Autochtones: mettons fin à la discrimination

«Je ne veux plus jamais qu’un jeune se sente mal de répondre à une simple question “d’où tu viens”, juste parce qu’il est autochtone et qu’il a peur de se faire discriminer», écrit Cynthia Smith.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Je ne veux plus jamais qu’un jeune se sente mal de répondre à une simple question “d’où tu viens”, juste parce qu’il est autochtone et qu’il a peur de se faire discriminer», écrit Cynthia Smith.

On m’a demandé si je venais d’Amérique du Sud ou centrale, de la Méditerranée, du Moyen-Orient et même de l’Inde. Christophe Colomb vous aurait peut-être confirmé cette dernière tentative, mais en 2016, je pense qu’il a été démontré que le vent a peut-être poussé trop fort dans les voiles, ou pas assez, je ne sais plus. Et pourtant, lorsque je réponds que je viens d’ici, de cette terre appelée Canada, Québec, de cet endroit appelé Maniwaki, les gens ne savent plus quoi répondre. « Tu es une Indienne ? T’as pas l’air. T’es ben plus belle. Je n’ai rien contre les Indiens, mais sont pas ben belles les Indiennes d’habitude. » La seule femme du Canada à avoir gagné le titre de Miss Univers dans toute l’histoire de ce concours, à ce jour, n’est-elle pas autochtone ? […] Merci, Ashley Callingbull.

La discrimination brise des coeurs, des âmes, des corps et parfois même des vies. Perte de confiance en soi. Décrochage scolaire. Drogue. Mutilations. Suicide. Comme plusieurs, quand j’étais petite, j’ai subi de la discrimination parce que je suis autochtone. Les enfants à l’école m’ont bombardé de remarques telles que « tes parents paient pas de taxes, ils sont toujours saouls, vous vivez dans un tipi l’été et dans un igloo l’hiver, vous vous promenez en skidoos ». Tout ça parce qu’on m’a demandé où j’étais née et que j’ai répondu : Maniwaki. Ça m’avait fait tellement mal. En vieillissant, quand on me demandait si je venais d’Amérique du Sud, je répondais « oui ». Vint même un temps où lorsque la question fatale « d’où tu viens ? » faisait surface, je répondais moi-même un pays du Sud. J’appréhendais. On peut porter les marques de la discrimination toute sa vie et encore on y est confronté tous les jours. Dans cette ère de technologie, la discrimination prend une ampleur désolante […]. On dirait que tout le monde a son opinion, mais qui sont ceux qui connaissent réellement l’histoire du Canada et ses impacts sur les peuples autochtones […] ? La discrimination, ça rabaisse, ça étouffe, ça brûle, ça déchire. Ça tue.

Quelle place ?

Pourtant c’est partout. Mes propres amis, dans la vingtaine, des gens éduqués, peuvent parfois prononcer des remarques discriminatoires : « Cette personne dans la rue c’est une vraie autochtone, elle vit la vraie misère, elle vient du Nord, elle a connu ça la réserve, elle a une carte qui le prouve. Je suis allée dans le Nord, je sais comment ça marche, moi. Toi t’es à l’université, tu as un toit, c’est pas pareil. Je suis sûr que tu comprends ce que je veux dire ? » Non, je ne comprends pas. Comment des professionnels, des gens éduqués, monsieur madame Tout-le-monde, des enfants peuvent ainsi s’exprimer à l’endroit des peuples autochtones du Canada ? Ces peuples qui les ont accueillis à bras ouverts, qui leur ont fait partager leurs savoirs, montré comment survivre en ces terres inconnues, à qui ils doivent la vie. Comment se fait-il que les livres d’histoire ne reflètent toujours pas la réalité et qu’aucune place ne soit accordée à l’auto-histoire autochtone ? […]

