition avenir Québec paraît plus proche du PQ que ne l’est Québec solidaire, pour qui une telle approche relève du capitalisme néolibéral. Au sein du PQ, des militants radicaux du SPQ Libre défendent souvent des positions socio-économiques proches de celles de QS.

Le parti de Lévesque

En terminant, j’aimerais rappeler que le PQ d’aujourd’hui n’est pas différent, sur le fond, du parti fondé par René Lévesque en 1968. En plus d’être une large coalition d’indépendantistes de tous horizons qui s’unissent pour réaliser leur idéal, il est toujours cette formation réformiste dont M. Lévesque avait bien tracé les contours à l’époque. Le PQ, écrivait-il, se situe « dans la mouvance d’une social-démocratie à la scandinave, ce qui est le maximum de progressisme pour une gauche sérieuse dans le contexte nord-américain ».

Quel que soit son nouveau chef, je suis convaincu que le PQ restera fidèle à la voie tracée par son fondateur, l’homme politique le plus aimé du peuple québécois.

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70 commentaires
  • David Leblanc - Inscrit 9 mai 2016 00 h 59

    Sur le même sujet : La gauche est-elle condamnée à l'opposition?

    Le Devoir de débattre de février je crois, avant la main tendu du PQ à QS.
    Alors que Québec Solidaire souligne son 10e anniversaire, Françoise David, Michel David, Jean-François Lisée et Marie Grégoire débattent à savoir si la gauche est condamnée à l’opposition. Antoine Robitaille, anime le débat.
    A voir sur canalsavoir.tv

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 mai 2016 09 h 07

      "La gauche est-elle condamnée à l'opposition?"- Le Devoir

      Un titre presque pas tendancieux qui cherchait à orienter le débat et où finalement, il a davantage été question du PQ et de sa convergence que de la situation de la gauche au Québec.


      Christian Montmarquette

  • Diane Gélinas - Abonnée 9 mai 2016 01 h 19

    Cher M. Fournier, anticipez une «Montmarquetterie» mémorable!

    On jase là... Supposons que madame Véronique Hivon, 46 ans, soit la nouvelle cheffe du PQ... et Françoise David, 68 ans, la co-cheffe de QS... Laquelles des deux femmes représentent l'avenir des jeunes d'après vous ?

    Je crois que votre description d'extrême gauche sied très bien à QS qui réunit toutes les tendances marxistes, léninistes, communistes, socialistes, et autres «istes» que vous avez couvert durant votre vie active journalistique et vous conviendrez qu'à l'époque, ces groupuscules se vouaient aux gémonies les uns les autres, chacun prétendant posséder LA Vérité Vraie !!!

    Votre texte est l'exposé le plus éloquent quant au retour des jeunes dans les rangs du PQ, ce qui le dynamisera et le renouvellera. Les vieux d'la vielle du PLQ, de la CAQ en perdront aussi leur latin... si toutefois ils comprennent l'expression.

    Une jouissance particulière serait d'être témoin d'affrontements Hivon-Couillard à la période des questions... et surtout de réponses. Dans ce nouveau contexte, c'est le PQ qui devrait indiquer à QS qu'il n'occuperait jamais un siège à côté d'un des leurs.

    Espérons que la prochaine élection se fera sur la base de l'indépendance contre le statu quo, et que les électeurs québécois décideront enfin d'être majoritaires au Québec (PQ) plutôt qu'être d'éternels minoritaires au Canada (PLQ).

    • Cyril Dionne - Abonné 9 mai 2016 07 h 48

      J'aborde dans le même sens de votre commentaire Mme Gélinas. La Montmarquetterie n'est pas loin. Et, lorsqu'un parti est à la gauche de la gauche, n'est-il pas à droite ? Regardez qui font élire les libéraux élections après élections.

      Personne n'embarque dans cette petite chaloupe d'extrême gauche. Le capitalisme est la forme idéale pour promouvoir la richesse tout en appelant à la nature même de l'Homme. Enfin, le petit parti d'extrême gauche dont il est question, ressemble bien plus à une secte religieuse.

