La joie de l’amour dans les familles

L’exhortation apostolique Amoris Laetitia (« La joie de l’amour ») fera couler beaucoup d’encre. François a choisi le bon ton : il dépasse la polémique pour s’intéresser aux cas et aux exemples concrets. Son propos est éminemment pastoral : il veut une Église soucieuse de la fragilité humaine qui dépasse le code du permis et du défendu. J’ai parcouru rapidement en ligne les 325 numéros, mais il faudra les approfondir, selon le souhait du pape, « morceau par morceau » (no 7).

On reconnaît tout de suite le style François : concret, libre, ouvert, nuancé. Dans une sorte de « programme » de vie pour les familles d’aujourd’hui, le pape fait confiance. Il invite les personnes à l’exercice d’une liberté responsable, à l’accueil et au respect de l’autre, à l’éducation des enfants dans la liberté, à la miséricorde en tout temps, loin de toute forme de rigidité. Cette invitation à l’amour interpelle l’Église à « s’inculturer » quand elle doit interpréter certains aspects de la doctrine : « Tous les débats doctrinaux, moraux ou pastoraux ne doivent pas être tranchés par des interventions magistérielles » (no 3). Bref, ce n’est pas nécessaire que tout vienne de Rome.

Trois verbes pour un tournant

Trois verbes-clés servent de phares ou de balises pour nous guider dans la lecture de ce document très dense qui ressemble à un itinéraire spirituel : accompagner, discerner, intégrer. Le pape embrasse large, mais son étreinte n’est pas étouffante. Il montre que les normes générales ne s’appliquent pas nécessairement à tous de la même manière, que tout n’est pas noir ou blanc.

Ce discernement au cas par cas est palpable dans les neuf chapitres. Le pape puise beaucoup dans les Écritures, bien sûr, mais aussi chez Thomas d’Aquin, Benoît XVI, et surtout Jean-Paul II qui a développé une « théologie du corps » (no 151). Ces textes montrent combien on est loin du dualisme corps et esprit, chair et péché, qui a tant marqué des générations de chrétiens.

François propose des pistes concrètes et il n’élude aucune question qu’il aborde avec beaucoup de miséricorde : union libre, divorce, accession à la communion sacramentelle aux divorces remariés, homosexualité, familles monoparentales, etc. Il mise sur la conversion des personnes, la compréhension des prêtres face aux multiples réalités familiales et sur l’importance de ne condamner personne.

Telle est la méthode François. Il avance à petits pas sans rien bousculer. Pour certains, il va trop loin, pour d’autres pas assez. Il fait le pari d’intégrer ceux et celles qui sont sur le bord du chemin, tout en accompagnant les autres dans la joie de l’amour et de l’espérance. Il termine ainsi : « Cheminons, familles, continuons à marcher ! Ce qui nous est promis est toujours plus. Ne désespérons pas à cause de nos limites, mais ne renonçons pas non plus à chercher la plénitude d’amour et de communion qui nous a été promise » (no 325). Il lançait un peu la même invitation à la fin de son encyclique prophétique Loué sois-tu sur l’écologie intégrale : « Marchons en chantant ! Que nos luttes et notre préoccupation pour cette planète ne nous enlèvent pas la joie de l’espérance » (no 244). Deux textes majeurs qui marquent un tournant dans l’histoire de l’Église.

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