Aujourd’hui quand on me demande d’où je viens, je partage fièrement mes origines autochtones. J’y vois une responsabilité, à l’égard de ma famille, de mes ancêtres, des générations actuelles et futures. À l’égard de la société. Notre société. Celle que l’on bâtit ensemble tous les jours. Je ne veux plus jamais qu’un jeune se sente mal de répondre à une simple question « d’où tu viens », juste parce qu’il est autochtone et qu’il a peur de se faire discriminer. C’est pourquoi je suis engagée dans le projet jeunesse des droits de la personne lancé par Montréal autochtone. Depuis septembre 2015, nous recevons des enseignements de différents acteurs du milieu communautaire pour monter notre propre campagne contre la discrimination qui est lancée ce lundi 21 mars. Je crois fermement dans l’éducation et le dialogue pour faire avancer les choses. Après tout, Mandela ne nous a-t-il pas fait comprendre que l’éducation peut changer le monde ? Aujourd’hui, à ma manière, je mets fin au cycle de génocide culturel des peuples autochtones du Canada. Vous le pouvez aussi. Ensemble, arrêtons la discrimination. Tout ça juste parce que je suis autochtone. Aujourd’hui, je veux que ça change !

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3 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 21 mars 2016 09 h 22

    Renouons avec l'esprit de Champlain!

    C'est bien connu Champlain avait une grande admiration pour les amérindiens.

    Il les respectait. Il les trouvait imaginatifs et durant son règne s'est développé une harmonie sans pareil.

    Le livre le rêve de Champlain en fait largement état : http://www.editionsboreal.qc.ca/catalogue/livres/r

    Il suffit de renouer avec la pensée de Champlain pour réaliser qu'avec la loi fédérale sur les indiens, on est loin du compte...

  • Louise Melançon - Abonnée 21 mars 2016 10 h 43

    Que j'aime cette lettre!

    Madame Cynthia, je suis très heureuse de cette expression de votre dignité, de votre valeur, de votre expérience, de votre engagement, de votre courage, de votre confiance! Puissiez-vous rassembler de plus en plus de femmes, et d'hommes, autour de vous!

  • Yves Côté - Abonné 21 mars 2016 14 h 53

    "Comment..."

    "Comment des professionnels, des gens éduqués, monsieur madame Tout-le-monde, des enfants peuvent ainsi s’exprimer à l’endroit des peuples autochtones du Canada ?", demandez-vous ici Madame Smith.
    L'affaire est lilpide : tout ce qui a précédé la domination britannique des terres qui le constituent n'a pour les Canadiens aucune autre valeur et raison d'être que le folklore toujours plus pitoresque qui l'entoure.
    Les sociétés amérindiennes, inuite, acadienne, métisse et québécoise n'ont aucune valeur ni raison d'être par elles-mêmes autre aux yeux des monarchistes de ce pays et de leurs suiveurs, que celle de leur conviction à leur disparition programmée.
    Disparition pour eux si certaine, qu'elle ne peut être que normale, écrite et indiscutable.
    Raison pour laquelle l'avenir de ces sociétés ne se trouvera jamais dans un Canada qui voit son succès dans la souveraineté continue d'un monarque.
    Et qui plus est, comme si cela n'était pas assez, d'une monarchie qui est étrangère à son territoire...
    Madame, je ne suis pas le seul à souhaiter que tous nous construisions tous ensemble une République au Québec qui d'abord sera à notre mesure et ensuite, qui cessera de tuer ce que nous sommes comme sociétés humaines originales.
    Espérer dans un Canada qui se réformerait en matière politique et constitutionnelle n'est selon moi que de persister à entretenir un leurre suicidaire pour nous tous.
    Ne vaut-il pas mieux faire un pas concret au Québec en espérant donner l'exemple ailleurs dans ce pays, que d'attendre quoi que ce soit d'une société aux idées sclérosées de racisme ?
    Moi en tout cas, mon choix est définitivement fait.
    Je ne crois qu'en nous, en nous tous méprisés historiquement comme contemporainement, pour connaître la liberté d'être ce que nous sommes au fond de nous-mêmes.
    Permettez-moi aujourd'hui de souhaiter partager cette conviction avec vous, en réponse à votre questionnement.

    Merci de votre lecture, Madame.