L’«acceptabilité sociale», un concept cynique

Selon l'auteur, l'acceptabilité sociale définie par le gouvernement Couillard n'est rien d'autre qu'une légitimité politique obtenue par transparence, équité et consultation.
Photo: Tommaso Tagliaferri / Getty Images Selon l'auteur, l'acceptabilité sociale définie par le gouvernement Couillard n'est rien d'autre qu'une légitimité politique obtenue par transparence, équité et consultation.

Je n’accepte pas l’acceptabilité sociale. C’est un concept grossier et cynique qu’on tente maladroitement de superposer à celui de légitimité politique afin de vainement l’encadrer. Cette semaine, alors que débute une commission parlementaire sur le sujet, tentons de cerner la vraie nature de l’acceptabilité sociale.

La lecture du Livre vert du gouvernement en matière d’acceptabilité sociale est très instructive sur la vacuité de ce concept. D’entrée de jeu, les notices méthodologiques placent le débat au bon endroit : « l’acceptabilité sociale ne fait pas l’objet d’une définition consensuelle ». Ça part fort. On ne sait même pas de quoi on parle.

Le gouvernement tente alors sa définition : « L’acceptabilité sociale est essentiellement la résultante d’un processus de consultation dans lequel promoteur, élus, organismes, groupes et citoyens discutent ensemble sur [sic] les conditions permettant la réalisation ou non d’un projet de développement. » Ah bon ? C’est bien, c’est souvent même nécessaire, mais il n’y a rien de nouveau dans cette idée. Par quel effet de mode stérile en vient-on à déclarer que « L’acceptabilité sociale s’impose de plus en plus comme un élément incontournable de tout projet de mise en valeur des ressources » ?

Pour finir, on nous précise que l’acceptabilité sociale « ne signifie pas unanimité » et que « c’est au gouvernement ultimement qu’il appartient de déterminer les conditions d’autorisation d’un projet ». Tout ça pour ça ? Pourquoi se doter de toute cette architecture conceptuelle pour simplement se dire qu’on doit consulter avant de lancer des projets importants et que le gouvernement, élu démocratiquement, a le dernier mot ? Le Parlement consulte, les conseils municipaux aussi. Certaines entreprises aussi, les plus prudentes ou les plus habiles.

Parlons des « vraies affaires ». Le gouvernement propose dans son Livre vert quelques grandes orientations afin de concrétiser son approche dite d’acceptabilité sociale. Résumons en quelques mots : information sur le rôle du gouvernement, processus de consultation transparents et participatifs, partage des bénéfices de projets et considération juste des souhaits de la population par le gouvernement.

On parle donc ici de transparence de la part de promoteurs et du gouvernement, afin que le public ait une information juste à propos d’un projet donné. On parle d’un partage équitable des bénéfices d’un projet afin d’obtenir l’assentiment du gouvernement. On parle d’un processus de consultation sérieux permettant l’expression populaire et nourrissant la décision du gouvernement.

Parle-t-on d’acceptabilité sociale ? Non. On parle ici des conditions qui déterminent la légitimité politique de tout projet, que ce soit dans le domaine des ressources naturelles, des régimes de retraite ou du transport par taxi. Transparence, équité et consultation : ces trois choses ne sont pas la fameuse résultante d’une pseudo-politique avancée d’acceptabilité sociale, c’est le strict minimum en démocratie si vous voulez assurer la légitimité politique de votre projet !

Ce que j’accepte le moins est la tendance à présenter l’acceptabilité sociale comme un substitut au fonctionnement de nos institutions. D’une part, on envoie un message néfaste de défiance à l’égard de processus de consultation déjà existants, y compris les élections, qui permettent aux citoyens d’exprimer leurs préoccupations et d’obtenir des correctifs au besoin. D’autre part, on dicte aux médias d’information les conditions qui font qu’un projet est dans l’intérêt du public.

L’acceptabilité sociale n’est rien d’autre qu’une légitimité politique obtenue par transparence, équité et consultation. Le processus par lequel cette légitimité se forge est plus complexe et profond que le concept cynique d’acceptabilité sociale qui circule actuellement.

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14 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 15 mars 2016 05 h 08

    La vie, la mort et la dormance, la grande médiatrice

    L'acceptabilié sociale n'est-il pas toujours la grande question jusqu'au jour ou un Molière ou un Shakepeare en démontrent le ridicule , etre ou ne pas etre de son temps n'est il pas une question a multiple réponses, il y a la vie, la mort et la dormance, la grande mediatrice, que Lao-Tseu l'aimerait.

  • Yves Côté - Abonné 15 mars 2016 05 h 10

    Puisque toutes les sociétés changent...

