Le parti ouvert de Mulcair

«Cette peur presque paranoïaque d’être accusé d’être noyauté par des “séparatistes” a amené Thomas Mulcair à vouloir tout contrôler», écrit Alain Picard.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne «Cette peur presque paranoïaque d’être accusé d’être noyauté par des “séparatistes” a amené Thomas Mulcair à vouloir tout contrôler», écrit Alain Picard.

Dimanche à Edmonton, dans un ultime espoir de convaincre les délégués qu’il méritait toujours leur confiance, Thomas Mulcair a cru bon leur promettre « d’ouvrir le parti ». Lorsque je l’ai entendu prononcer ces mots, je me suis dit, fort probablement comme la plupart des membres du parti, que c’était trop peu, trop tard.

Quand Thomas Mulcair a été choisi pour succéder à Jack Layton, tous les espoirs étaient permis. Moi, comme tant d’autres, avons relevé nos manches, milité et travaillé d’arrache-pied pour ancrer ce parti nouvellement né au Québec. Mais dès le départ, alors que l’on s’attendait à sentir un vent qui allait donner une vélocité à nos efforts pour accoucher d’idées novatrices et stimulantes pour le parti, un mur de forteresse s’est vite érigé devant nous.

Au lieu de profiter de l’impulsion donnée par son élection pour justement ouvrir le parti, susciter le débat et innover, Thomas Mulcair a plutôt choisi de fermer les vannes et d’empêcher le parti de prendre son envol. Tristement, notre principal ennemi est rapidement devenu notre propre parti. Plutôt que de nous faire confiance, de se faire confiance, le NPD sous la direction de Mulcair a eu peur de son ombre en décourageant la réflexion et l’innovation.

J’en prendrai entre autres pour preuve cette résolution que l’association de Laurier–Sainte-Marie a fait adopter en assemblée générale lors du congrès tenu à Québec au printemps 2014. Notre résolution mandatait le NPD pour qu’il crée un Conseil canadien des ministres de la Culture dont l’objectif est de favoriser d’éventuelles discussions afin d’accorder certains pouvoirs en la matière à des provinces qui en feraient la demande.

De toute évidence, ce n’était rien de bien compromettant. Mais cela nous apparaissait comme une suite logique à la déclaration de Sherbrooke, qui promettait aux Québécois un fédéralisme asymétrique et à l’écoute des provinces.

Attablé pour dîner ce jour-là aux côtés d’Anne McGrath, alors directrice générale du NPD, cette dernière me confie candidement : « Vous savez Alain, quand Tom parle du bilinguisme des juges de la Cour suprême à Vancouver, il perd des votes. Alors, vous savez, votre résolution sur la culture… » J’ai avalé de travers. Mais voilà, tout avait été dit.

Cette peur presque paranoïaque d’être accusé d’être noyauté par des « séparatistes » a amené Thomas Mulcair à vouloir tout contrôler. Si bien qu’au cours du règne de ce dernier, les membres ont été tenus en laisse, comme s’ils étaient les ennemis de leur propre parti. Un parti qui a confiance en lui, qui est prêt à ouvrir le débat, à assumer ses choix et à courageusement les défendre n’agit pas ainsi.

Avant même les élections de 2015, plusieurs membres de la première heure ont été découragés par ce chef qui n’avait rien d’un démocrate. L’ouverture et la confiance insufflées au parti par Jack Layton manquaient cruellement. À preuve, il n’a jamais été question du bilinguisme des juges de la Cour suprême dans les enjeux soutenus par le NPD aux dernières élections fédérales, et encore moins d’un Conseil canadien des ministres de la Culture, entre autres. Ces politiques avaient pourtant été votées par les membres.

En ce sens, même si cela peut paraître contradictoire, sa défaite s’avérera peut-être un gain pour le Québec. Un nouveau chef issu d’une province anglophone aura sans doute plus de facilité à assumer toute la portée de la déclaration de Sherbrooke adoptée sous Layton, sans que les Canadiens anglais perçoivent cela comme une prise de contrôle du parti par de vilains « séparatistes ».

À voir en vidéo