    • Jacques Patenaude - Abonné 9 mai 2016 09 h 22

      "Une telle déclaration excessive illustre bien à quel point il sera difficile de faire alliance avec des gens aussi dogmatiques et qui se croient en possession de la vérité, héritage des vieilles certitudes de leur passé marxiste-léniniste."
      Assez d'accord avec l'analyse sur QS mais un petit bémol quand même à propos des anciens ML. Ceux-ci en réalité se sont dispersés dans tous les parti des libéraux à Qs en passant par le PQ, le bloc et QS. QS rallie surtout les anarchistes, dernière idéologie propre au XIX siècle encore à la mode. Ils ont tous les traits propres aux anciens gauchistes: ML, troskistes et touti quanti. La même façon jésuitesque de débattre démontre que sont pour beaucoup de jeunes vieux nostalgiques du grand soir.
      Quand au PQ il semble avoir compris que le moment PKP n'était pas la meilleure idée. Attendons de voir ce Mme Hivon et les autres candidats nous proposerons

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 mai 2016 09 h 32

      À Diane Gélinas,

      "C'est le PQ qui devrait indiquer à QS qu'il n'occuperait jamais un siège à côté d'un des leurs"." -Diane Gélinas

      Certains péquistes ne cessent répéter des faussetés sans d'abord s'informer. À les entendre on croirait qu'ils préfèrent être désinformés pour mieux pouvoir désiformer le public par la suite.

      Françoise David dit qu'elle ne s'assoirait jamais à côté de PKP "dans des banquettes péquistes".

      Autrement dit, qu'elle ne fusionnerait jamais avec le PQ, ce qui semble plus que normal, Car il est bien fini le temps du bipartisme au Québec et Québec Solidaire ne répètera pas l'erreur du RIN.

      Mais Françoise David n'a jamais dit que Québec Solidaire ne pourrait pas faire partie d'un gouvernement de coalition avec le Parti québécois à certaines conditions bien sûr, dont un certain programme commun.

      Mais ce projet a rapidement été largué par le Parti québécois qui s'est prétendu social-démocrate et s'est rangé du côté du Parti libéral et de la CAQ en rejetant la motion de Québec Solidaire du salaire minimum à 15$ de l'heure.

      - Social-démocrate le Parti québécois?

      Après un tel refus du PQ qui favorise la droite patronale et les entreprises, au détriment des travailleurs et travailleuses, de la justice sociale et d'une société plus égalitaire. N'est-on pas en droit de nous poser la question?

      Christian Montmarquette

    • Jean-François Trottier - Abonné 9 mai 2016 10 h 07

      M. Montmarquette, je serai bref: vous parlez à travers votre chapeau.

      Mme David quer vous cites tant n'est PAS chef de QS. Elle n'a aucune responsabilité à cet égard que de représenter ses électeurs,. et n'a de représentante de QS que le titre dont elle s'est affublée elle-même en petite chapelle pour ensuite être plébiscitée dans la liesse. Une bonne et gentille personne, une excellente députés d'opposition et de terrain... et l'alliée directe du PLQ par son refus du pouvoir tant dans son parti qu'au Québec.

      Pour un parti dont la politique est si structurée que rien n'y est laissé au hasard quant à chaque aspect de la vie de chaque individu, c'est d'une faiblesse qui pue la stratégie du fantôme: on ne peut confronter personne dans ce parti-savon, ni dans ses positions, ni dans ses réalisations qui sont de toute façon inexistantes. Des voeux creux et une programme fait d'idées tout autant hirsutes qu'extrêmement contrôlantes.

      Enfin, puisque vous tenez tant à démontrer que vous seul avez raison, ben, soyez seul.

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 9 mai 2016 14 h 19

      Je suis assez sidéré qu'un commentaire qui commence par "On jase là... Supposons que madame Véronique Hivon, 46 ans, soit la nouvelle cheffe du PQ... et Françoise David, 68 ans, la co-cheffe de QS... Laquelles des deux femmes représentent l'avenir des jeunes d'après vous ?" reçoive, jusqu'à maintenant au moins, 18 "j'aime" ! Faut-il qu'on soit à ce point dépourvu d'autres arguments pour s'en remettre à l'age des personnes concernées ! On peut malheureusement très bien être réactionnaire à tout age !
      De plus on se demande pourquoi dans la liste des "istes" énumérés il manque, sans doute par hasard, le terme "nationalistes"
      Faut-il préciser que je ne suis, de près ou de loin, aucun parti ou groupe politique .
      Pierre Leyraud

    • Christian Montmarquette - Abonné 10 mai 2016 09 h 21

      À Cyril Dionne,

      "Personne n'embarque dans cette petite chaloupe d'extrême gauche... Regardez qui font élire les libéraux élections après élections.."- Cyril Dionne

      La logique de Cyril Dionne vraiment implacable.

