Contre le démantèlement des CLSC

Les Québécois ont, plus que jamais, besoin de services d’aide et de soutien à domicile.
Photo: iStock Les Québécois ont, plus que jamais, besoin de services d’aide et de soutien à domicile.

Alors que les Québécois ont, plus que jamais, besoin de services d’aide et de soutien à domicile, le ministre veut démanteler les équipes de maintien à domicile en place dans les centres locaux de services communautaires (CLSC) en transférant les travailleurs sociaux dans les groupes de médecine familiale (GMF). Et ce ne serait qu’un début ! Après avoir mis la hache dans les services de prévention et de santé publique, il met la hache dans les services publics de première ligne ! C’est le dernier coup de poignard de l’establishment médical contre les CLSC.

Les équipes en place dans les CLSC sont hautement expérimentées. Elles connaissent leur population depuis longtemps, ont développé des liens avec les organismes du milieu. Ces équipes de soutien à domicile travaillent en multidisciplinarité avec médecins, travailleurs sociaux, infirmières, physiothérapeutes, ergothérapeutes, auxiliaires familiales. Les travailleurs sociaux n’y font pas que du placement, quoi qu’en pense le ministre.

Pour avoir travaillé auprès de cliniques désirant se transformer en GMF (années 2000), je fus à même de constater l’absence de volonté des médecins de faire des visites à domicile. Cherchez actuellement combien de médecins vont à domicile dans les GMF. Or, en CLSC, il y a des équipes de médecins qui vont à domicile ! M. Barrette veut démanteler cela ?

Alors que les demandes de financement des services publics pour le maintien à domicile se heurtent sans arrêt aux problèmes de financement de leur développement, le ministre va soudainement trouver les montants d’argent pour financer le béton et le soutien des GMF sans que cela ajoute quoi que ce soit au développement des services à la population. Bravo ! Sans parler de la mise sous « tutelle » des professionnels sous l’autorité des médecins ! Déconcertant !

M. Barrette n’y connaît vraiment pas grand-chose en services de première ligne ! Il fait preuve du plus grand mépris pour un des fleurons de notre système de santé, un mépris aussi pour les professionnels qui y travaillent et, enfin, envers la population, qu’il semble juger assez naïve pour ne pas y voir clair. Pire, il nuit au développement des services de qualité dont la population a besoin.

Révoltant !

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9 commentaires
  • Robert Lauzon - Abonné 17 mars 2016 06 h 23

    Merci pour ce vibrant témoignage!

    Le "lourd" docteur Barette pousse fort pour que toutes les ressources humaines, matérielles et techniques soient avalées par le privé. Son objectif est de privatiser tout le système de santé. Nous n'avons pas voter pour cela.

    Le Québec peut et mérite tellement mieux!

  • Serge Frigon - Abonné 17 mars 2016 07 h 36

    Intégrer les GMF dans les CISSS

    Bien d'accord avec votre propos!

    Si M. Barette était cohérent et honnête avec son projet de loi 10, qui était de regrouper l'ensemble des établissements du réseau sous une même et unique entité, la logique serait, à mon point de vue, d'intégrer les GMF dans les CISSS ou CIUSSS. Ce qui démonterait une volonté de consolider le réseau et d'en faire un système réellement unifié et intégré au lieu d'encore générer des disparités. Notons qu'il existe déjà des GMF à l'intérieur de CISSS, pourrions-nous s'inspirer de ces expériences d'efficacité.

  • Marie-Josée Blondin - Inscrite 17 mars 2016 08 h 58

    Le corporatisme médical et ses effets néfastes sur notre système de santé

    Les quelques valeureux médecins qui travaillent dans les CLSC sont minoritaires. Ceux-là ont à coeur la santé de la population et ont la "vocation".

    Le démantèlement des structures actuelles, en ce qui concerne particulièrement les services de première ligne, va exacerber davantage les tensions existantes dans le système de santé et, effet pervers, inciter le personnel à quitter le public pour fonder des cliniques privées ou y travailler. Peut-être est-ce le but recherché et inavoué du gouvernement Couillard?

    Plutôt que d'améliorer les services à l'intérieur des structures actuelles (CLSC) et d'y investir les fonds nécessaires et y fournir un apport suffisant de personnel afin d'offrir de meilleurs services à la population, le gouvernement opte pour une réorganisation du système. De la bouillie pour les chats! Bricoler et transformer les structures actuelles, sans réfléchir aux conséquences, c'est comme faire croire que quelque chose se passe et mystifier les gens!