    Puisque toutes les sociétés changent, l’acceptabilité sociale ne peut s'exprimer que d'une seule manière, celle-ci devant persister à être adopter par le seul vote démocratique du peuple.
    Donc, par le passage obligé des dirigeants politiques et des idées qu'ils défendent au choix électoral...
    Tout tentative de rendre cette acceptabilité sociale permanente n'est rien de moins qu'un vol de souveraineté du peuple par celles et ceux qui se retrouvent à diriger leur gouvernement. Cela se rapprochant ainsi en tout de l'idée de la souveraineté de droit divin, donc indiscutable, d'une monarchie sur un pays. La chose la renforçant même pour extraire toujours mieux le contrôle politique des mains de ses habitants.
    Le gouvernement Couillard ne peut surprendre personne par cette notion dans son Livre Vert, puisque depuis son installation, il ne cesse de nous enfoncer dans une vie politique qui déplume toujours plus le pouvoir des Québécois sur leur territoire et sur leur société.
    Mais le chien allongé qui ronge son os approche maintenant les dents de sa peau...
    Et bientôt, il devra choisir entre la douleur de manger sa propre patte et celle de s'avouer humblement, qu'il s'est dramatiquement trompé en se couchant.

    Vive le Québec debout et libre !

  • Suzanne Laurin - Abonné 15 mars 2016 08 h 22

    Une argumentation solide

    Voilà une réflexion utile et bien argumentée. Merci d'avoir mis les mots sur ma profonde irritation devant cette expression. Je souhaite que vous poursuiviez votre réflexion. L'évolution de ce «concept» est à suivre. Toujours pertinent de s'interroger sur le sens des mots utilisés «socialement».

    Suzanne Laurin

    • J-Paul Thivierge - Abonné 15 mars 2016 10 h 11

      Tant que les citoyens ne voteront pas à plus de 90 % pour donner une double majorité à un gouvernement je considère que les consultations populaires officielles sur des sujets précis devraient être tenues comme aux élections en Suisse et en Californie par exemple.
      Possiblement que des élections à 2 tours et des incitatifs à augmenter le taux de participation au vote à plus de 85 % seraient à mettre en application.
      Présentement on ne peut pas se satisfaire du fait que 7 électeurs sur 10 n'ont PAS voté pour le gouvernement PLQ qui sera encore au pouvoir pour 30 mois jusqu'en 2018. Ce gouvernement prend des orientations sur lesquelles ont à pas été consultées ni appelé à voter. Exportation de pétrole, CPE, GMF au lieu de CLSC etc.

    • Yvon Bureau - Abonné 15 mars 2016 12 h 13

      Je seconde. J'appuie.

  • Pierre Asselin - Abonné 15 mars 2016 09 h 30

    L'acceptabilité sociale = Farce

    L'acceptabilité sociale est le plus beau terme antidémocratique jamais vu depuis longtemps . Il vise essentiellement l'apparence de transparence et est une nouvelle façon de faire accepter n'importe quoi à la population .

    L'important n'est pas la vérité et la transparence mais plutôt la perception qu'il y a transparence et vérité et celà en laissant croire aux citoyens et citoyennes que leurs interventions sont nécessaires et importantes .
    Je crois que celà sert aussi à diviser l'opinion publique , des pour et des contre , une certaine zizanie qui permet à nos supposés représentants de justifier à peu près n'importe quoi . La désinformation a atteint un sommet .

  • Scott McKay - Inscrit 15 mars 2016 10 h 03

    Légitimité 101

    Pour une définition large de la légitimité appliquable aux organisations, tant privées que publiques, voir Mark C. Suchman (1995). Il y distingue trois types de légitimité et, pour chacun, décrit les stratégies utilisées pour la bâtir, l'établir et pour la rétablir suite à un enjeu qui l'aurait mis à mal.
    La légitimité est certes une condition nécessaire à l'acceptabilité sociale d'un projet, mais pas la seule. Une relation de partenariat avec la communauté d'acceuil, soit une entente gagnant-gagnant négociée est aussi nécessaire, tout comme un dialogue avec les parties prenantes qui ne soit pas qu'instrumentale.
    Bref, l'acceptabilité sociale d'un projet ne repose pas que sur l'encadrement étatique. Stone a démontré, déjà en 1975, "où la loi s'arrête" (Where the Law ends") en matière de responsabilité sociale. Il faut donc, en plus du contrôle social, intégrer une telle culture, une culture du développement durable, au sein des entreprises et de leurs dirigeants.
    C'est ce que fait l'École des sciences de la gestion de l'UQAM avec son cours DRS2010 Responsabilité sociale de l'entreprise. Bienvenue dans nos classes!

    • Marc Davignon - Abonné 15 mars 2016 13 h 26

      Vous oubliez la «fabrication du consentement» (Chomsky). L'approche est similaire. L'objectif est identique : obtenir le consentement. Pas plus, pas moins. Recevoir l'idée et l'accepter. Comment? Par n'importe quel moyen.