Ce sont les femmes qui vont sauver la planète

Le dernier chapitre du grand livre de Naomi Klein intitulé «Perpétuer la vie» est absolument remarquable.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le dernier chapitre du grand livre de Naomi Klein intitulé «Perpétuer la vie» est absolument remarquable.

« Ce sont les femmes qui vont sauver la planète » : je me disais cela en lisant le livre de Naomi Klein Tout peut changer, une oeuvre remarquable sur le capitalisme et le changement climatique. Les données et les analyses de Klein sont solides, claires, percutantes tout au long des 500 pages de son livre. Et elle est honnête : elle paye ses dettes intellectuelles : elle dresse, en finale, la liste imposante des 900 auteurs sur lesquels elle s’est appuyée pour démontrer que l’homme est en train de donner son coup de mort à notre planète. À moins que…

Je me disais donc en lisant Tout peut changer dont je m’apprête à citer quelques phrases, qu’il n’y avait qu’une femme pour écrire ce livre-là. Les femmes n’ont pas joué à fond et en première ligne au jeu du capitalisme qui est en train de détruire la Terre mère. Elles n’ont pas créé la bourgeoisie capitaliste et elles ne gèrent pas « ce modèle économique qui est en guerre contre la vie sur terre ». « Une imposante majorité de climatosceptiques sont de race blanche et de sexe masculin. La climatologie constitue un affront à leur croyance la plus profonde et la plus chère : la capacité — à vrai dire le droit — pour "l’espèce humaine” de soumettre la Terre et tous ses fruits, d’imposer sa maîtrise sur la nature. »

Il y a des phrases de Naomi Klein qui résument bien son indignation et sa révolte : « Non seulement les sociétés pétrolières reçoivent des subventions oscillant entre 175 et 1000 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale, mais elles jouissent sans frais du privilège d’utiliser l’atmosphère — un bien collectif — comme un vaste dépotoir gratuit. »

Le dernier chapitre du grand livre de Naomi Klein intitulé « Perpétuer la vie » est absolument remarquable. Il s’ouvre avec la citation d’une sage-femme mohawk, Katsi Cook : « Que la femme soit l’environnement est un enseignement fondamental. Pendant la grossesse, son corps porte la vie. […] Elle nourrit au sein les enfants qui formeront la nouvelle génération. Son corps façonne la relation qu’aura la nouvelle génération avec la nature et avec la société. La Terre est notre mère à tous, disent les aînés. En tant que femmes, nous sommes donc la Terre. »

En lisant ces phrases bouleversantes, je me suis souvenu de ce texte de David Suzuki : « À part les Amérindiens, les habitants de la terre (les hommes) n’ont jamais perçu leur planète comme une matrice, une partie d’eux-mêmes, mais plutôt comme une matière à exploiter. » (On comprend que les Amérindiens en soient arrivés à se suicider.)

Et puis, pendant les 30 pages qui suivent et qui ne peuvent pas ne pas nous toucher en profondeur, Naomi Klein se ramène à elle-même, à ses angoisses, à ses émotions, à ses peurs. Elle nous raconte avec grande précision les difficultés qu’elle a eues pour enfanter, ses multiples fausses couches, ses essais infructueux de fécondation in vitro, son renoncement à la procréation médicalement assistée. « Sur cette terre maternelle et nourricière, écrit-elle, comment situer les femmes qui, comme moi, sont incapables de donner la vie ? J’ai parfois la douloureuse impression que le lien entre mon corps et le cycle de la création s’est rompu… »

Et pendant cette période angoissante d’infertilité, elle a réalisé au plus profond d’elle-même que « la Terre, notre mère à tous, loin d’être une figure mythique incarnant la création et l’abondance vit elle-même une grande crise de fertilité… Pour de plus en plus d’espèces, le dérèglement climatique crée des pressions qui mettent en péril leur principal outil de survie : la capacité de donner la vie, de transmettre leur bagage génétique. Trop souvent, l’étincelle de vie originelle est éteinte, annihilée à son stade le plus vulnérable : dans l’oeuf, dans l’utérus, dans le nid, au fond de la tanière ».

Mais tout à coup, voilà que Naomi Klein se met à croire que Tout peut changer (c’est le titre qu’elle donne à son livre, en première de couverture : en quatrième de couverture, le titre est : Capitalisme et changement climatique). C’est qu’elle est devenue féconde et mère. Elle s’extasie, en fin de compte, devant « le triomphe du saumon… », cet athlète olympique (afin d’enfanter, il passe de l’eau salée à l’eau douce pour revenir à l’eau salée) qui incarne à merveille l’instinct de survie à l’oeuvre sur la planète. Quand on a fini de lire le grand ouvrage de Naomi Klein, on se dit : un homme qui a la tête sur les épaules ne peut pas ne pas être féministe.

24 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 3 mai 2016 04 h 38

    Des enfants souvent devenus guerriers

    N'en est-il pas toujours été ainsi, qu'ajouter de plus sinon que les hommes ont toujours été obsédés par leur chimère, les pauvres ils sont toujours en train de chercher une raison d'etre, se pourrait-il que les hommes demeurent d'éternels enfants

  • Cyril Dionne - Abonné 3 mai 2016 07 h 52

    Peut-être, mais il est déjà 12:05

    Mais il est peut-être trop tard Mme Klein. Lorsque vous réussirez à convaincre les gens d'avoir moins d'enfants, il y aura peut-être de l'espoir. Et bonne chance parce qu'avec les superstitions que nous avons développé (les religions), le défi semble être impossible. Le réchauffement climatique, les guerres, les famines, le manque évident d'eau potable etc., prennent leur source dans le phénomène de la surpopulation. Trop d'humains occupent déjà un si petit territoire. Ceci n'a rien à voir avec le capitalisme, le socialisme, le communisme et tous les autres "ismes".

    En passant, l'âge moyen d'un Amérindien ne dépassait guère les 25 ans durant cette épopée qu'on essaie de nous dépeindre comme merveilleuse.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 4 mai 2016 15 h 00

      «l'âge moyen d'un Amérindien ne dépassait guère les 25 ans»

      Pouvez-vous m'expliquer alors comment faisaient-ils, ces amérindiens, pour que les dirigeants de l'époque s'en remettaient aux «grands-mères» ?

      Étriquer la lecture de l'Histoire donne des raisonnements «étriqués».

      PL

    • Cyril Dionne - Abonné 5 mai 2016 07 h 50

      Les enfants avaient des enfants dès l'âge de la puberté. Et on parle de l'âge moyen. Il n'avait pas beaucoup de grands-mères qui survivaient M. Lefebvre. Ceci est un autre mythe.

  • Bernard Terreault - Abonné 3 mai 2016 07 h 58

    Pas si sûr

    Pour chaque Naomi Klein, il y a une Rachel Notley et une Rona Ambrose.

  • - Inscrit 3 mai 2016 08 h 28

    Touchant, et pertinent.

    M. Warren, vous rendez dans ce texte un très fort sentiment humain qui donne le goût de lire cette auteur, connue comme militante, mais trop peu par ses textes. Votre témoignage vise juste et l'essentiel.

    "un homme qui a la tête sur les épaules ne peut pas ne pas être féministe." dites-vous, on ne peut mieux dire.

  • Hélène Paulette - Abonnée 3 mai 2016 08 h 30

    La Stratégie du Choc

    Il faut aussi lire ce livre de Klein, une magistrale démonstration du désastre néo-libéral.