      Comment peut-il prétendre que personne n'embarque avec Québec Solidaire et affirmer du même souffle qu'il rassemble assez de monde pour faire perdre le PQ et faire élire les libéraux?

      Ceci dit, Jean-François Lisée vient de reconnaitre lui-même que le PQ a perdu les dernières élections non pas à cause de QS, mais parce que 320,000 péquistes ne se sont même pas donné la peine de voter pour leur propre parti en 2014.

      Le problème du PQ qui a perdu 90,000 membres depuis 2005 n'est donc pas Québec Solidaire, mais l'incapacité de mobiliser ses propres troupes.

      Ajoutons à cela cet incroyable raccourci intellectuel qui prétend que les votes de Québec Solidaire iraient automatiquement dans l'urne péquiste si QS n'était pas là. Alors que QS a ses propres votes de gauche et qu'il serait fort étonnant que des gens de gauche votent pour un parti de droite comme le PQ qui s'attaque à l'aide sociale et gavent les entreprises à coups de milliards à chaque fois qu'il prend le pouvoir,

      Christian Montmarquette

  • Jacques Lamarche - Inscrit 9 mai 2016 06 h 36

    Quand QS devient la référence, ...

    TOUS les partis se situent très à droite, le PQ comme les autres, juste un peu à gauche de l'extrême droite néolibérale!

    Bref, chez les progressistes, Françoise et Amir logent dans une classe à part, celle d'une idéologie qui pour la justice, prône la guerre contre le système et ses institutions! Dommage!

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 9 mai 2016 06 h 52

    Je dois

    Pour cet exposé détaillant «exactement» de qu'est QS, je dois vous remercier.
    Peut-être verrons-nous apparaitre un ou deux supporteurs «extrême» de cette position «extrême» et ma réponse est : «ouais pis !».

    Les jongleurs à une seule balle m’agacent, mais ne m’impressionnent pas.

    Bonne journée.

    PL

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 9 mai 2016 07 h 37

    Appeler un chat un chat!

    Je ne suis pas à QS et la façon dont M David positionne QS sur l'échiquier politique québécois ou nord américain relève plus du "marketing" politique que d'une analyse sérieuse.
    Cela dit il me semble qu'il faut appeler un chat un chat et, quand on lit "Comment redistribuer la richesse si on n’en produit pas davantage ? Il faut donc stimuler la création d’emplois, l’entrepreneuriat, notre économie nationale et ses fleurons, ..."et qu'en même temps on dénigre QS pour "pour qui une telle approche relève du capitalisme néolibéral." j'aimerais bien que L Fournier me montre la différence entre ce credo nèo-libèral et le néo-libéralisme. Il est vrai qu'on apprend que la social-démocratie " accepte l’économie de marché qu’elle choisit de réguler grâce à l’intervention de l’État.". Sans il doit s'agir d'une régulation par crises financières successives ! Il fallait y penser .
    Pierre Leyraud

    • Christian Montmarquette - Abonné 9 mai 2016 09 h 56

      À -Pierre Leyraud ,

      "Comment redistribuer la richesse si on n’en produit pas davantage"-Pierre Leyraud

      De la richesse il y en a en masse au Québec.

      Le problème c'est qu'elle est distribué vers le le haut du 1% des entreprises et de l'élite économique, plutôt que réparti vers le bas du 99% des gens ordinaires.

      D'ailleurs le Québec pourrait récupérer plus 10 milliards par année s'il était dirigé par un parti de gauche comme QS, en congé fiscal aux banques et aux entreprises; en redevances minières et en créant des sociétés d'États comm Pharma-Québec et une banque nationale du Québec.

      Ajoutons à cela que l'élimination de la pauvreté ferait économiser plus 8 milliards par année en coûts de santé selon une étude gouvernementale du CEPE et vous l'avez déjà votre richesse nécessaire à la social-démocratie.

      Christian Montmarquette