    Alors que le gouvernement Couillard, compte tenu du vieillissement de la population, reconnaissait la nécessité d'améliorer les soins à domicile pour les personnes âgées afin de les y maintenir le plus longtemps possible, - selon les voeux de la population -, voilà qu'il renie son engagement et qu'il sabre dans les dépenses pour les soins à domicile.

    Ce sont finalement les médecins qui sortiront grands gagnants de cette autre réforme par le maintien de leurs pouvoirs et privilèges.

  • Jacques Tremblay - Inscrit 17 mars 2016 09 h 11

    Population en pris en otage?

    Les aristocrates médicaux vont finir par mettre à terre notre système de santé de première ligne. On se souviendra qu'avant la Révolution française la caste des aristocrates avaient tous les privilèges des postes de fonctions étatiques, conservant tous les avantages entre eux tout en redistribuant le minimum possible à la population qui pourtant était la source même de leurs revenus. Un jour la population en a eu assez et les vampirisateurs de la société française ont perdu la plupart de leurs privilèges. Nous sommes à nouveau confrontés à une caste cette fois-ci de professionnels de la santé qui prétendent avoir toutes solutions aux problèmes de santé de la population et comme les aristocrates d'avant la Révolution française avoir seule l'expertise nécessaire pour y faire face en subordonnant tous les autres professionnels qui oeuvrent dans la santé tels les pharmaciens, les infirmières, ergothérapeutes etc. Or les médecins, jaloux de leurs privilèges professionnels, n'ont pas comme telle d'expertise en gestion, ce que demanderait le transfère massif des autres professionnels de la santé des CLSC vers les fameux GMF privés. En auraient-ils l'expertise qu'ils en auraient pas le temps trop occupés à rencontrer des bénificières chroniques aux 5 minutes! Leur expertise à eux se retrouve dans leur pratique médicale, pas dans la gestion. C'est comme demander aux mécaniciens dans l'atelier de gérer le garage: une perte de temps et d'expertise. Pour ce qui est des malades du jour ils n'ont qu'à se présenter à l'urgence ce qui complète le tableau du "Privatisez les profits, socialisez les dépenses".

  • Jacques Tremblay - Inscrit 17 mars 2016 09 h 14

    À salaire SVP

    Prévoir des plages horaires libres pour les vrais malades du jour risquerait de compromettre la paye régulière du médecin. Pourquoi attendons-nous deux heures au bureau du médecin même si nos rendez-vous ont été prix il y a deux mois? Il ne faut surtout pas que nos médecins aient des trous libres dans leurs horaires! Que tous les autres perdent leur temps ce n'est pas leurs problèmes. Tout tourne autour d'eux et leur payement "productif" à l'acte. Vivement il faut que tout ce beau monde soit à salaire. Je suis convaincu que les malades chroniques seraient pas mal moins chroniquement présents dans les bureaux des médecins! Il y a deux jours un zona s'est déclaré dans mes cheveux avec des pustules ce qui en fait une maladie contagieuse urgente à traiter avec des rétrovirus. J'ai reconnu immédiatement les symptômes car ma belle-mère en a été atteinte il y a plusieurs années. J'ai d'abord eu le réflexe d'aller à l'urgence cependant j'ai pensé à demander si je pouvais avoir un rendez-vous dans la journée avec mon médecin de famille! Évidement aucune place de disponible avec lui ni aucune place de disponible à la clinique sans rendez-vous du jour! Comme bien d'autres ce n'est pas la première fois que je vis cette expérience. Chaque fois que j'appelais mon médecin il était disponible pour dans un ou deux mois! Quelle face cette histoire de médecin de famille! Lorsque mon médecin m'a fait signer un papier comme de quoi je le reconnaissais comme étant mon médecin de famille j'aurais me méfier et exiger qu'il mette en place un système qui assure à ces " clients" un minimum de disponibilité. En ce sens le ministère devait fournir un contrat standard à faire signer par les "clients", un contrat qui ne nous laisse pas complètement démuni devant eux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 17 mars 2016 20 h 03

      Tout à fait d'accord. La seule manière d'être efficace est de prévoir des trous, mais ça semble aller contre l'accent mis sur la valeur de chaque dollar dépensé, mais s'il est certain que ces trous seraient presque tous comblés.

      Pourquoi ne pas exiger d'être payés pour attendre? Au moins le salaire minimum, et plus si on souffre?