Panama Papers: et si le scandale était américain?

Si les trusts panaméens ont servi à soustraire les avoirs de conjoints fortunés aux jugements de divorce (Le Monde), alors les proches des politiciens qui le font sont forcément présentés comme des corrompus. Mais s’il y avait une autre explication : échapper à la prédation économique des États-Unis.

Toute transaction internationale libellée en dollars relève abusivement pour les États-Unis du droit américain. BNP Paribas a payé « volontairement » 9 milliards d’amendes pour des opérations en dollars avec des pays comme l’Iran, Cuba et le Soudan sous embargo américain dont la portée extraterritoriale est pourtant contestable. Malgré l’absence de rattachement juridique avec les États-Unis, hors le libellé des échanges en dollars, il a suffi au procureur de New York de menacer la BNP d’exclusion du marché bancaire pour amener la banque à résipiscence.

Vouloir sortir de cette emprise, suggérer de libeller les paiements de pétrole en une devise autre que le dollar est dangereux : Chávez a été victime d’un coup d’État (raté finalement) ; Saddam Hussein et Kadhafi ont eu moins de chance. L’Iran a nié mollement pareille intention et a pu célébrer un accord péniblement arraché. Reste les trusts secrets.

L’Autorité palestinienne est aujourd’hui dénoncée parce que le fils de Mahmoud Abbas serait signataire d’un compte aux îles Vierges. Pourtant, il ne fait que reproduire la tactique de nombreux gouvernements ciblés : mettre l’argent public à l’abri de la saisine des États-Unis. Tous les administrateurs du monopole étatique vénézuélien du pétrole étaient signataires d’un trust panaméen ; les fils de Kadhafi ainsi que les Irakiens visés par les saisies américaines aussi. C’est pourtant le seul moyen pour ces États d’éviter le sort de l’Iran dont les fonds ont été gelés depuis 1979 (prise d’otages américains). Récemment, le juge Griesa de New York, qui gelait depuis 14 ans toute transaction en dollars de l’Argentine, a libéré tous les fonds, parce qu’avec le nouveau gouvernement Macri, pro-américain, « les circonstances rendaient ces injonctions dommageables pour l’intérêt public » (Associated Press, le 6 mars). Maintenant que les milliards sont entrés aux États-Unis, la Cour d’appel vient de casser les jugements qu’elle avait tolérés pendant tout ce temps.

Devant une démonstration aussi éclatante que la justice américaine n’est au service ni du capital, ni de l’impérialisme, on peut comprendre que les États, en froid avec l’hégémonisme américain, utilisent des moyens pour échapper à sa rapine. Panama en était un. Peu de concussionnaires américains y avaient recours, pour cause. La corruption n’explique donc pas tout.

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